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Full text of "Nouvelles chansons et poésies"

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ANTOINE GLESSE 



NOUVELLES CHANSONS 

ET POÉSIES 



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University of Toronto 



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^ 






ANTOINE CLESSP: 



ANTOINE CLESSE 



NOUVELLES CHANSONS 



ET POÉSIES 



MONS 
MAISON HECTOR MANCEAUX 

IMPR'MEEIF. — LTBKAIBIE UNIVERSELLE 

•188 8 



En même temps que les paroles , l'auteur a fait la musique de 
quelques-unes de ses Nouvelles chansons. En outre M. Jean Van den 
Eeden, savant compositeur, a écrit, pour deux de ces dernières 
Berceuse et Toast, de ravissantes mélodies. Après la table des matières 
on trouvera ces airs nouveaux gravés avec soin : chacun d'eux porte 
pour signe indicateur une lettre de l'alphabet. Pour les nouvelles 
chansons qui sont rythmées sur un des airs notés du recueil de 1866, 
un chiffre indique le numéro sous lequel il se trouve dans le premier 
volume. 



1730 




PREFACE. 



Fort de l'accueil bienveillant fait par le public aux 
chansons imprimées dans mon recueil de 1866, je crois 
pouvoir aujourd'hui réunir, en un volume, celles que j'ai 
écrites depuis cette époque. Elles- sont précédées du 
Discours sur la chanson et suivies de quelques pièces de 
vers choisies parmi les poésies que j'ai composées depuis 
ma jeunesse. 

Comme pour mes ouvrages publiés en 1851 et 1866, j'ose 
compter sur le généreux appui de mes amis et de la 
presse auxquels je tiens à réitérer, et du fond du cœur, 
l'expression de toute ma gratitude. 

Puissent quelques uns de mes nouveaux refrains obtenir 
la popularité de bon nombre de leurs aînés. Les plus 
heureux ont franchi nos frontières. Lorsqu'aux jours de 
fête, ils sont répétés en choeur par le peuple, et que leurs 



- 6 — 

échos arrivent jusqu'à moi, il me semble que ces refrains 
datent d'hier : je me crois jeune encore. 

Par ce livre intitulé Nouvelles Chansons et Poésies, je 
puis enfin compléter mon œuvre littéraire et l'offrir, en 
fils reconnaissant, à la patrie belge qui, toujours, a 
daigné se montrer si sympathique au chansonnier. 

L'amour que je voue à la famille, au pays, à l'humanité ; 
les émouvants spectacles de la nature m'ont inspiré la 
plupart de ces chants. 

Cependant l'œuvre moralisatrice et démocratique créée 
par mes chansons populaires, j'ose affirmer que je l'ai 
continuée. En des temps de troubles, j'ai pu prêcher dans 
le désert, mais les idées exprimées par mes refrains 
existent et peuvent être entendues un jour par le peuple. 
Je suis parmi ses véritables amis. 

Une chanson qui, portant la date de 1848, fut éner- 
giquement chantée alors par nos artisans, qui la redisent 
encore, Ce que veut rouvrier, demandait et demande à 
nos gouvernants : Le service obligatoire, Uinstruction 
obligatoire, Le droit de vote pour l'honnête homme qui 
sait lire et écrire ; toutes choses à l'ordre du jour, qui ne 
sont pas réalisées, hélas ! mais qui se réaliseront sous peu 
si nous avons des sentiments vraiment humains, si nous 
tenons à l'indépendance, à la grandeur, au salut de la 
patrie. 

En parlant au peuple de ses droits, je n'ai jamais oublié 
de lui parler de ses devoirs. 

Aujourd'hui, comme en 1851, comme en 1866, j'ai 



— 7 — 



voulu que mon livre pût rester grand ouvert sur la table, 
au foyer ; j'ai voulu ne pas rejeter du nombre de mes 
lecteurs ce que, dans l'humanité, Dieu a fait de plus beau, 
de meilleur au monde : la femme et l'enfant. 



Antoine Clesse. 



Mons, 1887. 



DISCOU RS 



/ 



SUR 



LA CHANSON 



La chanson est vieille comme le monde. 

L'homme des temps primitifs, en entendant les mille 
bruits de la nature, a dû comprendre qu'il avait une voix 
dans son âme et, dans les bégaiements de l'art, jeter les 
premières notes de l'hymne sans fin de l'humanité. 

Suivant Hérodote, la poésie chantée était connue des 
Égyptiens. 

Les poètes antiques, les rapsodes allaient par les cités 
et les bourgs en récitant leurs vers, sur une mélodie qui 
leur prêtait plus de charme. 

Les accents de Tyrtée excitaient l'ardeur beUiqueuse 
des Spartiates. 

1. Prononcé, en séance publique, le 13 avril 1868, par l'auteur, en sa 
qualité de Vice-Président de la Société des Sciences, des Arts et des 
Lettres du Hainaut. 



— 10 — 

David chantait en dansant devant l'arche. Nous n'ose- 
rions plus en faire autant. 

Oubliant la magnifique origine de la chanson, un des 
plus brillants esprits du xYiif siècle a écrit : « Ce qui ne 
vaut pas la peine d'être dit, on le chante ». Beaumar- 
chais ne se rappelait donc pas la plus belle chanson à 
boire qui ait été produite dans la Grèce antique ? Je veux 
parler du Chant bachique d'Anacréon. 

N'ayez pas peur. Messieurs, je ne sais pas le grec. 

J'emprunte le Chant bachique à Paul-Pierre Rable qui 
a traduit Anacréon en vers imitatifs : 

Quand je bois à mon gré du vin, 
Mon cœur, épanoui soudain, 
Chante les muses à voix claires. 

Quand je bois à mon gré du vin 
Je vois s'enfuir souci, chagrin, 
Pensée instante, à la colère 
Des vents soulevant l'onde amère. 

Quand je bois à mon gré du vin, 
Bacchus, tout joyeux et badin, 
Sourit au nectar dont la sève 
Dans les airs embaumés m'enlève. 

Quand je bois à mon gré du vin. 
En couronnant mon front serein 
De la tresse que j'ai cueillie, 
Je chante la paix de la vie. 



— 11 — 

Quand je bois à mon gré du vin 
Que comme en un profond bassin 
Mon âme nage dans ma coupe, 
Des danseurs j'anime la troupe. 

Quand je bois à mon gré du vin, 
Pour moi tout seul en est le gain, 
C'est le seul qu'avec moi j'emporte, 
Car, nous morts, toute joie est morte. 

Quelle œuvre complète et quelle traduction ! Je m'at- 
tends à l'objection : cette chanson est une ode. Eh ! sans 
doute : n'est-ce pas le titre dont la critique ennoblit de 
nos jours encore les couplets animés d'un souffle puissant ? 
Plusieurs odes d'Horace sont en réalité des chansons où 
l'auteur, le front ceint d'un pampre vert, sourit au plaisir 
et au vin de Falerne. 

Parmi les nombreuses chansons à boire du caveau, une 
seule, intitulée : Plus on est de fous, plus on rit, s'élève 
à la hauteur du Chant bachique. Ajoutons que le chan- 
sonnier français, en parlant du séjour des morts, nous 
montre, dans un éclat de rire, un rayon d'espoir et d'im- 
mortalité : 

Nous serons là-bas tous ensemble : 
Plus on est de fous, plus on rit. 

Tandis qu'Anacréon termine son poème, si riche d'idées et 
de coloris, par cette pensée désolante : 

Car, nous morts, toute joie est morte. 

Chez les Gaulois, les bardes, couverts d'un long vête- 
ment, bleu comme le ciel qu'ils invoquaient aux jours 
solennels, chantaient les louanges des dieux et des héros. 



- 12 — 

Ainsi que les druides, ils étaient inviolables et sacrés. La 
nationalité gauloise disparue, les bardes se réfugièrent, 
avec les anciens Bretons, en Angleterre. 

L'Ecosse redit les poésies d'Ossian, qui, du fond du iii^ 
siècle, sont venues jusqu'à nous. 

La chanson règne partout. Elle se transforme selon la 
nature des peuples, des temps et des lieux. Elle porte 
l'empreinte ineffaçable des époques qu'elle traverse et dont 
elle nous apporte les échos. On a pu dire avec raison : La 
chanson, c'est de l'histoire. 

Les romances du Cid, qui eurent l'honneur d'inspirer le 
grand Corneille, peignent exactement les mœurs de l'Es- 
pagne du moyen âge et ses luttes héroïques contre les 
Mores. 

Les ballades sentimentales ou fantastiques, le lieder, 
révèlent bien le caractère de la rêveuse et poétique 
Allemagne. 

En Angleterre, vers L300, les ménestrels possédaient le 
privilège de s'introduire dans la somptueuse demeure et de 
s'asseoir à la table des prélats, des comtes et des barons. 
Ils devaient payer leur écot en chansons. 

Combien de chansonniers seraient heureux de voir 
renaître l'âge d'or des ménestrels. 

Loin de flatter leurs hôtes redoutables, les ménestrels, 
par leur verve hardie, inquiétèrent souvent les grands et 
les rois eux-mêmes. 

Avant le viii® siècle, on chantait en France, mais en 
latin, avec rimes, ce qui faisait pressentir de bien loin la 
poésie en langue vulgaire. Sous Louis XIII, l'usage des 
couplets en latin rimé n'avait pas complètement cessé 
d'exister : le cardinal de Richelieu en fît composer par 
Chastellet, contre le garde des sceaux De Marillac. 



— 13 - 

La chanson de Roland, écrite en roman, est la plus 
fameuse du moyen -âge ; elle fut chantée à la bataille 
d'Hastings, le 14 octobre 1066 ; trois cents ans plus tard, 
c'était encore au récit des exploits de Roland que les preux 
marchaient au combat. 

Les troubadours et les trouvères célébraient les amours, 
les tournois, les batailles des seigneurs et des princes. 
Leur voix s'efforçait d'adoucir les mœurs du rude et som- 
bre moyen âge, où seules la foi naïve et la gaye science 
laissaient tomber une éclaircie. 

A l'époque des croisades, les poètes, qui avaient osé tant 
de fois railler les écarts des chevaliers et des moines, se 
joignirent à la noblesse et au clergé pour prêcher la guerre 
sainte. Ils comprenaient instinctivement, ces chantres 
aimés de la multitude, qu'ils mettaient leur cœur et leur 
voix au service de la civilisation. Déjà, les Sarrasins avaient 
menacé d'envahir l'Occident ; il fallait repousser vers 
l'Asie le mahométisme qui moralement écrase la femme, 
pour laisser au christianisme, qui la rehausse, tous ses 
moyens d'action sur l'Europe féodale. L'avenir de la société 
était au foyer chrétien. 

Les chants amoureux, chevaleresques, croyants ou sati- 
riques des troubadours et des trouvères reproduisent la 
physionomie turbulente, agitée de ces temps pieux et ter- 
ribles. Ces chants offrent des portraits et des tableaux 
toujours simples, mais parfois effrayants de vérité. Le 
moyen âge semble y revivre. 

Bientôt, hélas ! à la voix du fanatisme religieux, les 
troubadours provençaux vont disparaître dans les massa- 
cres organisés, dans les bûchers dressés pour détruire les 
Albigeois. 

La chanson n'est pas morte avec les troubadours : pour 



- 14 — 

défendre la liberté humaine, elle sortira des flammes du 
bûcher avec des accents plus vigoureux qu'autrefois. 
Saint Louis va recueillir l'héritage du malheureux Raymond 
de Toulouse, la France va s'agrandir, quelques voix pro- 
vençales exhaleront encore la plainte éclatante de la muse 
vengeresse ; mais le midi commence à subir l'influence 
des peuples où règne le roman wallon. 

Moins élégante, moins harmonieuse que l'œuvre des 
troubadours provençaux et italiens, l'œuvre souvent 
imparfaite des trouvères de la France septentrionale et du 
pays wallon, eut cependant la gloire de donner naissance 
à cette magnifique langue française fixée par le génie de 
Biaise Pascal, et consacrée aujourd'hui par tant d'immor- 
tels ouvrages. 

Mais que de temps, que d'efforts avant d'arriver même 
au chansonnier Corbueil, dit Villon, auquel Boileau rend 
justice dans son art poétique ; il le loue : 

D'avoir su le premier, dans ces siècles grossiers, 
Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers. 

Simple, naïf et badin, ce poète eut l'insigne faveur d'être 
protégé par deux rois. Louis XI lui sauva la vie : Villon 
avait été condamné, pour vols, à périr par la corde : c'était 
la seconde fois. François F'' qui aimait ce chansonnier, 
chargea Marot de donner une édition correcte de ses 
œuvres. 

La véritable chanson française a su poindre enfin ; 
pleine de sel gaulois, de fines railleries, d'épigrammes 
parfois cruelles, elle va parler le langage illustré par le 
talent de Montaigne. 

Le Français, né malin, créa le vaudeville. 



— 15 — 

J'ai hâte de le dire, en l'honneur de la Belgique, pen- 
dant que le roman wallon enfantait laborieusement la 
langue française, nos frères des Flandres, dans un idiome 
déjà achevé, chantaient avec les intimes sentiments du 
•coeur, l'amour de la patrie et de la liberté. 

Hélas ! Messieurs, si j'ignore le grec, je ne sais pas 
davantage le flamand. 

Je regrette qu'on n'ait pas réalisé la grande idée expri- 
mée par M. Hubert Dolez au sein du parlement belge, elle 
se résume en quelques mots : Forcer les enfants à appren- 
dre le flamand et le français dans toutes les écoles primai- 
res de l'État. Si cette idée était mise en pratique, le niveau 
intellectuel de la patrie s'élèverait encore car tous les Bel- 
ges posséderaient, si je puis m'exprimer ainsi, la clef des 
langues du nord et la clef des langues du midi. 

Cependant j'ai le bonheur de pouvoir parler ici de la 
chanson flamande, grâce au précieux concours de mon ami 
Henri Conscience. 

Il existe beaucoup d'anciennes chansons flamandes, 
surtout de l'époque de la réforme et des gueux. Un beau 
recueil imprimé à Gand, en 1848, sous les auspices de feu 
M. Willem s, en contient 258, la plupart avec les airs notés. 
Une des plus curieuses est celle qui porte le n° v, et qui 
est de la propre main de Jean P"" duc de Brabant, mort en 
1294. C'est une chanson d'amour, dont voici la traduction 
littérale : 

Un beau matin de mai, 

Je m'étais levé. 

Dans un joli petit jardin 

J'allai folâtrer. 

Là je trouvai trois damoiselles, 

Elles étaient si belles 1 



- 16 — 

L'une après l'autre chanta : 
Harba lorifa, harba lorifa, barba lorifa. 

Lorsque je vis les belles fleurs 

Dans le petit jardin, 

Et que j'entendis les douces mélodies 

Des tendres damoiselles, 

Mon cœur se réjouit et chanta : 

Harba lorifa, etc. 

Alors je saluai la plus belle 

Entre toutes, 

Et l'enlaçai de mes bras ! 

Mais, lorsque je voulus au même moment 

La baiser sur ses lèvres roses, 

Elle s'écria : Halte là, halte là : 

Harba lorifa, etc. 

Que pensez-vous de ces couplets flamands du xiif siècle ? 
peut-on imaginer quelque chose de plus frais et de plus 
gracieux ? 

Passons tout d'un coup au rf xxviii de l'ouvrage publié 
par Willems. C'est une espèce de complainte qui célèbre 
le triomphe de Charles-Quint à Pavie. Elle est très longue. 
Conscience nous donne seulement la traduction de la pre- 
mière strophe : 

Qu'avec joie éclatent nos chants 

En l'honneur de l'Empereur, ce noble sang, 

Qui maintenant a vaincu son ennemi 

Et l'a jeté à terre sous ses pieds ! 

Le doux lys 

Perd courage ; 

Bourbon vaillant 

Garde nos côtés ; 
Le roi de France est notre prisonnier. 
Jamais nouvelle plus joyeuse ne vint dans le pays. 



— 17 — 

Le B° XXXIII est la fameuse chanson Wilhelmus Van 
Nassouwen, chant de foi et de guerre des Gueux. Elle est 
longue de 120 vers. Belle, énergique et profonde, elle 
rappelle les convictions rehgieuses du temps, poussées 
jusqu'au fanatisme. 

Voici l'un des couplets portant le n" xxxv : 

Aide-toi, le ciel t'aidera 

A briser les liens des tyrans. 

Pauvres Pays-Bas désolés I 
Vous portez déjà la corde au cou : 
Debout ! bougez vos mains énergiques ! 
L'orgueil espagnol, faux et méchant, 
Vous envoie un bourreau impie 

Pour vous rendre impies. 

D'autres chants historiques portent les titres suivants : 
Le départ d'Albe. — Victoire des Gueux contre les Espa- 
gnols, 1574. — Complainte des membres des sociétés de 
Rhétorique emprisonnés à Lierre. — Filles flamandes, 
gardez-vous des barbes pointues des Espagnols, etc. 

Dans les 258 chansons réunies en recueil par M, Wil- 
lems, il y en a de tout genre. Plusieurs ont la forme de 
complaintes ; mais un grand nombre, surtout les chansons 
d'amour et les chansons à boire, ont des rythmes légers, 
des vers courts et mêlés, des refrains singuliers ou spiri- 
tuels, ce qui leur donne à peu près la coupe de la chanson 
actuelle. Je ne puis mieux terminer cette esquisse sur la 
chanson flamande qu'en vous faisant connaître les cou- 
plets intitulés : La mort cVEgmont. Cette pièce a une forme 
plus élégante et moins naïve que la traduction littérale ne 
le fait supposer : 



— 18 - 

N° XXXII. 

L'an qui s'écrit mil cinq cents, 
En la soixante-huitième année, 
L'on vit grande nouvelle 
A Bruxelles, en public. 

Un prince de grande puissance, 

Le comte d'Egmont, 
Marche comme un agneau à la boucherie 
Son heure et ses instants étaient venus. 

Et l'on vit pleurer amèrement 
Bien des femmes, bien des hommes, 
A Bruxelles, dans les murs. 
Sur le comte, si noble homme. 

Courageusement il marche vers le lieu 
Où il devait mourir. 
— ((0 vous, seigneurs et bourgeois, 
N'y a-t-il aucune grâce ? » 

« Grâce pour moi, pauvre comte ! 
Grâce pour moi, si noble chevalier ! » 
• Mais il n'obtint pas de réponse. 
Le comte dit : ce Marchons 1 » 

Le comte prit sans tristesse 
Un coussin et le mit à terre, 
Là où il allait subir la mort ; 
Puis, il s'agenouilla. 

Il joignit les deux mains 
Et leva le regard vers le ciel, 
Adressant sa prière à Dieu, 
Le comte, ce noble sang ! 



— 19 - 

Lorsqu'il se fut agenouillé 

Et que SCS mains furent jointes, 

Un a tiré le glaive 

Dont il abattit la tête du comte. 

On vit jaillir à flots 
Ce noble sang d'un toison d'or, 
Que Dieu poursuive la vengeance 
Du comte d'Egmont ! 

Les deux derniers vers de cette admirable chanson tra- 
duisent le cri de la conscience publique de l'époque. Dieu 
a entendu la plainte et le vœu du poète flamand. 

Quoique ces strophes soient dépouillées de leur idiome 
original, du prestige de la rime et de la mélodie, n'y sen- 
tez-vous pas tressaillir l'âme de ces Belges héroïques qui, 
dans les luttes des communiers et des gueux contre le 
despotisme et l'intolérance, ont écrit de leur sang Tune des 
pages les plus glorieuses de l'histoire du monde ? 

Vous le voyez, en Belgique comme en France, les chan- 
sonniers poursuivent le même but ; ils sont partout et 
toujours avec les opprimés contre les oppresseurs. 

Il n'est pas possible de redire ici les nombreux couplets 
où la chanson française a le courage d'affronter les bas- 
tilles pour lancer au débordement des courtisans et des 
princes l'apostrophe véhémente de la vérité. 

Galante et guerrière sous François P'' ; égarée de sa 
voie, sous Henri II et Charles IX, par les tristes guerres 
de religion où les frères frappaient leurs frères ; cinglant 
du fouet de la satire les mignons de Henri III, la chanson 
devient bientôt hcencieuse comme les moeurs de la cour, 
moeurs qu'elle peignait pour les flétrir. 

Ainsi que le latin, 

Le Français dans ses mots bravait l'honnêteté. 



— 20 — 

Quelques vers où le lecteur sera complètement respecté 
vous donneront cependant une idée de l'audace de la poésie 
populaire. 

Sur l'excessive économie de Henri IV, vertu qu'on n'eût 
pas dû railler : elle est trop rare chez les rois : 

Henri quatre donnait bien peu, 
Toutefois, en sortant du jeu, 
Après une assez grosse perte, 
n me jeta sa bourse verte, 
Et l'œil gauche il m'en effleura 
Qui depuis toujours en pleura. 

Sur le roi Louis XIII qui *rasait très bien et fit un jour 
la barbe à tous ses officiers, en ne leur laissant qu'un petit 
toupet au menton : 

Hélas ! ma pauvre barbe 
Qu'est-ce qui t'a faite ainsi ? 
C'est le grand roi Louis, 
Treizième de ce nom 
Qui toute a ébarbé sa maison 



Laissons la barbe en pointe 

Au cousin de Richelieu 

Car, par la vertudieu ! 

Ce serait trop oser 

Que de la lui prétendre raser. 

Ces couplets médiocres ont cependant le mérite de faire 
ressortir énergiquement la force de Richelieu et la faiblesse 
du souverain qui mérita cette épitaphe : 

Il eut cent vertus de valet, 
Et pas une vertu de maître. 



— 21 — 

Mais la chanson était une majesté autrement vaillante 
que le roi Louis XIII. Elle n'épargnait pas Richelieu dont 
elle troubla souvent le sommeil. Le grand cardinal était 
excessivement sensible aux attaques de la presse. 

Les couplets satiriques abondèrent surtout, d'abord sous 
la fronde, contre Louis XIV et Mazarin, puis contre le 
Régent et Louis XV. 

Le pouvoir pressurait le pauvre peuple et donnait à la 
France le spectacle honteux du vice et de l'hypocrisie 
recouverts de la pourpre royale. 

Louis XIV avait ruiné la France. On imprima l'épi- 
gramme suivante dans la Gazette de Leyde : 

Cette fameuse banqueroute 
Que fait Louis en sa déroute 
Remplit bien la barque à Caron. 
Il est si pauvre en son vieux âge 
Qu'on craint que la veuve Scarron 
N'ait fait un mauvais mariage. 

Pour juger de l'effet produit par des couplets frappant 
juste, songeons qu'une chanson ridicule peut quelquefois 
ridiculiser le nom d'un honnête homme, témoin les cou- 
plets contre M. le maréchal de la Palice, mort glorieuse- 
ment en 1525, à la bataille de Pavie. Pendant la minorité 
de Louis XV, M. de Sartines les a fait interdire à tous les 
chanteurs du Pont-Neuf. Cette sage mesure n'a pas empê- 
ché ces couplets d'arriver jusqu'à nous. 

Dans le déluge de chansons dirigées contre le Régent et 
Louis XV, les plus terribles paraissaient sans nom d'au- 
teur, et faisaient pressentir un prochain cataclysme. D'au- 
tres nous apportent des noms qui ne seront pas oubliés. 
Par le talent de Panard la chanson, mieux tournée, reste 

2 



— 22 — 

vive, gauloise et satirique ; mais elle devient d'un cynisme 
repoussant avec Piron et descend avec Collé, le chanson- 
nier des halles, jusqu'au genre burlesque et poissard. 

Eugène Scribe, dans son discours de réception à l'aca- 
démie française, prononcé le 28 janvier 1836, a fait VÉloge 
de la chanson. 

Scribe a traité ce sujet au point de vue exclusivement 
français, et ce point de vue est immense. On trouve dans 
ce discours des aperçus ingénieux, des citations heureuses, 
des appréciations historiques très judicieuses qui intéres- 
sent vivement le lecteur. L'écrivaift français s'attache sur- 
tout à prouver que ce n'est pas, comme on l'a prétendu, 
dans la comédie, mais bien dans la chanson que se reflè- 
tent l'esprit et les mœurs de chaque époque. Il y réussit 
pleinement. 

Léloge de la chatison est un travail très remarquable, 
mais dont je regrette la conclusion. La voici : 

« Ainsi, et combattant toujours pour la liberté, la chan- 
« son l'a conduite à travers mille écueils depuis les pre- 
« miers temps de la monarchie jusqu'aux jours où la cause 
« qu'elle défendait depuis si longtemps, a enfin triomphé, 
« et alors son oeuvre a été terminée. Qu'aurait-elle fait de 
« ses allégories satiriques, de ses allusions malignes, de 
« ses demi-mots piquants, lorsque, autour d'elle et sans 
« obstacles, la pensée jaillissait de toutes parts ? Aussi, 
« voyant venir à elle la liberté de la presse, sa puissante 
« aUiée, la chanson s'est reposée n'ayant plus rien à faire. 
« Ainsi dans les rues de nos cités, on estime ces phares 
« légers et mobiles dont la faible lueur nous guida pendant 
« la nuit ; mais quand luit le grand jour, quand brille le 
« soleil, on éteint le fanal. 

« Fasse le ciel qu'on n'ait point à le rallumer ! 



— 23 — 

« Lorsque dans tous les temps, le tombeau de la tyran- 
« nie a été celui de la chanson, désirons, pour le bonheur 
« du pays, qu'elle n'ait jamais occasion de renaître, que 
" nos libertés soient toujours défendues par d'autres que 
« par elle, et que son éloge que je viens de prononcer soit 
« son oraison funèbre ! n 

Hélas ! Messieurs, il fait souvent noir dans le ciel de 
l'humanité. 

Quoi qu'en ait dit Eugène Scribe, cet écrivain distingué, 
cet honnête homme que j'honorais vivant, et dont j'honore 
la mémoire, non, la chanson n'est pas morte ; son rôle 
n'est pas fini dans le monde ; ce rôle elle continuera à le 
remplir tant qu'elle verra en face d'elle une erreur et un 
préjugé, tant qu'il y aura des misères à consoler, des petits 
à éclairer, tant qu'il restera des mères pour veiller au 
berceau des enfants. 

Et si la vérité, de ses rayons vivifiants et fécondants, 
venait enfin inonder notre vieux globe, la chanson parle- 
rait encore : Est-ce que les oiseaux, l'été, ne saluent pas 
chaque jour le lever du soleil ? 

Et d'ailleurs, la liberté de la presse ne s'égarait-elle pas 
jusqu'à la plus incroyable licence quand la grande révolu- 
tion française fit éclater une chanson immortelle comme 
cette date de l'affranchissement humain ? 

C'est au bruit de la Marseillaise que les soldats de la 
république 

Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, 
Tous à la gloire allaient du même pas. 

Belles paroles suivies d'un vers que nous, Belges, nous 
ne pouvons redire sans un froissement au cœur : 

Le Rhin lui seul peut retremper nos armes. 



— 24 — 

Béranger n'est pas toujours chauvin. 

C'est en chantant que les girondins marchaient à la mort. 

C'est en répétant les strophes enflammées de ses poètes 
que l'Allemagne de 1813, sanglante encore de ses défaites, 
se releva pour combattre et pour vaincre le colosse 
impérial. 

C'est aux accents de la Brabançonne que nos volontaires 
de 1830, soldats improvisés, ont su conquérir enfin l'indé- 
pendance et la liberté de notre chère patrie. 

Certes, la chanson ne conduit pas toujours à la victoire, 
mais toujours elle réveille plus ardent dans les masses, 
l'enthousiasme par lequel l'homme sait mourir pour les 
saintes et nobles causes. 

La chanson du xix® siècle, sous le premier Empire, la 
restauration et la monarchie de 1830, jette la gaieté et 
l'esprit à pleines mains sur la société française. 

On entend la voix de Ségur, poète anacréontique ; 
d'Armand Gouflfé, l'auteur de Plus on est de fous, plus on 
rit ; d'Emile Debraux qui, malgré la négligence de son 
style, restera par quelques pages remplies de grâce, de 
sentiment et de patriotisme ; de Désaugiers, le type com- 
plet et charmant du chansonnier français ; de Béranger, 
plus lyrique, et par qui, même dans la gaudriole, la forme 
de la chanson s'épure et s'élève. 

L'idée humanitaire commence à se faire jour en France 
à travers l'idée nationale jusque là trop exclusive : 

égaux par la vaillance 

Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain, 
Peuples, formez une sainte alliance 
Et donnez-vous la main. 

La muse, emprisonnée avec Béranger, aux mauvais 



— 25 — 

jours de la restauration, puise dans sa captivité des cou- 
plets retentissants qui hâteront la chute de Charles X et 
l'avènement de la maison d'Orléans. 

Malheureusement, c'est en opposant le prestige militaire 
de Napoléon au terre à terre intolérant de Louis XVIII et 
de son successeur que la chanson a lutté pour la liberté. 
Ce fut une profonde erreur, mais une erreur du temps. 

Hâtons-nous de dire que l'Empereur, debout, n'a jamais 
été chanté par Béranger qui lui lança, au contraire, une 
satirette assez inoffensive, mais très remarquable : Le roi 
d'Yvetot. 

La chanson arrive au premier rang parmi les ouvrages 
littéraires. 

Les cœurs vraiment français répètent les refrains qui 
-pleurent sur les revers et exaltent les gloires de la France. 

Quittant les hauteurs où planent les chants patriotiques, 
permettez-moi de vous entretenir un instant de la chanson 
populaire, j'entends celle qui s'adresse directement à la 
classe travailleuse. C'est l'œuvre de nos jours : elle date 
de 1848. 

La chanson populaire cherche à réaliser tout ce qui, 
physiquement et moralement, peut améliorer le sort de 
l'ouvrier. 

Écho de tant d'esprits supérieurs, de tant de cœurs 
généreux qui, vrais amis de l'humanité, se dévouent à ce 
but sublime de dissiper les ténèbres et de répandre la 
lumière, il n'est pas une chose juste, utile que la chanson 
populaire ne réclame ardemment au nom des travailleurs. 
Mais en indiquant au peuple tous ses droits, elle lui rappelle 
aussi tous ses devoirs. Repoussant des dédains aveugles et 
stupides, la chanson populaire honore le travail et dit que 
le travail honore ; à ses yeux les plus grands sont ceux 



— 26 — 

qui sont les plus utiles ; elle répète aux travailleurs ce mot 
d'un génie de l'antiquité : 

L'homme porte un front haut pour regarder les deux. 

La chanson popiilai7^e, c'est la fée bienfaisante de l'artisan 
et du laboureur. N'eût-elle que cette mission au monde, 
d'égayer et de glorifier le travail, que sa mission serait 
haute et sainte. 

Elle rend plus léger le poids des durs labeurs ^ 

Un journal hollandais, le Daghlad d'Utrecht, a publié, 
le V octobre 1866, une causerie belge, due à la plume de 
M. Van Lée, de Yhidépendance, où l'auteur fait ressortir 
l'importance réelle des chansons populah^es. Voici un 
extrait de cette causerie : 

« Le pauvre d'esprit n'est-il pas le paria de la Société ? 
C'est lui cependant qui réclame notre aide avant tout. Mais 
où trouver le véhicule qui puisse pénétrer jusque dans les 
couches inférieures de la société ? Ce ne sont certes pas 
les congrès en général, ni les comptes rendus des journaux, 
ni les annales des congrès. J'en connais un qui ouvre toutes 
les portes : c'est la chansoyi populaire, v 

Viennent ensuite pour ceux qui ont tracé cette nouvelle 
voie à la chanson, des éloges qui reviendront plus juste- 
ment aux écrivains qui l'élargiront dans l'avenir. 

En Belgique, en France, la chanson populaire a trouvé 
de nombreux échos dans l'atelier et dans la rue. 

Quelques critiques pour contester l'etïïcacité de cette 
chanson, ont confondu la vogue avec la popularité. Les 



1. Vers emprunté à une charmante pi'èce de poésie que M. Charles 
Rogier a adressée à l'auteur. 



— 27 - 

org"ues de barbarie, disent-ils, traînent par les chemins 
Glycère et Rien nest sacré pour un sapeur. Donc, suivant 
eux. le peuple accepte et répète, sans discernement, les 
couplets mauvais ou moraux. Sans doute trop de refrains, 
drôles, bêtes, souvent malsains, nous arrivent portés par 
un air entraînant ou joli, mais ces refrains se succèdent 
les uns aux autres et disparaissent tour à tour pour ne 
reparaître jamais. 

Il en est d'autres qui, après une longue existence, sont 
redits à l'unisson, aux jours de fête par les ouvriers. 
Ceux-ci sont sortis du cœur du poète, ils vont droit et res- 
tent au cœur du peuple : voilà la chanson p)opulaire dans 
la véritable acception du mot. 

Malgré le culte du veau d'or, l'honneur et le travail sont 
à l'ordre du jour. 

Laissez passer et tomber la chanson ignoble : elle fera 
surgir d'éloquentes protestations : c'est le fumier qui fait 
croître l'épi. 

Je suis fier de le dire en terminant, la chanson a laissé 
une trace lumineuse à travers les âges. 

De nos jours, c'est un levier puissant entre les mains de 
ces grands enfants, parfois enfants terribles qu'on appelle 
les poètes. C'est une toute petite chose, c'est une force 
merveilleuse. Continuant son œuvre civilisatrice, elle vou- 
drait faire pénétrer partout les robustes idées de la saine 
démocratie qui prêche l'amour et la fraternité. Elle agite 
encore les grelots de la folie, elle rit encore au nez de la 
sottise et de la vanité ; comme le Champagne elle pétille 
encore au dessert ; mais, avant tout, elle défend les hum- 
bles contre les superbes ; 

Elle célèbre la gloire des aïeux ; 

Elle chante les communes flamandes qui, dès le xiv^ 



— 28 — 

siècle, ont semé la liberté du monde, et la France de 89 
qui, dans un splendide effort, en recueillit la moisson ; 

Elle chante le foyer, la patrie, l'instruction, la paix, le 
travail pour élever l'âme du peuple ; 

Elle chante la nature pour monter jusqu'à Dieu. 

La chanson est vieille comme le monde. 

Si quelque jour la race humaine actuelle doit finir et si 
un être moins imparfait, partant plus près de Dieu, appa- 
raît sur le globe, la chanson n'aura pas péri tout entière ; 
l'homme nouveau l'entendra comme nous, mieux que nous, 
dans le gazouillement des oiseaux, dans la symphonie des 
forêts où le vent s'agite et dans le bruit formidable des 
flots. 



— 29 — 



L'AMOUR. 

Musique de V auteur des paroles (Ai). 

L'amour, c'est la source de vie. 
C'est pour aimer que nous naissons : 
Le cœur pur et l'âme ravie, 
Aimez, fillettes et garçons. 
Tout enfante dans la souffrance, 
Depuis qu'Adam tomba des cieux ; 
Mais, par un lot délicieux, 
Tout arrive avec l'espérance. 

L'amour, de ses enchantements. 
Remplit les airs, la terre et l'onde. 
L'amour, c'est le maître du monde ; 
Et, dans la joie ou les tourments, 
Qu'il soit béni, car il féconde. 

Plaignons l'être, dans sa misère, 
Qui doit vieillir et mourir seul. 
L'amour fait rayonner la mère. 
Il semble rajeunir l'aïeul ; 

1. A. Voir la musique indiquée par cette lettre aux nouveaux airs 
notés. 



— 30 - 

Tout se transforme à sa lumière : 
Sans lui les palais sont maudits ; 
Il fait au pauvre un paradis 
De la mansarde ou la chaumière. 

L'amour, de ses enchantements, 
Remplit, etc. 

L'amour ramène l'hirondelle ; 

Le doux printemps charme nos yeux : 

L'alouette, à son nid fidèle, 

Jette au vent ses concerts joyeux. 

Terre, par le ciel arrosée, 

Tu peux répondre au bien-aimé 

Dans le langage parfumé 

Que la fleur parle à la rosée. 

L'amour, de ses enchantements. 
Remplit, etc. 

Imitons Dieu, dans sa puissance, 
Miséricordieux toujours. 
Lui qui fait naître l'innocence 
Même des impures amours. 
La femme alors se renouvelle : 
Auprès du berceau qu'il défend. 
L'ange qui veille sur l'enfant 
Ne doit-il pas veiller sur elle? 

L'amour, de ses enchantements, 
R.emplit, etc. 



- 31 - 

L'amour sort vivant dos abîmes ; 
Il prêche la fraternité. 
L'Éternel, aux œuvres sublimes, 
C'est l'Amour dans l'immensité. 
Permets à l'humble créature, 
Dieu qui fais mûrir les moissons, 
De répéter, dans ses chansons, 
Ce grand refrain de la nature : 

L'amour, de ses enchantements, 
Remplit les airs, la terre et l'onde, 
L'amour, c'est le maître du monde ; 
Et, dans la joie ou les tourments, 
Qu'il soit béni, car il féconde. 



Avril 1870. 



- 32 — 



L'ENFANT DE PLUS. 



A MARIE CLESSB ET A JULES FRANÇOIS, LE JOUR DE LEUR MARIAGE, 

4 MAI 1867. 



kir du Yaudeville de la Petite gouvernante (19 0- 



On m'a dit souvent : — C'est dommage, 
En parlant de notre maison, 
Que dans ce bon petit ménage 
Vous n'ayez pas un seul garçon. — 
Nos deux enfants sont si gentilles . 
Que, dans notre bonheur reclus, 
Nous n'enviions rien aux familles | 
Où l'on compte un enfant de plus. ) 



his. 



Mais depuis j'ai vu sur ma route, 
Et j'ai pris un garçon tout grand ; 
Ça coûte un peu plus cher sans doute. 
Mais du moins on sait ce qu'on prend. 
Bien qu'il nous enlève une fille. 
Des regrets seraient superflus : 
Rien n'est changé dans la famille, 
Nous n'avons qu'un enfant de plus. 

1. 19. Voir l'air noté indiqué par ce chiffre au recueil paru en 1866. 



— 33 — 

Une douce croyance élève, 
Le doute a fait les cœurs aigris ; 
La nuit un magnifique rêve 
M'ouvrit le monde des esprits : 
Deux âmes, en pleine lumière, 
Disaient au séjour des élus : 
Pour guider un fils sur la terre 
Nous avons un ange de plus. 

Chantons cette union si chère 
Sans trembler pour son résultat : 
Marie a le cœur de sa mère, 
Et Jule a le cœur d'un soldat. 
Dans leurs yeux une larme brille, 
Perle de deux cœurs résolus 
A vivre heureux dans la famille 
Où l'on compte un enfant de plus. 

Je vois, si l'avenir couronne 
Les vœux que forme ma chanson, 
Un berceau, futur petit trône 
Du petit roi de la maison. 
Votre mère, qui n'est point seule 
A chérir les anges joufflus. 
Étendra les mains de l'aïeule 
Pour bénir un enfant de plus. 



34 - 



UN GRADE DANS L'ARMÉE. 



Air du Carnaval (9). 



Simple sergent dans la garde civique 
D'un sort plus beau je rêvais les douceurs, 
Lorsque l'armée, à la voix sympathique, 
M'offrit un punch au troisième chasseurs ; 
Le colonel me versait du Champagne 
Et je buvais autant qu'un général ; 
Jugez combien nous battions la campagne : 
Le colonel m'a nommé caporal. | hïs. 

D'orgueil, hélas! toute ma nuit fut pleine; 
Et sur mes bras, haute marque d'honneur, 
J'entrevoyais mes deux galons de laine 
En répandant des larmes de bonheur ; 
Puis, à travers mes paupières humides. 
Mes deux galons, souvenir triomphal, 
Me semblaient grands comme les pyramides ! 
Le colonel m'a nommé caporal. 

J'ai cinquante ans — plus un — et je regrette 
De n'avoir pu commencer autrefois ; 
J'aurai bientôt des droits à la retraite : 
Six sous par jour et cent francs pour la croix. 



— 35 — 

Vit-on jamais pareille sinécure? 
Nul ne peut dire en ce pays loyal 
Qu'on ne fait rien pour la littérature : 
Le colonel m'a nommé caporal. 

Napoléon pour obtenir ce grade 
Dut s'illustrer à l'heure du combat : 
Dans votre camp j'arrive en camarade, 
Et vous daignez m'accueillir en soldat. 
Rien maintenant ne peut me faire envie 
Pour célébrer mon grade colossal, 
Je reviendrai si Dieu me prête vie 1 
Le colonel m'a nommé caporal. 



Camp de Beverloo, 22 juin 1867. 



— SO- 



LE FILS DU PEINTRE & LE CHANSONNIER, 



A M, LE BARON 0. DE S. QUI MA OFFERT UNE VUE DE ROME, 
UNE VUE DES RUINES DE POMPEl ET DEUX PAYSAGES PEINTS PAR SON PÈRE. 



Air : Faut d'ia vertu, pas trop n'en faut (62). 

Que je bénis ma bonne étoile : 
Un jour, dans une chasse au bois, 
Vous m'avez promis une toile 
Et m'en offrez quatre à la fois. 

On me saura de vos amis : \ 

\ bis. 
Baron, vous voilà compromis. ) 

Voilà Rome où, sous un nuage, 
Se cache en vain la vérité : 
Le Dieu qui vainquit l'esclavage 
Est le Dieu de la liberté. 

On me saura, etc. 

C'est Pompéï : ce siècle y sonde : 
Que plutôt n'a-t-il entassé 
Toutes les erreurs du vieux monde 
Dans les ruines du passé. 

On me saura, etc. 



— 37 — 

Un beau paysage m'attire ; 
Et je pense à votre vieux chien, 
Aux perdreaux que si mal je tire 
Et que vous abattez si bien. 

On me saura, etc. 

L'eau sort d'un roc et semble vivre. 
Votre père a dû l'écouter 
En peignant les pages du livre 
Qu'il aimait tant à feuilleter. 

On me saura, etc. 

Le peintre est mort... — non, il existe 
Son talent n'est pas oublié. 
De là-haut l'àme de l'artiste 
Doit sourire à notre amitié. 

Les bons cœurs franchement amis 
Se sont-ils jamais compromis ? 



Mons, 8 juillet 1867. 



— 38 — 



LE PAUVRE ARTISTE. 



Musique de l'auteur des paroles (B). 



Le rameau d'olivier en main, 

Illuminé par la pensée, 

Un vieillard chantait en chemin 

Et l'iliade et l'odyssée. 

Barde divin de l'Orient, 

Il disait d'un ton doux et triste : 

(( Je suis aveugle et mendiant : 

Ayez pitié du pauvre artiste ». 

Aveugle, il voyait mieux encor 
Par les yeux de la poésie ; 
Pauvre, il possédait le trésor 
Le plus précieux de l'Asie. 
C'étaient des vers harmonieux : 
Une éternelle symphoniste, 
La nature, aux chants merveilleux. 
Remplissait l'âme de l'artiste. 

Des temples grecs s'élèveront 
Pour déifier sa mémoire ; 
Des cités se disputeront 
L'honneur du berceau de sa gloire. 



— 39 — 

Vivant, il trouve des ingrats : 
Par son œuvre à peine il subsiste... 
Vers le ciel il tendit les bras : 
Dieu reprit l'âme de l'artiste. 

Rois, trônes de l'antiquité, 
Vain orgueil, splendeur éphémère, 
Vous n'êtes pour l'humanité 
Que par la parole d'Homère. 
Sublime écho des grandes voix, 
A travers les temps tu persistes.... 
Que les peuples fassent des rois : 
C'est Dieu seul qui fait les artistes- 



Juillet 1867. 



— 40 — 



JE SUIS GRAND-PÈRE. 



COUPLETS A MA PETITE FILLE ET FILLEULE 
THÉRÈSE-MARIE- ANTOINETTE FRANÇOIS, LE JOUR DE SON BAPTÊME. 



Air : Donnez-vous la peine d'attendre (30). 



Je rêvais un petit garçon, 

Mais ce l'homme marche et Dieu le mène » 

Au lieu d'un roi de la maison, 

Nous avons une souveraine. 

La mère et l'enfant vont au mieux ; 

Voyez rajeunir la grand'mère ; 

Mon gendre est là tout radieux fbis/ ; 

Hélas ! et moi, je suis grand-père [bisj. 



L'enfant est le nec plus ultra : 

Quel front, quels yeux, quelles oreilles. 

Jugez quand elle parlera : 

C'est la merveille des merveilles ! 

Vous la bénissiez dans nos bras. 

Monsieur l'aumônier militaire : 

Des voix du ciel chantaient tout bas 

Au fond de l'âme du grand-père. 



— 41 - 

Le printemps dit ses chants d'oiseaux 
Pour dérider les fronts moroses ; 
Enfant, les fleurs des arbrisseaux 
Ont tes couleurs blanches et roses. 
De ta mère, ô mon cher trésor, 
Possède la douce lumière, 
Du brave soldat le cœur d'or, 
Et lagaîté de ton grand-père. 

Dieu rayonne autour des petits : 
Du berceau soulevant les franges, 
La mère voit le paradis 
Lorsque l'enfant sourit aux anges. 
Souris, cher petit nourrisson : 
Je te verrai grandir, j'espère ; 
Un jour tu diras ta chanson 
Sur les genoux de ton grand-père. 

Mons, 28 avril 1868. 

Pardonnez-nous, mon Dieu ! nous pleurons, chose étrange, 
Quand un enfant de plus prend les ailes d'un ange. 

Mons. 15 février 1869. 



- 42 



A NOS CAMARADES DU PAYS. 



INAUGURATION DU TIR COMMUNAL DE MONS, 28 JUIN 1868. 



kir de la Brahançonne (16). 



Avec transport chacun de nous s'écrie : 

Salut à vous, ô soldats citoyens ! 

Nous apprenons à servir la patrie : 

ce Qui veut la fin doit vouloir les moyens. » 
Vous avez remué la fibre 
De Mons notre vieille cité : 
Je bois aux fils d'an peuple libre 
Et je bois à la liberté. 

Où nous marchons la route est inégale 
Et le progrès a plus d'un ennemi : 
J'entends le cri haineux de la cigale, 
J'entends aussi la voix de la fourmi. 

Nul n'ébranlera l'équilibre 

De la nationalité : 

Le pays où la presse est libre 

Ne craint rien pour la liberté. 



- 43 — 

La presse a droit à notre gratitude ; 
Rêvant sans cesse à des destins meilleurs, 
Elle est à nous, hommes forts par l'étude, 
Elle est à nous, honnêtes travailleurs. 

Sous l'ignorance l'on découvre 
La haine au souffle redouté : 
Chaque fois qu'une école s'ouvre 
J'entends chanter la liberté. 

Aimons la paix, à l'œuvre magnifique. 
Sans écouter des frères imprudents 
Qui voudraient voir désarmer la Belgique 
Quand nos voisins sont armés jusqu'aux dents. 
A nous le fusil de calibre 
Pour l'armée enfm adopté : 
Tous les enfants d'un peuple libre 
Sont soldats de la liberté. 



— 44 — 



AU ROI, A LA REINE. 



Père, les ouvriers Montois 
Viennent t'exprimer leur tristesse ; 
Sire, ils sont majeurs pour leurs droits 
Comme ils le sont pour leur tendresse. 
Tu vis le peuple toujours prêt 
A t'acclamer au temps prospère : 
Tu souffres : le Roi disparaît, 
Nous ne voyons plus que le père. 

A LA REINE. 

Mère, il vous souvient, n'est-ce pas, 

Qu'à la fin d'une sérénade, 

Le petit prince, dans mes bras, 

Du peuple a reçu l'accolade ? 

Le pays comprend vos douleurs ; 

De l'enfant il dit la louange 

Quand, des bras d'une mère en pleurs, 

Il passe dans les bras d'un ange. 

Mons, 23 janvier 1869. 



— 45 



LA MUSE DU FOYER. 



AU JURY DU CONCOURS QUINQUENNAL DE LITTERATURE FRANÇAISE. 
PÉRIODE DE 1863-1867. 



Musique de l'auteur des paroles (C). 



Tous les cinq ans, au nom de la patrie, 

L'académie ou l'université 

Donne à Fauteur, cher à la coterie, 

Cinq mille francs et l'immortalité. 

Les lyres d'or chantaient pour la cassette. 

Quand le jury, las de s'émerveiller, 

Dans son rapport fit passer ma musette. 

Chante pour l'ouvrier, 

Petite muse du foyer. 

Jury trônant sur les plus hautes cimes, 

Pour me meurtrir à la comparaison. 

Près de chefs-d'œuvre inconnus, mais sublimes, 

Épargnez- moi de citer la chanson. 

C'est l'artisan qui de sa voix amie 

Fait retentir la rue et l'atelier : 

Voilà mon juge et mon académie. 

Chante pour l'ouvrier, 

Petite muse du foyer. 



— 40 — 

Le rapporteur, adroitement hostile, 

En m'infligeant un éloge moqueur, 

Dit qu'aux petits, sans ciseler mon style, 

Je vais jetant mes refrains et mon cœur. 

Qu'il sache donc mes secrets littéraires : 

J'ai mis vingt fois l'œuvre sur le métier 

Quand j'ai l'honneur de parler à mes frères. 

Chante pour l'ouvrier. 

Petite muse du foyer. 

Le lauréat doit l'or qui l'illumine 
Aux deux jurés Van Bemmel et Stecher. 
Sur la raison chez eux le cœur domine : 
Ils ont prôné leur ami le plus cher. 
Est-on coupable où la main reste pure ? 
Ça vaut d'ailleurs un si maigre denier 
Les pots-de-vin de la littérature. 

Chante pour l'ouvrier, 

Petite muse du foyer. 

Graves chercheurs de grands hommes pour rire, 
Comme autrefois couronnez désormais 
Poèmes lourds que vous pourriez écrire, 
Drames fameux qu'on ne joûra jamais. 
Du peuple seul le jugement persiste, 
A ses instincts qu'on ose se fier : 
L'âme du peuple est une âme d'artiste. 

Chante pour l'ouvrier, 

Petite muse du foyer. 

1869. 



47 — 



AUX ENFANTS DE GUTENBERG. 



SOCIÉTÉ TYPOGRAPHIQUE DE BRUXELLES. 



Air : Faut d'ia vertu, pas trop n'en faut (62). 



Enfants de Gutenberg, l'hommage 
De vos portraits m'a mis en train ; 
En échange de votre image, 
Vous me demandez un refrain. 

Dite par vous, que ma chanson / 

^ his. 
Soit pour les grands une leçon. 

Ou libéral ou catholique, 

Ou sénateur ou député, 

Que de trembleurs ont la colique 

Aux accents de la vérité. 

Dite par vous, etc. 



Pour eux ce qui marche dévie ; 
Un choc les glace de stupeur ; 
En prêchant son œuvre de vie, 
Jésus même leur ferait peur. 

Dite par vous, etc. 



— 48 — 

Oubliant que nous sommes frères, 
Ces rois du gros et du détail 
Vont fabriquant des lois contraires 
Aux nobles enfants du travail. 

Dite par vous, etc. 

L'air pur et libre les oppresse. 
Ah ! s'ils avaient des mains de fer, 
Comme ils garrotteraient la presse : 
A bas les nains de Gulliver I 

Dite par vous, etc. 

La presse, c'est la voix féconde, 
C'est la voix de l'humanité 
Qui saura conquérir au monde 
Les lois do la fraternité. 

Dite par vous, etc. 

Enfants de la typographie, 
Le même but doit nous unir : 
C'est le passé qui nous défie : 
Marchons, nous sommes l'avenir. 

Dite par vous, que ma chanson 
Soit pour les grands une leçon. 

Juin 1869. 



— 49 — 



CHANSON DE NOCE. 



Air : Donnez-vous la peine d'attendre (30). 



L'amitié chante votre hymen : 
Ah ! lorsque tout vous favorise, 
Cœur à cœur, la main dans la main, 
Marchez vers la terre promise. 
Époux, soyez amants toujours : 
Comme l'oiseau sous le feuillage. 
Gazouillez longtemps vos amours (hisj. 
Dans le doux nid du mariage (bis). 

Si le ciel exauce mes vœux, 

Il charmera vos destinées ; 

Déjà l'âge sur mes cheveux 

Jette la neige des années. 

Mais vos amours, en leur printemps, 

Ont mis mon vieux cœur au pillage : 

Le vers me vient comme à vingt ans 

Pour chanter votre mariage. 

Je radote, sur mon honneur : 
C'est que déjà le vin me trouble ; 
Mais, pour présager du bonheur. 
Je suis content quand je vois double. 



50 - 



Tous deux. Joyeux et triomphants, 
Vous allez vous mettre en voyage... 
Ah ! puissiez-vous de vos enfants 
Chanter un jour le mariage. 



- 51 — 



LE BANQUET FRATERNEL. 



LIÈGE, GRAND TIR INTERNATIONAL, 21 SEPTEMBRE 1809. 



Air du Credo des quatre saisons (90). 



Enfants de l'Europe énergique, 
Batave, Anglais, Français, Germain, 
Tambours battants, de la Belgique, 
Vous avez repris le chemin. 
Nos ennemis sont la misère. 
L'ignorance, aux bandeaux épais : 
Au bruit de nos armes de guerre, 
Chantons les œuvres de la paix /bisj. 

Gloire à Liège qui nous convie 

Sur le vieux sol des grands combats, 

Où la foule acclame, ravie, 

Partout les citoyens soldats. 

Du peuple nous portons la flamme 

Sous un belliqueux attirail ; 

Et nous crions, du fond de l'unie : 

Honneur aux soldats du travail ! 



- 52 — 

La guerre est un horrible crime 
Au Gain qui dit : J'envahis ! 
Elle est saintement légitime 
Au bras qui défend son pays. 
Ici point de sang, point d'alarmes ; 
En frères donnons-nous la main : 
Jurons de lutter, sous les armes, 
Pour tous les droits du genre humain. 

Les hommes rangés à ces tables 
Représentent les nations ; 
Rentrez vos griffes redoutables 
Léopards, aigles ou lions. 
Qu'un jour, chassant la haine immonde, 
Le peuple, aux bras cyclopéens, 
Inscrive aux drapeaux du vieux monde : 
États-Unis européens ! 

Fils des wallons, fils de la Flandre, 
Nos aïeux montraient, sans fléchir, 
Comment ils savaient se défendre 
Et comment ils savaient mourir ; 
Leur âme, aujourd'hui libre et fière, 
Du haut du séjour éternel. 
Répand une vive lumière 
Sur ce grand banquet fraternel. 



— 85 — 

A cette table où le bon vin pétille, 

Point d'esprit sombre et point de front chagrin ; 

Chacun de nous ici, comme en famille, 

Avec bonheur répète mon refrain. 

Par son talent notre chef nous honore ; 

Un même cri s'échappe de nos cœurs : 

Un verre, amis, buvons encore 

Au plus Jeune des Directeurs. 



26 janvier 4873. 



— 86 — 



AUX MEMBRES DU CAVEAU LIÉGEOIS 



QUI m'ont donné le titre de président d honneur, 

EN ME DÉDIANT DES COUPLETS ÉCRITS PAR M. DIEUDONNÉ SALM, 
ET INTITULÉS : « DIZOS VOST ELE " (SOUS VOTRE AILE). 



Air de la Sentinelle (31). 



Caveau Liégeois, vos ouvriers chanteurs, 
Aux jours de fête où Tartisan s'amuse, 
Voudraient jeter leurs refrains enchanteurs 
En s'abritant aux ailes de ma muse. 
Je suis à ceux-là de tout cœur 
Qui tendent leurs mains fraternelles ; 
Ils m'ont fait Président d'honneur. 
Et la chanson, avec bonheur, 
Va nous rassembler sous ses ailes, 
Sous ses ailes. 

Gais chansonniers, si forts et si nombreux, 

Je suis confus de toutes vos louanges 

Sur maints tableaux j'ai vu des bienheureux 
Qui vont au ciel soulevés par des anges. 
Je tremble ; vos muses bientôt 
Atteindront des sphères nouvelles : 



— 87 — 

Entourez-moi bien ; il le faut, 
Si c'est pour me porter plus haut 
Que vous vous rangez sous mes ailes, 
Sous mes ailes. 

Soyons unis, et nous serons puissants ! 

Tout près de nous j'entends gronder l'orage 

Du peuple encore on trouble le bon sens ; 

Pour l'éclairer il faudra du courage ! 
Ah ! dût la popularité 
Nous fuir en des luttes cruelles, 
Nous défendrons la vérité 
Qui, pour sauver l'humanité, 
Voudrait l'abriter sous ses ailes, 
Sous ses ailes. 

Mai 1873. 



- 88 -- 



GOMME AUTREFOIS. 



Aù'd'Yelvailf^). 



Pour honorer le nom de ta patronne, 

Parents, amis t'apporteront ce soir 

Les douces fleurs que nous garde l'automne, 

Et le plaisir chez nous viendra s'asseoir. 

Depuis le jour où nous vivons ensemble. 

J'ai célébré ta fête trente fois : 

Comme autrefois mon cœur bat, ma voix tremble 

Je veux t'olTrir des vers comme autrefois. 

Pour tes parents tu fus pieuse fille : 
Je t'ai connue alors, et le sais bien ; 
Vaillante femme et mère de famille, 
De ton foyer tu fus l'ange gardien. 
De la jeunesse en nous s'éteint la flamme : 
Du temps, hélas 1 nous subissons les lois ; 
Mais, à travers les clartés de ton âme. 
Je te vois jeune encor comme autrefois. 

Mons, 14 octobre 1873. 



— 89 — 



COUPLETS 

AU PRINCE DE CARAMAN-CHIMAT, 

GOUVERNEUa DU HAINAUT, QUI, POUR ME DEMANDER UN FUSIL DE CHASSE, 

M*A ADRESSÉ SA COMMANDE EN VERS. 



Puis je désire avoir, grùce à votre industrie, 
Un bon fusil de chasse où je veux, tout entier, 
Inscrit en lettres d'or, le nom du chansonnier 
Dont les refrains connus sont chers à la patrie. 

Pi'ince de C. C. 
2 mars 1873. 



Air: Faut d'Ici vertu, pas trop n'en faut 'fii). 

Vos vers me sont une relique 
D'autant qu'un sort presque fatal 
Vous a fait noble et catholique ; 
Je suis du peuple et libéral. 



Prince, les vers du gouverneur 

Au chansonnier font grand honneur. 

Votre amabilité me charme : 
Parce que j'ai quelque renom, 
De moi vous désirez une arme 
Sur laquelle on lise mon nom. 

Prince, etc. 



Bh. 



— 90 - 

Voici votre arme : elle est parfaite ; 
Grâce à votre excellent coup d'œil, 
Au bois que de lièvres en fête 
Et qui bientôt prendront le deuil. 

Prince, etc. 

La concurrence n'est pas mince 
Aux lauréats mélodieux, 
Si les gouverneurs de province 
Parlent le langage des Dieux ! 

Prince, etc. 

Je vous ai vu violoniste : 
Le chant semblait sortir du cœur ; 
Je ne voyais plus que Fartiste 
Et j'oubliais le grand seigneur. 

Prince, etc. 

Un ange adorable, une femme, 
A ce concert délicieux 
Mettait la note de son àme : 
L'idéal descendait des cieux. 

Prince, etc. 

Nous étions trois ; quel doux mystère ! 

Au loin s'envolait ma raison 

Il fallait retoucher la terre : 
Ce fut le tour de la chanson. 

Prince, etc. 



- 91 — 

Aux artistes que Dieu nous donne 
Allez fièrement vous unir : 
Ceux-là que le talent couronne 
Sont les princes de l'avenir. 

Prince, les vers du gouverneur 

Au chansonnier font grand honneur 



1873. 



oo 



LA MÈRE DE FAMILLE. 



Air : Domicz-vous la peine d'attendre (30) 



Berçant son nourrisson chéri, 
La femme, à travers sa tendresse, 
Voit un miracle dans un cri 
Et le ciel dans une caresse. 
Du dévoûment le plus entier 
A son front l'auréole brille : 
Fille de prince ou d'ouvrier, 
Gloire à la reine du foyer, 
Gloire à la mère de famille ! 

Si vous saviez, pauvres enfants, 
Dont les parents sont à l'ouvrage, 
Les luttes, les soins triomphants 
De votre mère en son ménage ! 
Souvent elle a dû vous veiller 
Sans cesser de tirer l'aiguille ; 
Dites, à l'heure de prier : 
Gloire à la reine du foyer, 
Gloire à la mère de famille ! 



- 93 - 

Ne crains pas l'infécondité, 
Femme qui fais ce que Dieu prêche 
Sois mère par la charité ; 
Jésus sanctifia la crèche- 
Les pauvres gens vont t'envoyer 
Petit garçon, petite fille ; 
Et les anges vont s'écrier : 
Gloire à l'asile hospitalier, 
Gloire à la mère de famille ! 

Nature sainte ! Le travail, 
Dans ses conquêtes pacifiques, 
Rêve des prés pleins de bétail. 
Moissons, Vendanges magnifiques ; 
Avant le glaive souverain 
Dieu met la bêche et la faucille : 
Reste féconde sous sa main, 
nourrice du genre humain, 
Mère de la grande famille ! 



Février 1874. 



— 04 



LA IIAIiNE ET L'AMOUR. 



Musique de fauteur des paroles (K' 



Qui donc fut ton parrain, rivière de la Haine ? 
Tout te parle de gloire et d'amour et d'honneur, 
Pour notre vieux Hainaut tu fus gente marraine : 
En lui donnant son nom, tu lui portas bonheur. 
Si les mots s'échappaient de tes rives muettes, 
De nos fastes, bénis aujourd'hui comme hier, 
Tu dirais les soldats, les peintres, les poètes. 
Les grands musiciens dont le pays est fier, 
Dont le pays est fier. 

Goule, coule toujours limpide : 
En toi le ciel s'admire encor ; 
L'hirondelle, en son vol rapide, 
Baise tes flots d'azur et d'or. 

L'été, lorsque sonnaient onze heures et demie, 
Enfants, nous déposions nos habits sur le bord ; 

Nos parents nous croyaient tous à l'académie 

Aussi sur le dessin je ne suis pas très fort. 
Mais j'appris à nager : j'avais un camarade 
Qui dans l'art du plongeon n'avait pas son pareil 
Et, pour ne point traliir une folle escapade. 



- 95 — 

On revenait chez soi les cheveux au soleil, 
Les cheveux au soleil. 

Goule, etc. 

J'admire fièrement, sur le cours de tes ondes, 
Nos bois pleins de gibier, nos prés pleins de bétail, 
Nos splendides moissons, nos liouillères profondes 
Où vont les charbonniers, ces héros du travail. 
Deux amants dans tes eaux voulaient finir leur peine. 
Mais un homme passait qui les rendit au jour ; 
Les couples amoureux, rivière de la Haine, 
T'appellent maintenant la rivière d'Amour, 
La rivière d'Amour. 

Coule, coule toujours limpide : 
En toi le ciel s'admire encor ; 
L'hirondelle, en son vol rapide. 
Baise tes flots d'azur et d'or. 

Juillet 1874. 



- 96 - 



LA CHANSON BELGE 
AU CAVEAU FRANÇAIS 

Air de la Sentinelle (31). 

Sous le soleil il n'est rien de nouveau. 
Contrairement à ce proverbe antique, 
Je vois du neuf à Theure où le caveau 
Daigne accueillir la chanson de Belgique. 
L'esprit du caveau de Paris 
M'interrompt gaîment et s'écrie : 
« Il n'est ici que des amis, 
« La chanson est de tout pays : 
« Elle a le monde pour patrie, 
« Pour patrie ». 

Ah I de là-haut pour descendre ici-bas, 
Si notre esprit est une libre flamme, 
D'illustres morts veillent à ce repas : 
Silence, amis, j'entends chanter leur âme. 
Ils ont défendu les petits : 
C'est pour eux que leur âme prie ; 
Leurs refrains qu'on a tant redits 
Nous reviennent du paradis : • 

Ils ont l'univers pour patrie, 
Pour patrie. 



— 97 - 

De la chanson, en termes émouvants, 
Faut-il pleurer la gloire disparue ? 
Non pas, Messieurs, vos couplets sont vivants 
Ils ont rempli le théâtre et la rue, 

Sous les grelots de la gaîté, 

Élevons la chanson chérie : 

Quand la muse sainte a chanté 

Le travail et la vérité, 

Elle a le monde pour patrie, 
Pour patrie. 

L'humble chanson, dans ce joyeux séjour, 
A vos banquets préside en souveraine ; 
Et je suis fier, avec vous, en ce jour. 
D'offrir aussi mon hommage à la Reine : 
Son prestige est toujours nouveau. 
Sa couronne toujours fleurie ; 
Dans l'air elle inspire l'oiseau 
Et les mères près du berceau : 
Elle a le monde pour patrie, 
Pour patrie. 

2 octobre 1874. 



— 98 — 



UN VOYAGE DANS LA LUNE. 



Air: A coups cl" pied, à coups de poiug (48). 



Avec Glorieux, gai Wallon, 

Au globe lunaire, en ballon, 

Nous abordons dans la nuit brune ; 

Deux grands messieurs, barbus et forts, 

Nous demandent nos passeports. 

Ici-bas, vraiment, 
Tout se fait autrement : 
Ah ! qu'ils sont bêtes dans la lune. 

En vain je leur chante un couplet, 
Quand Glorieux, au grand complet, 
Montre une recette opportune : 
C'était de l'or : à cet aspect, 
On nous salue avec respect. 

Ici-bas, vraiment, 
Tout, etc. 

Le bruit des clairons, le matin, 
Tous deux nous réveille soudain : 
Ah ! quelle fanfare importune 



- ou — 

C'étaient des hommes, des soldats 
Qu'on dressait au jeu des combats. 

Ici-bas, vraiment, 
Tout, etc. 

Au lieu d'avoir, — sainte union, — 
Une seule religion. 

Chaque contrée en avait une 

Le bon sens public s'abaissait ; 
Le fétichisme fleurissait. 

Ici-bas. vraiment. 



Pour les uns mille absurdités 
Étaient d'augustes vérités ; 
D'autres n'avaient croyance aucune ; 
C'est qu'on oubliait, en ce lieu ; 
De prêcher l'unité de Dieu. 

Ici-bas, vraiment, 
Tout, etc. 

Glorieux me dit un matin : 
(( Des boursiers suivons le destin : 
Nous voilà presque sans pécune ». 
Affichant un luxe d'enfer. 
Nous créons dix cliemins de fer. 

Ici-bas, vraiment. 
Tout, etc. 



— 100 — 

Pour le transport des nations, 
Nous émettons des actions 
De Molenbeek à Pampelune : 
Enrichis par les ruinés, 
Nous leur faisons un pied de nez. 

Ici-bas, vraiment, 
Tout, etc. 

L'or chez nous formait un monceau ; 
Mais, comme Langrand-Dumonceau, 
Nous abusons de la fortune. 
En songeant au pays Wallon, 
Glorieux gonfle son ballon 

Nous ne pouvions pas 
Revenir ici-bas 
Sans faire un grand trou dans la lune. 

4874. 



— 53 



LA CHANSON DU VIN. 

Musique de Vauicur des paroles (D). 

Mes amis, c'est l'âme ravie 
Que je vois s'écouler mes jours ; 
Voici l'automne de ma vie, 
Et gaîment je chante toujours. 
De fleurs le printemps se couronne, 
L'été porte l'épi divin ; 
Pourtant je préfère l'automne 
Qui chante la chanson du vin. 

Versez cette liqueur si chère. 
En perles d'or et de rubis ; 
Versez ! Je vois le paradis (hisj 
Dans mon verre. 

Buvons, trinquons ! nous voilà fières ! 
Le vin, magicien puissant, 
Sur les ombres de nos misères 
Jette un prisme réjouissant. 
Tout nous apparaît plein de charmes... 
Quel grand cœur bat dans notre sein, 
Lorsque de généreuses larmes 
Se mêlent aux pleurs du raisin. 

Versez, etc. 



— 54 - 

Au rêve qui nous émerveille 
Touche l'ivresse, aux vils penchants, 
La sombre ivresse qui réveille 
Nos instincts mauvais et méchants. 
Pitié pour celui qui s'oublie : 
Nous avons tous le vieux levain. 
Satan fit la haine et la lie : 
Dieu créa l'amour et le vin. 

Versez, etc. 

Buvons jusqu'à l'heure bénie 
Où le vin grandit l'horizon, 
Où l'homme a presque du génie 
Avant de perdre la raison : 
Il fait un ange de la femme ; 
Le refrain, plus audacieux, 
Semble s'élancer de son âme 
Pour ouvrir, un instant, les cieux ! 

Versez cette liqueur si chère, 
En perles d'or et de rubis ; 
Versez ! Je vois le paradis 
Dans mon verre. 



— 55 -^ 



JACQUES BONHOMME. 



Musique de V auteur des paroles (E). 



En chemin, par un dimanche, 
A travers Tor des moissons, 
Un vieillard, à tête blanche, 
Se retourne à mes chansons. 

— « Dis-moi comment on te nomme ? » 

— c( Plus vieux que le juif errant, 

(( J'ai pour nom Jacques Bonhomme, 
« Et je vais désespérant 1 » 

— (( Gomme 
(( Moi, lève le front : 
c( Espère Jacques Bonhomme ; 

« Comme 
« Moi, lève le front : 
(( Jacques, les beaux jours viendront. » 

— c( Esclave des temps antiques, 
c( Tous les pouvoirs d'autrefois, 
(L Empires ou républiques, 

« M'ont privé de tous mes droits. 



— 56 — 

(( Mes fils traînent ma souiïrance... » 

— « Jacques, tes fils ont lutté : 
« Ils auront la délivrance, 

c( Car ils ont la liberté. 

« Comme 
t( Moi, etc. 

— « Au bruit lugubre des guerres, 
« Depuis l'œuvre de Cain, 

« Répond la plainte des mères, 
c( La plainte du genre humain. 
(( Chaque frontière se couvre 
« De forts et de bastions... » 

— ce Que partout l'école s'ouvre 
(( Pour unir les nations. 

c( Comme 
(( Moi, etc. 

— (( Pour la vieille race humaine 
ce J'ai combattu, chaque jour, 

c( Le despotisme et la haine, 
« Par le travail et l'amour. 
« Au progrès je vais sans doute, 
(( Mais par siècle, à petits pas : 
« Dieu n'éclaire plus la route ! » 

— (( Jacques, ne blasphème pas ! 

ce Comme 
(L Moi, etc. 



— 57 — 

Mais tout à coup, chose étrange, 
Tous deux nous voilà muets : 
Devant nous était un ange 
Aux yeux couleur de bluets : 
« Crois en moi comme au Messie, 
Dit le bel ange, à l'œil bleu ; 
R Je suis la démocratie : 
« J'accomplis l'œuvre de Dieu. 

« Comme 
« Moi, lève le front : 
« Espère, Jacques Bonhomme ; 

« Comme 
(( Moi, lève le front ; 
(( Jacques, les beaux jours viendront, i 



— 58 



LES DEUX OISEAUX. 



kir : Et vous 'm'en direz des nouvelles (F). 



Au pied d'une tombe, un dimanche, 
J'étais, près d'un saule, à genoux ; 
Deux oiseaux, sur la même branche, 
Gazouillaient leur chant le plus doux. 
Éclairé par de saintes flammes, 
— Jamais l'homme ne pleure en vain. 
Le doux chant me parut divin : 
Les deux oiseaux, c'étaient deux âmes. 



1 



— 59 



TOUT POUR LA. PATRŒ. 



Air de la Brabançonne (16). 



La guerre agite avec furie 
Deux peuples grands et valeureux : 
Belgique, ô ma chère patrie, 
Dieu nous a mis entre les deux. 
Français, allemands sont nos frères ; 
Mais, si nous sommes envahis, 
Faisons la plus sainte des guerres : 
Sauvons le drapeau du pays. 



Rangeons-nous, fiers de notre histoire. 
Autour d'un trône respecté ; 
Que d'autres luttent pour la gloire, 
Nous luttons pour la liberté. 
Indomptables comme nos pères, 
Si jamais nos droits sont trahis, 
Faisons la plus sainte des guerres : 
Sauvons le drapeau du pays. 



- 60 — 

A l'appel du tambour d'alarmes, 
Belgique, nous accourons tous. 
L'homme valide prend les armes 
Et la femme prie à genoux. 
Quel que soit au moment suprême 
Le nombre de nos ennemis. 
Faisons notre devoir quand même.. 
Et que Dieu sauve le pays ! 



19 juillet 1870. 



— 61 — 



QUE JE SUIS FIER 
D'ÊTRE FILS D'OUVRIER 



Musique de V auteur des paroles iG'. 



Quand je sortis de l'école primaire, 
Dans ma terreur du grec et du latin, 
J'appris gaîment le métier de mon père, 
Et depuis lors j'ai béni mon destin (bia). 
Mes loisirs sont à la littérature : 
Est-il savant l'oiseau prime-sauticr ? 
Le peuple entend les voix de la nature, j 
Que je suis fier d'être fils d'ouvrier. ) 

De vos splendeurs la somme s'est accrue, 
Noble industrie à la calleuse main ; 
Le paysan est grand à sa charrue. 
Car son labeur nourrit le genre humain. 
Fermes, ouvrez vos étables, vos granges : 
Sans vos trésors que serait l'atelier ? 
Tout nous sourit à travers les vendanges. 
Que je suis fier d'être fils d'ouvrier. 



(Bis.) 



— 62 - 

Place aux beaux-arts, place à la poésie : 
Gomme les champs il faut semer les cœurs ; 
L'instruction du pauvre est le messie : 
C'est l'avenir avec les droits vainqueurs. 
Nous avons tous une même origine : 
Plaignons ceux-là qui semblent l'oublier. 
Le saint travail est d'essence divine : 
Que je suis fier d'être fils d'ouvrier. 

Depuis qu'Adam succomba sur sa route, 
L'erreur existe et s'attache à nos pas ; 
Le travailleur peut se tromper sans doute, 
Mais le savant ne se trompe-t-il pas ? 
L'homme renaît à sa splendeur première 
Dans un génie ou dans un peuple entier : 
C'est le chaos d'où jaillit la lumière. 
Que je suis fier d'être fils d'ouvrier. 

L'humanité lutte sans paix ni trêve. 
J'erre souvent, moi qui combats l'erreur. 
Au premier rang j'ai touché, dans un rêve : 
Plus de chansons ! J'étais fils d'empereur. 
Mais, au réveil, deux rois de haute taille, 
Sans s'exposer au boulet meurtrier. 
Semaient la mort sur les champs de bataille. 
Que je suis fier d'être fils d'ouvrier. 

Quand vous croyez la force triomphante, 
conquérants, ivres de sang humain, 
L'âme du monde est pleine d'épouvante 
Et le bon sens se fait républicain. 



- 63 — 

Rois absolus, tremblez ! Dieu nous éclaire : 
Les trônes d'or et les canons d'acier 
N'arrêtent pas le bon sens populaire : 
Que je suis fier d'être fils d'ouvrier. 



Mons 1870. 



- 64 — 



LES GRECHKS. 



CHCEUR POUR VOIX D ENFANTS, 

COMPOSÉ POUR LA CRÈCHE ÉCOLE GARDIENNE DE SAINT- JOSSE-TEN-NOODE. 

25« ANNIVERSAIRE. 



Les esprits les plus éloquents 
Ont redit vos saintes louanges, 
Crèche qui depuis vingt-cinq ans 
Abritez tant de petits anges. 

Au doux berceau chaque matin 
Confiant sa chère merveille, 
La mère peut gagner son pain 
Pendant que la charité veille. 

Grands, pour atteindre au paradis 
Le fait vaut mieux que la parole ; 
Protégez les pauvres petits : 
Après la crèche, ouvrez l'école. 

Bienfaiteurs des pauvres enfants, 
Au ciel vos noms sont en lumière : 
Les anges gardiens triomphants 
Vous bénissent dans leur prière. 

28 juillet 1871. 



- G5 



TENDONS LES DEUX MAINS 
A LA FRANCE. 

Air : Soldat français né d'obscurs loboîireitrs (3). 



C'est à Sedan que ce siècle agité 
A vu la fin des hontes de l'Empire. 
César voulait tuer la liberté, 
Il est vaincu : la liberté respire. 
Où le carnage atroce et furieux 
Portait la mort et semait la vengeance, 
Au saint travail l'été sourit joyeux. 
La paix s'écrie, en planant sous nos cieux : 
Tendons les deux mains à la France. 

Peuple français, je comprends vos douleurs ; 
Ma muse en deuil vient essuyer vos larmes. 
Dans vos revers, montrez vos trois couleurs : 
Nous redirons les bienfaits de vos armes. 
L'Italien se courbait abattu, 
Vous paraissez, et c'est la délivrance ! 
mon pays, parle, t'en souviens-tu ? 
Pour nous sauver la France a combattu : 
Tendons les deux mains à la France. 



— 66 — 

L'esprit gaulois, aux mots réjouissants, 

A la gaîté vit la sagesse unie : 

Avec Molière il était le bon sens, 

Avec Corneille il était le génie ; 

Il s'est vautré dans l'immoralité... 

La plaie est large et le goufire est immense 

Pour n'y point voir sombrer la vérité, 

Peuples, au nom de la fraternité, 

Tendons les deux mains à la France. 

France, après de malheureux combats. 
En plein Paris, contre une secte immonde, 
Tu relevas l'honneur de tes soldats : 
Ils ont lutté pour les destins du monde. 
Les ennemis du grand travail humain 
Ont pour détruire ameuté l'ignorance. 
La lutte peut recommencer demain : 
Vite, debout ! latin, slave ou germain, 
Tendons les deux mains à la France. 

On peut sortir des abîmes profonds 
Avec le droit et la raison pour guides ; 
Et si la France a de sombres bas-fonds, 
Elle éblouit par des cimes splendides. 
Mais les talents, illustrés tour à tour. 
Trop loin du peuple ont tenu la science ; 
Dans les bas-fonds ils vont porter le jour : 
Pour le progrès la force, c'est l'amour ! 
Tendons les deux mains à la France. 

Juillet 1871. 



- 6T — 



A ANNA DU MÉNIL 
ET FLORENT STRYBOS 

LE JOUR DE LEUR MARIAGE. 

Air : Tavais pêche po.r ignorance. 



A deux bons cœurs le ciel donna 

Un cher fils, une chère fille : 

C'était Florent, c'était Anna 

Qui sont l'espoir de leur famille. 

Ici, vieil ami convié, 

Je dis, — pardon si ma voix tremble — : 

Enfants, ils s'aimaient d'amitié, ] n ■ . 

' ' \ (bis.j 

Aujourd'hui l'amour les rassemble. ) 

Les pères étaient deux amis, 
Désormais ils seront deux frères ; 
Leurs enfants par le ciel unis 
N'auront pas do destins contraires. 
Une tendre mère a prié 
Et dit, en les voyant ensemble : 
Enfants, ils s'aimaient d'amitié ; 
Longtemps que l'amour les rassemble. 



- 68 — 

Dans un an ce nouvel hymen 
Portera ses fruits, je l'espère ; 
Amis, debout ! le verre en main 
Et que chacun vide son verre. 
Couple par le bonheur lié, 
Que le bel ange vous ressemble ; 
Vieux un jour que votre amitié 
Bénisse Dieu qui vous rassemble. 



12 octobre 1871. 



— 69 — 



LA SAIiNTE CÉCILE. 



COUPLETS A MES AMIS DE LA « SOCIÉTÉ ROYALE DE LA GRANDE HARMONIE », 
DE BRUXELLES. 



Air de la Corde sensible. 



Nobles enfants de la grande Harmonie, 
Sainte Cécile, en ce jour solennel, 
A réuni nombreuse compagnie 
A ce banquet musico-fraternel. 

On fait ici des repas de chanoine 
Où l'amitié seule trace une loi : 
Sans t'offenser, glorieux Saint Antoine, 
Sainte Cécile est plus grande que toi. 

Je vous dirai quelque chanson nouvelle 
Que vous savez déjà depuis longtemps. 
Crabbe, Ranwet, Jones et Dartevelle : 
J'ai banqueté sous quatre présidents. 

Je vois d'anciens amis du journalisme, 
A l'œil malin, au sourire moqueur, 
Qui, sous les froids dehors du scepticisme. 
Savent cacher tous les élans du cœur. 



- 70 — 

Pour boire au Roi, voici le grand Bourgmestre ' 
Dans sa parole on sent la loyauté... 
Quand l'avenir nous menace peut-être, 
Buvons au Roi, puis à la liberté. 

Aux pauvres gens en disputant sans cesse 
Tous les bienfaits qu'ils réclament encor, 
Sur les égouts, sources de leur richesse, 
Des tripotiers relèvent le veau d'or. 

Le fanatisme et l'ignorance folle 
Prêchent la haine à la société : 
Pour nous sauver, ouvrons partout l'école, 
Au nom sacré de la fraternité. 

Nos fiers aïeux, ces géants de l'histoire, 
Des droits de tous se faisaient les soldats : 
Pour nous draper de leur manteau de gloire, 
Continuons leurs vigoureux combats. 

Il est honteux de rester en arrière. 
Rudes Flamands et courageux Wallons, 
Dans le chemin où brille la lumière 
Nous n'irons plus longtemps à reculons. 

Pour oublier toutes les choses tristes, 
L'esprit charmé, le cœur tout grand ouvert, 
Nous entendrons de célèbres artistes : 
Silence, amis, c'est l'heure du concert. 



1. Jules Anspach. 



— 71 — 

Pour la chanson qui dans ces lieux s'égare, 
Tant de talents réunis à la fois 
Sont l'éclatante et joyeuse fanfare 
Qui de l'oiseau couvre la faible voix. 

Et cependant j'ose chanter encore. 
Puisqu'un soupir peut entr'ouvrir le ciel, 
Le soir venu, je veux, comme à l'aurore, 
Joindre ma note à l'hymne universel. 

Oui, je vieillis, commune destinée, 
Ai-je le droit de me plaindre d'ailleurs : 
A ce banquet je trouve, chaque année. 
Les vins plus vieux et les amis meilleurs. 

Novembre 1871. 



— 72 - 



L'ŒUVRE DE LA FRATERNITÉ. 



AU PASTEUR TH. BOST, 

?RtBIDENT d'honneur DE LA SOCIÉTÉ POLYGLOTTE DE VEEVIEES, 

COUPLETS CHANTÉS PAR L' AUTEUR AU BANQUET DU 20 JANVIER 1872. 



Air de la treille de sincérité (64). 



En prêchant l'étude des langues, 
Un pasteur veut joindre mes vers 
A ses éloquentes harangues : 
Le sage même a ses travers (hisj. 
Ma musette agite son aile ; 
Mais puis-je, hélas I avec succès, 
Aider à l'œuvre fraternelle, 
Moi qui ne sais que le français. 

Loin de nos fanges, 

La voix des anges 
Célèbre les splendeurs du ciel 
Dans un langage universel. 

Ici-bas une paix féconde 
Régnait, malgré la mort d'Abel : 
Satan, pour diviser le monde, 
Fit surgir la tour de Babel. 



— 73 — 

Pour que la paix puisse renaître, 
Quelle ardeur doit nous enflammer : 
Il faut apprendre à nous connaître, 
Afin d'apprendre à nous aimer. 

Loin de nos fanges, 
La voix, etc. 

L'antiquité montre en lumière 
Des noms à jamais immortels ; 
Mais Goethe, Shakspeare et Molière 
N'ont-ils pas aussi leurs autels ? 
S'inspirer des langues vivantes, 
C'est aller vers le but humain 
Où les nations triomphantes 
Marcheront la main dans la main. 

Loin de nos fanges, 
La voix, etc. 

On fête ici, comme en famille, 
Ce soir au plaisir consacré ; 
Le cœur s'ouvre, le vin pétille : 
Je crois toucher au but sacré. 
Le vin, sous sa riante flamme. 
Fait oublier les jours maudits ; 
Le bonheur apporte à notre âme 
De longs échos du paradis. 

Loin de nos fanges, 

La voix des anges 
Célèbre les splendeurs du ciel 
Pans un langage universel, 



— 74 — 



J'AIME A CHANTER 
POUR LES PETITS ENFANTS. 



A M. HUBERT DOLEZ, 

ANCIEN PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE, MEMBRE DU SÉNAT. 



Hubert Dolez, Montois de cœur et d'âme. 
Comme la Chambre, où tu fus le premier, 
Que le Sénat s'éclaire de ta flamme : 
Prête ton aide à l'humble chansonnier. 



Air : Morbleu, morbleu, de quoi vous plaignez-vous ? (H). 

Sur les grandeurs de l'époque où nous sommes 

On a versé trop de sang et de fiel ; 

Je sais par moi ce que valent les hommes, 

Et chaque jour nous éloigne du ciel. 

Je vois l'ornière où traînent, dans nos fanges, 

L'œuvre des morts et l'œuvre des vivants ; 

Mais les enfants sont les frères des anges : 

Je veux chanter pour les petits enfants (hisj. 

Le nourrisson, que le bonheur nous donne, 
Pour sa famille est plus beau que le jour ; 
C'est le foyer vers lequel tout rayonne : 
Autour de lui quels prodiges d'amour ! 



— 75 — 

Ces chérubins, à tête brune ou blonde, 
Pour qui la mère a des refrains touchants, 
Ne sont-ils pas tout l'avenir du monde ? 
J'aime à chanter pour les petits enfants. 

Ouvrons l'école au pauvre sans défense 
Devant un père inconscient du mal : 
Plus de travail précoce pour l'enfance... 
Des règlements protègent l'animal. 
Fils du progrès, que font à nos conquêtes 
Chevaux dressés, ânes et chiens savants ? 
Faiseurs de lois, si tendres pour les bêtes, 
Ayez pitié de nos petits enfants. 

Le ciel partout fait resplendir sa gloire. 
Tous les berceaux ont leur ange gardien. 
L'instruction doit être obligatoire 
Pour que le pauvre ait rang de citoyen. 
Dieu créateur, c'est toi que l'on renie 
Quand l'ignorance, aux longs bras étouffants, 
Peut dans son germe éteindre le génie : 
Plus de bandeau sur les yeux des enfants 1 

Le privilège a semé trop de haines. 

Semons l'amour et la fraternité. 

Il faut fonder les grandes lois humaines 

Sur la justice et sur l'égalité. 

Législateurs, écoutez ma prière, 

Et nous dirons, en des jours triomphants : 

Soyez bénis par tous les cœurs de mère, 

Soyez bénis par les petits enfants ! 

Mars 1872. 



76 — 



LE VŒU D'UNE MÈRE. 



A JULIETTE CLESSE ET LÉON BOQUET, LE JOUR DE LEUR MARIAGE, 
16 JUILLET 1872. 



Air: Donnez-vous la peine d'attendre (30). 

Devant les parents rassemblés, 

Lorsque Léon vit Juliette, 

Il était là les yeux troublés, 

Le cœur ému, l'âme inquiète ; 

Une femme disait tout bas : 

ce Mon fils, cet ange tutélaire 

Ferait ton bonheur ici-bas... » 

La mère ne se trompait pas : 

Le ciel s'ouvre au vœu d'une mère /bisj. 

Le piano chanta le soir. 
Léon, à cette heure bénie, 
Vit resplendir le mot Espoir 
Sous les ailes de l'harmonie. 
Allure vive, canne en main, 
Le père, un ancien militaire. 
Aurait voulu le lendemain 
Combler, par les lois de l'hymo'n, 
Les vœux du fils et de la mère. 



- 77 — 

Et maintenant, pour se charmer, 
Deux âmes que l'amour inonde 
Vont conjuguer le verbe aimer 
Sans lequel périrait le monde. 
Les grands parents deviendront fous 
De l'ange qu'on verra, j'espère, 
Répondre à leur vœu le plus doux : 
Dieu bénit les jeunes époux 
Quand ils sont bénis par leur mère, 



LE DRAPEAU DU RÉGLMElNT. 



Musique d'Edmond Waucampt ( I ). 



Soldats que la Belgique honore^ 

Portons haut, nous ses défenseurs, 

L'immortel drapeau tricolore 

Qui triompha des oppresseurs. 

Aux jours de joie, aux jours d'alarmes, 

Noble signe de rallîment, 

Dans les airs plane sur nos armes, 

Drapeau sacré du régiment. 

Des héros de mil-huit-cent-trente 
Il dit les exploits glorieux ; 
Il rappelle la lutte ardente 
De nos indomptables aïeux. 
Enfants d'une race énergique, 
Nous saluons avec fierté 
Le vieux drapeau de la Belgique : 
C'est celui de la liberté 1 

Sous cette bannière chérie 
Dont l'honneur fut toujours la loi, 
Que Dieu protège la patrie 
Et que Dieu protège le Roi. 



— 79 - 

Fils des Wallons, fils de la Flandre, 
Ce drapeau dans nos rangs porté, 
Nous jurons tous de le défendre 
En soldats de la liberté. 



80 - 



UNE ÉGLAIRCIE. 



Musique de *** (J). 



De larges flaques d'eau récentes, 
Au grand ciel servant de miroir, 
Se détachaient, éblouissantes, 
Dans un chemin boueux et noir. 
Après l'orage, une éclaircie 
Versait, aux sites enchantés, 
La lumière et la poésie : 
Mon cœur était plein de clartés (hisj. 

Les gouttes d'eau retentissantes 
Tombaient des feuillages en pleurs ; 
Et des senteurs plus pénétrantes 
S'échappaient des prés et des fleurs. 
La terre semblait parfumée ; 
Avide, mon âme écoutait : 
L'oiseau chantait sous la ramée, 
Dans les arbres le vent chantait. 

Le soleil, aux rayons timides, 
— L'orage au loin grondait encor, — 
A travers les branches humides 
Faisait briller des perles d'or. 



- 81 - 

Et, rutilante de lumière, 
La Trouille montrait devant moi, 
Comme un géant sur la rivière, 
L'ombre immense du vieux beffroi. 

Le bonheur animait ma joue ; 
Lentement je marchais joyeux ; 
Mes pieds barbotaient dans la boue, 
Ma pensée allait vers les cieux... 
Puis le ciel se recouvrit d'ombre ; 
Gaîment je disais en chemin : 
Qu'importe si le temps est sombre. 
Le soleil reluira demain ! 



Mons, 15 mai 1872. 



— S2 — 



LES ATOMES. 

A MON AMI HENRI ADAN QUI MA OFFERT SON REMARQUABLE TRAVAIL 

INTITULÉ « LE MICROSCOPE », 

COUP d'ŒIL discret SUR UN MONDE NOUVEAU. 

Air : Tout le long, le long, le long de la rivière (25). 

Par les yeux d'un rare bon sens, 
Avec des verres grossissants, 
Dans les moindres choses possibles 
Tu vois des êtres invisibles : 
Grain de poussière ou goutte d'eau 
Contient tout un monde nouveau. 
Mon cher ami, tu connais les atomes : 
Sont-ils, entre nous, moins bêtes que les hommes. 
Sont-ils moins bêtes que les hommes ? 

Les poètes, ces grands enfants, 
Eurent toujours peur des savants : 
Ton style, digne de la fable. 
Sait rendre la science aimable ; 
Dans mon cerveau peu claii^oyant, 
Tu mets le jour en souriant : 
Mon cher ami, tu connais les atomes : 
Sont-ils, entre nous, moins bêtes que les hommes, 
Sont-ils moins bêtes que les hommes ? 



- 83 — 

Ont-ils, dans leur humilité, 
Des trésors de fraternité ?... 
Mon ami, prête-moi tes verres : 
Que vois-je ? au lieu de vivre en frères, 
Ornés d'énormes appétits, 
Les gros avalent les petits ! 
Mon cher ami, tu connais les atomes : 
Ils sont, entre nous, méchants comme les hommes, 
Ils sont méchants comme les hommes. 

Dieu peupla d'êtres moins pervers 
Les espaces de l'univers ; 
Il fit comme une échelle immense 
Qui pour le plus petit commence 
Et qui, jusqu'aux cieux pénétrant. 
Va jusqu'à l'infiniment grand... 
Vus de là-haut nous sommes des atomes : 
Seigneur tout puissant, ayez pitié des hommes, 
Seigneur, ayez pitié des hommes. 

Ah ! Dieu nous a pris en pitié ; 
Il fit l'amour et l'amitié ; 
Il nous donna, faveur insigne, 
Le jus parfumé de la vigne : 
Quel microscope merveilleux 
Qu'un verre rempli de vin vieux : 
Lorsqu'à travers j'aperçois les atomes. 
Je crois voir le ciel se rapprocher des hommes... 
Le ciel se rapproche des hommes. 

Novembre i87?. 



— 84 - 



COUPLETS 



CHANTÉS, PAR UN CONTRÔLEUR DES DOUANES, AU BANQUET 

QUE LES FONCTIONNAIRES ET EMPLOYÉS DE LA PROVINCE DE BRADANT 

ONT OFFERT A LEUR DIRECTEUR, M. EDOUARD GILBERT. 



Air (VAristippe (6). 



La muse, hélas ! est souvent indocile, 

Alors qu'il faut louer l'autorité ; 

Mais notre chef rend la tâche facile : 

Toujours la muse aima la vérité (hisj. 

Ici, Messieurs, en relevant la tête, 

Sans qu'on me classe au rang des vils flatteurs, 
Je puis chanter, à cette fête, 
Le plus jeune des Directeurs [his]. 

Fuyant l'intrigue et les basses manœuvres, 
Du bien toujours il se montra jaloux ; 
Nous l'aimons tous : il est fils de ses œuvres : 
II est sorti du peuple comme nous. 
Les traits méchants de la maligne envie 
N'atteignent pas à pareilles hauteurs ; 

Et nous souhaitons longue vie 

Au plus jeune des Directeurs. 



— 101 — 



UN ÉLÈVE DES ÉCOLES D'ADULTES. 



Air de la Sentinelle (31). 



Mon cher André, près de moi viens l'asseoir. 

Gomme toujours je te vois bon courage ; 

Mais, autrefois, tu nous restais le soir 

Et maintenant tu sors après l'ouvrage : 
Est-ce à boire qu'il te faudrait ? 
— Non pas, moi qui n'osais le dire, 
Lorsque je te quitte en secret. 
Loin de songer au cabaret, 
Eemme, je vais apprendre à lire, 
Apprendre à lire. 

Si tu voyais que d'hommes grands et forts 
Vont se ranger à l'école d'adultes ; 
Nos professeurs consacrent leurs efforts 
A transformer des natures incultes. 
femme, nous les bénissons 
Ceux qui veulent bien nous instruire ! 
Quelles bienfaisantes moissons 
Ils vont semant par leurs leçons : 
Tu me comprends, toi qui sais lire, 
ïoi qui sais lire. 



— 102 - 

Un an plus tard, — que ce jour était Ijoaii ! 
André disait, rayonnant d'erpérance : 
Comme Lazare est sorti du tombeau, 
Je vais sortir enfin de l'ignorance. 
Femme, nos deux petits savants 
Depuis longtemps savent écrire ; 
J'ouvrirai leurs prix triomphants 
Sans rougir devant mes enfants : 
Je suis un homme : je sais lire, 
Oui, je sais lire ! 

Février 1875. 



— 103 — 



LA TOURTERELLE. 



Air: Dans cette maison à quinze ans. 



Je disais, en me promenant 
Aux champs où le rêveur s'amuse 
Tourterelle est le mot charmant 
Que le hasard jette à ma muse. 
Comme une vivante leçon 

Dieu créa cet oiseau fidèle 

J'errais à travers la moisson 
Dans l'espoir d'ouïr la chanson, 
La chanson de la tourterelle [bisj. 

Les airs retentissaient de cris 
Au sein des campagnes superbes : 
Dans les blés c'était la perdrix, 
C'était le grillon dans les herbes ; 
Je traversai le petit bois 
Où les mûriers forment ombrelles 
Cent oiseaux chantaient à la fois 
Mais je n'entendais point la voix 
Des ravissantes tourterelles. 



- 104 — 

Las de chercher Toiseau constant 
Qui fiiit honte à la race humaine, 
Près d'un clair ruisseau, m'arrètant, 
J'allai m'asseoir au pied d'un chêne. 
Dans ses rameaux mystérieux 
Un couple aimant hattait des ailes : 
Tout charmait mon âme et mes yeux. 
Un ange emporta vers les cieux 
1/hymnc d'amour des tourterelles. 

.Tuin 1875. 



— 105 



LES NOBLES CŒURS 
NE VIEILLISSENT JAMAIS. 

A MON AMI BERTRAM (EUGÈNE LANDOY). COUPLETS CHANTÉS AU BANQUET 
QUI LUI A ÉTÉ OFFERT, A BRUXELLES, LE 11 SEPTEMBRE 1875, PAR SFS 
AMIS DES « ARTS " ET DE LA " PRESSE ", RÉUNIS POUR CÉLÉBRER LE 
■10" ANNIVERSAIRE DE SON ENTRÉE DANS LE JOURNALISME. 

Air de VAnonyme (1). 



Chantons Bertram 1 II compte dans la Presse 
Huit lustres pleins de travail et d'honneur ; 
Autour de lui chacun de nous s'empresse 
Pour le fêter en ce jour de bonheur, 
Notre amitié me semble à son aurore ; 
Rien ne pourra l'altérer désormais. 
Comme autrefois je le vois jeune encore 
Les nobles cœurs ne vieillissent jamais. 



Bla. 



Il a lutté comme lutte le sage. 
Nous admirons ses elTorts triomi)hants. 
Il faut le voir dans son charmant ménage : 
Comme il chérit sa femme et ses enfants. 
Des malheureux nous ont fait sa louange, 
Partout la crèche a redit ses bienfaits ; 
Souvent sa muse a les ailes d'un ange ; 
Les nobles cœurs ne vieillissent jamais. 



— 106 — 

Ah ! que de fois la sombre calomnie 
Pour raiTétei" lui jeta son venin ; 
En répondant par un trait d'ironie, 
Calme toujours il suivait son chemin. 
Quel écrivain pourrait mettre en lumière 
Un cœur plus belge, un talent plus fran(;ais ? 
11 a gardé la saveur printanière : 
Les nobles cœurs ne vieillissent jamais. 

Dans ses écrits, qu'un souffle pur anime, 
Dont le bon sens est la suprême loi, 
Sa modestie a pris un pseudonyme : 
Bertram en vain voulait cacher Landoy. 
De nos débats sa chronique est l'histoire, 
Son œuvre entière appartient au progi'ès, 
Et chaque jour il ajoute ù sa gloire : 
Les nobles cœurs ne vieillissent jamais. 



107 — 



MINERVE CHEZ LE CHANSONNIER. 



Air : Donnez-vous la peine cVattcndre (:30). 



La Statue de Léopold I'"'' s'élève aujourd'hui en foce de la gare de 
notre ville, comme un imposant témoignage de la gratitude populaire. 

Œuvre du sculpteur Simonis, elle a été coulée en bronze par 
M. Graux-Marly. fondeur et fabricant, à Paris. 
. Les jets de la Statue ont été transformés en quelques exemplaires 
d'une charmante statuette de Minerve. M. Graux a très gracieusement 
offert cette statuette à chacun des membres des conseils échevinal et 
communal de la cité Montoise, au rédacteur en chef de chacun des 
journaux de la localité, et à quelques amis parmi lesquels se trouve le 
chansonnier. 



Des jets du bronze du feu Roi, 
Dont la statue est magnifique, 
Graux, un fondeur de bon aloi, 
Fit surgir la Minerve antique. 
Tu vas illustrer ma maison, 
Statuette de la déesse. 

Et moi qui cherchais la raison 

Chante, musc de la chanson : 
Graux nous a donné la sagesse (bla^ 



- 108 — 

Ce n'est pas à moi seulement 
Que Tami Graux offre Minerve. 
Mons est dans un enchantement : 

Quel avenir Dieu lui réserve I 

Au grand chef de chaque journal. 
— Faut-il donc éclairer la Presse ? 
A tout le corps échevinal 
Et même au conseil communal, 
Graux vient de donner la sagesse ! 

Catholiques et lihéraux, 

Nos pères ont hrisé leurs chaînes : 

Sur la tombe de ces héros 

Irons-nous déposer nos haines ? 

Jésus des tyrans fut l'effroi. 

Au genre humain faisant largesse, 

Il jetait, au monde en émoi, 

La lijjerté comme la foi, 

Ce grand semeur de la sagesse ! 

Nul n'oserait plus, parmi nous, 

Redire, avec irrévérence. 

Que les Français sont un peu fous ^ 

La sagesse nous vient de France ! 

L'Europe maudit le retour 

De la lutte qui nous oppresse. 

Ah ! si la France avait son tour !... 

Afin de la lui rendre un jour, 

Amis, gardons bien la sagesse. 



1. Quand les Français, à tète folle, 

iltC. VOLTAIKE. 



— 109 - 

Ah ! pour conjurer le danger 
Où court la Belgique meurtrie, 
R.espectons devant l'étranger 
Les saintes lois de la patrie. 
Sous le drapeau national 
Le trône s'abrite sans cesse : 
Imitons un prince loyal ; 
Dans les plis du manteau royal, 
Le vieux Roi cachait la sagesse. 

Août et septembre 1876. 



- 110 



UN TITRE GLORIEUX. 



Mimique de François Marneffe (L). 



Le fanatisme aujourcVliui, dans sa rage, 

En insultant la gloire des aïeux, 

Du nom de gueux fait pour nous un outrage 

Nous en faisons un titre glorieux ! 

Dieu, qui sourit au plus humble qui passe, 

Met des fruits d'or sur des arbres rugueux ; 

Le vieil Homère a porté la besace : 

Nous sommes fiers d'être parmi les gueux ! 

11 faut partout s'aimer les uns les autres, 
Disaient tout haut de hardis novateurs : 
C'était Jésus suivi de ses apôtres, 
Fils d'ouvriers et de simples pêcheurs. 
En affrontant l'idolâtrie immonde, 
Et, même au prix de leur sang généreux, 

Ils apportaient la liberté du monde 

Nous sommes fiers d'être parmi les gueux ! 

Contre les coups d'un barbare en démence, 
Pour relever un jour l'humanité. 
Jadis le cloître a sauvé la science : 
11 montre encor la sœur de charité. 



Bh. 



— 111 — 

A son niveau plaçons la pauvre fille 
Qui, loin de fuir des parents malheureux, 
Par son travail veut nourrir sa famille : 
Nous sommes fiers d'être parmi les gueux ! 

Montrant le ciel, mais chérissant la terre, 
Le monachisme, au pied du crucifix, 
A la science, à l'œuvre humanitaire. 
Jette aujourd'hui de monstrueux défis. 
Ah ! si jamais son pouvoir nous ramène 
Et les duc d'Albe et les Philippe deux, 
Pour affranchir la conscience humaine, 
Les vrais chrétiens seront parmi les gueux. 

En respectant les diverses églises, 
Nos droits civils nous les voulons entiers 1 
Nous combattrons, pour garder nos franchises. 
Comme les gueux et les vieux communiers. 
Dressons nos fils pour la Lutte suprême : 
Le tout-Puissant va combattre avec eux, 
Car le progrès n'est-ce pas Dieu lui-même ? 
Il entendra la prière des gueux ! 

1875. 



— 112 - 



LA JEUNESSE DU CŒUR 



Musique de C auteur des paroles (M). 



Pour qui chante, la vie est belle : 
Tous mes loisirs sont des concerts ; 
Et, dès ({ue le malheur m'appelle, 
J'accours avec mes petits airs ; 
Chaque printemps qui me caresse 
Aux gais refrains donne Tessor : 
Amis, qu'importe la vieillesse. 
Lorsque le cœur est jeune encor. 

Dans notre existence éphémère 
Nous comptons les jours triomphants 
Est-elle vieille la grand'mère 
Qu'entourent ses petits enfants ? 
Ivre d'amour et de tendresse, 
Elle bénit son cher trésor ! 
Amis, qu'importe la vieillesse. 
Lorsque le cœur est jeune encor. 

Lorsque je laisserai sur terre 
Les faibles échos de mes sons, 
Il me semble entendre Saint Pierre 
Dire, à mes petites chansons : 



— 113 - 

« Des bienheureux, voici l'adresse 

« Là-bas, à cette porte d'or 

(( Dieu, c'est l'éternelle jeunesse ; 
« Au Paradis on chante encor ! » 



1876. 



- 114 - 



L'OISEAU DANS LÉGLISE. 



Ai'r du Yaiidorillc de la pctile Gouvernante (11*)- 



Un oiseau volait dans l'église 

Pendant le service divin : 

Le pauvret, entré par méprise. 

Essayait de sortir en vain. 

Le vent a fermé la fenêtre 

Qu'il cherche;, le cœur agité. 

Mêlant ses cris aux chants du prêtre. J 

L'oiseau pleurait sa liberté. ) 

C'était une jeune hirondelle 

L'orgue se tait, la foule sort 

« Au lieu de fatiguer ton aile. 

Dit le prêtre, bénis ton sort : 

« Petit oiseau, que ta voix pure 

« Célèbre la divinité. » 

— (( Dieu n'est-il pas dans la nature ? 

« Prêtre, j'attends la liberté ! » 

Se peut-il que le ciel réponde 
Au vœu des humbles passereaux ? 
L'éclair brille, l'orage gronde, 
L'ouragan brise les vitraux ! 



- 115 - 

Bientôt après le ciel s'épure : 
L'oiseau, de bonheur transporté, 
Saluait Dieu, dans la nature. 
En bénissant la liberté. 



Juillet 1876. 



~ IIG — 



IL FAUT SEMER POUR RÉCOLTER 



Air de la treille de sincérité (G4). 



Amis, dans un rève magique, 
J'ai vu, tout comme je vous vois. 
Le Souverain de la Belgique 
Ce ferme gardien de nos droits ! 
Il me semble entendre sa voix : 
c( Dans ce présent plein de misère, 
« Pour l'avenir sachons lutter ! 
« Deviens mon écho populaire : 
« Il faut semej' pour récolter ! » 

Le Loi nous crie, 

Et la patrie 
Ne saurait trop le répéter : 
Il faut semer pour récolter ihisj. 

En montrant l'Afrique centrale 
Pour jjut à notre activité, 
La haute inlluence royale. 
N'a pas vu seule, en vérité, 
La question d'humanité. 



— HT - 

Quand nulle source n'est tarie 
Mais qu'il nous faut des débouchés, 
Le Pioi voudrait pour l'industrie 
D'immenses et riches marchés. 

Le Roi nous crie. 
Et la, etc. 



Quand le haut-fourneau se rallume, 
Soudain rayonne l'ouvrier ! 
Les marteaux frappent sur l'enclume, 
Partout l'usine et l'atelier 
Ramènent l'aisance au foyer. 
L'enfant, que, faute d'une obole, 
La mère devait retenir, 
Reprend la route de l'école, 
Ce grand chemin de l'avenir. 

Le Roi nous crie. 
Et la, etc. 

Après un hiver de souffrance. 

L'abeille a repris son essor. 

Le doux printemps, c'est l'espérance , 

C'est le germe, divin trésor, 

Qui nous promet des gerbes d'or. 

Poètes, à la voix féconde, 

Savants, plus nombreux chaque jour, 

Ensemencez l'àme du monde : 

Elle attend des moissons d'amour. 



— 118 — 

Le Roi nous crie, 

Et la patrie 
Ne saurait trop le répéter : 
Il faut semer pour récolter ! 



1877. 



- 119 — 



LES AMIS DE LHUMANITÉ. 



COUPLETS CHANTÉS, PAR L'AUTEUR, LE 30 SEPTEMBRE I87Ô, 

AU RAOUT OFFERT, 

PAR LE CERCLE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE DE BRUXELLES, 

AUX MEMBRES DU CONGRÈS INTERNATIONAL D'HYGIÈNE ET DE SAUVETAGE. 



Mr dit vaudeville de la Petite Gouvernante (19). 



Pour les princes de la science, 
Du progrès traçant le chemin, 
Il n'est qu'une famille immense 
Qui s'appelle le genre humain. 
Ici nous les voyons ensemble, 
Inspirés par la charité. 
Honneur au pays qui rassemble 
Les amis de l'humanité. 



Bii 



Dans leur dévoûment pour les autres 
Devant les fléaux destructeurs, 
Si nous admirons les apôtres, 
Nous saluons les inventeurs. 
Par leur labeur et par leurs veilles, 

Rêve devient réalité 

Bardes, célébrez les merveilles 
Des amis de l'humanité. 



- 120 — 

Quand la guerre sur nous s'élance, 
La science aide à ses forfaits ; 
D'Achille, dit-on, c'est la lance 
Qui guérit les maux qu'elle a faits. 
Ça me paraît bien difficile : 
Je n'oserais, en vérité. 
Frapper de la lance d'Achille 
Les amis de l'humanité. 

Mais, dans notre lutte infinie, 
Par nous, jusques au dernier jour, 
Que la science soit bénie 
Qui parle de paix et d'amour. 
Elle ouvre Fhospice et l'école, 
En prêchant la fraternité : 
Peuples, écoutez la parole 
Des amis de l'humanité. 

Partout des étreintes mortelles 
Menaçaient les navigateurs ; 
La science prête des ailes 
A ces hardis explorateurs. 
Dominant l'espace et les ondes, 
Atomes dans l'immensité. 
Ils ont relié les deux mondes 
Les amis de l'humanité. 

Les peuples de l'Europe entière 

Ont ici leurs représentants 

Quand l'amitié nous tend son verre 
Pour fêter d'illustres savants, 



— 121 — 

Ah" I que la haine soit flétrie ! 
L'amour, c'est Dieu dans sa bonté 
Buvons, au nom de la patrie, 
Aux amis de l'humanité. 



122 



PAYSAN & PAYSANNE. 



kir de: Une Éclair de (.1). 



Vêtus d'une étoffe grossière, 
En sabots, la main clans la main, 
Deux amoureux de leur chaumière 
Vers le soir prenaient le chemin. 
Du rossignol dans la charmille 
Ils n'écoutaient pas la chanson. 
Mais c'était une belle fille, 
Et c'était un joli garçon [his] . 

Ils suivaient les bords de la Haine, 

Dans les grands prés, vers les grands bois, 

Jetant aux échos de la plaine 

Leur gros rire, leurs mots patois. 

Ils n'ont pas eu dans leur famille 

Chaque jour la bonne leçon ; 

Mais c'était une belle fille. 

Et c'était un joli garçon. 

Au coude que fait la rivière, 
Spectacle vraiment sans pareil. 
Je les vois en pleine lumière : 
Quel artiste que le soleil 1 



— 123 — 

De pourpre et d'or il les habille : 
Dieu souriait à l'horizon !... 
Et j'admirais la belle fille, 
Et j'admirais le beau garçon. 

Un gamin, jouant sur la rive, 
Tombe et jette un cri déchirant. 
La fille est plus morte que vive, 
L'homme plonge et sauve l'enfant ! 
Dans nos yeux une larme brille. 

Nos cœurs battent à l'unisson 

Je serrai la main de la fille, 
Je serrai la main du garçon ! 



1877. 



124 — 



COUPLETS A M. JULES ANSPAGH, 

BOURGMESTRE DE BRUXELLES, 

QUI, AU BANQUET DE SAINTE CÉCILE DE LA SOCIÉTÉ 

DE LA GRANDE HARMONIE, 24 NOVEMBRE 1877, 

m'a fait l'honneur de METTRE TIN DE SES TOASTS 

SOUS l'invocation de NOTRE ANCIENNE AMITIÉ. 

kir : Les petits airs et les petites chansons (,77). 

Mon cher Anspach, à la Grande Harmonie 

Ton amitié me fit un piédestal : 

Elle vantait, comme ceux d'un génie, 

Mes vers éclos au souffle libéral. 

Ce mot qui brûle aux lèvres de Basile, 

Dieu nous sourit lorsque je le maintiens 

Nous qui fêtons si bien Sainte Cécile, 

Mon cher Anspach, nous sommes bons chrétiens fbisj. 

Quand le Bouzy dans nos verres pétille 

Et de nos cœurs fait jaillir la gaîté, 

Le genre humain nous semble une famille 

Sous l'aile d'or de la fraternité. 

Dieu ! les trésors de ta bonté profonde 

Nous les chantons sans être épicuriens. 

En vins exquis le Seigneur changea l'onde 

Mon cher Anspach, nous sommes bons chrétiens. 



- 125 — 

Notre amitié I si quelqu'un la décrie, 

Nous répondrons, magistrat, chansonnier, 

Que tous les deux nous aimons la patrie, 

Que tous les deux nous aimons l'ouvrier. 

Quand retentit ta parole sonore, 

Elle rappelle à nos cœurs plébéiens 

Les grands tribuns que la Belgique honore : 

Mon cher Anspach, nous sommes bons chrétiens. 

Comme du cœur tu sais toucher la fibre, 

Représentant du peuple et de la loi, 

Lorsqu'à ta voix, enfants d'un pays libre, 

Nous buvons tous à la santé du Roi ! 

Mais du concert voici l'heure choisie ; 

En oubliant nos terrestres liens, 

Je crois au Ciel d'où vient la poésie. 

Mon cher Anspach, nous sommes bons chrétiens. 

Il faut ici s'aimer les uns les autres ; 
C'est avant tout l'humble que je défends, 
Disait un jour le Christ à ses apôtres 
Qui, loin de lui, repoussaient les enfants. 
Nous demandons, forts de cette parole, 
Afin qu'ils soient d'utiles citoyens. 
Qu'aux malheureux partout s'ouvre l'école. 
Mon cher Anspach, nous sommes bons chrétiens. 

Salut à vous, puissante bourgeoisie, 
Qui des petits sortez avec fierté I 
C'est le Devoir qui fut votre Messie, 
Fils du travail et de la liberté. 



— 126 — 

Sur nos droits saints notre charte se fonde : 

Ici les Rois s'en montrent les gardiens 

Jésus prêchait les franchises du monde ! 

Mon cher Anspach, nous sommes bons chrétiens. 



Mons, décembre 1877. 



— 127 — 



HYMNE NATIONAL. 



Musique d'Auguste Gevaert (N). 



A César résistant, plein d'audace, 

Indompté, 
Qui jetait ce grand mot dans l'espace : 

Liberté ? 

— C'est un peuple énergique 
Dont l'honneur est la loi : 

Dieu protège toujours la Belgique 
Et le Roi ! 

Qui s'armait à la voix éclatante 

Des tocsins ? 
Qui proclamait, en mil huit cent trente, 

Nos droits saints ? 

— C'est un peuple énergique 
Dont l'honneur est la loi : 

Dieu protège toujours la Belgique 
Et le Roi ! 

Qui couvrit d'une gloire immortelle 

Ses enfants ? 
Qui les voit, dans son œuvre nouvelle, 

Triomphants ? 



— 128 - 

— C'est un peuple énergique 
Dont l'honneur est la loi : 
Dieu protège toujours la Belgique 
Et le Roi ! 



Mons, 1878. 



— 129 



LA COURONNE POPULAIRE. 



LE 22 AOUT 1878 ONT ÉTÉ FÊTÉES, A BRUXELLES, 

LES NOCES d'argent DU ROI LÉOPOLD II ET DE LA REINE MARIE-HENRIETTE, 

UNE SOUSCRIPTION AVAIT ÉTÉ OUVERTE 

PARMI LES FEMMES DE LA BELGIQUE, QUI OFFRIRENT, 

EN CE JOUR, A LA REINE, 

UNE COURONNE, GAGE d'eSTIME ET D'AFFECTION POPULAIRE. 



Air : Donnez -vous la peine d'attendre (30). 



Ici le riche et l'indigent, 

Tous, dans l'ardeur qui les entraîne, 

Célèbrent les noces d'argent 

De notre Roi, de notre Reine ! 

Admirant dans ta Majesté, 

Reine, l'épouse et la mère, 

Les femmes Belges t'ont voté, 

Sous l'aile de la liberté, 

Une couronne populaire (hisj. 

Lorsque son cœur parle avant tout, 
La femme a des élans sublimes : 
L'offrande se faisait partout 
Sans dépasser vinq-cinq centimes. 



— 130 - 

On vit s'unir, dans un beau jour, 
La grande dame et l'ouvrière ; 
Petites filles, tour à tour, 
Portaient leur obole d'amour 
Pour la couronne populaire. 

Nos femmes, pour aller vers toi, 
Gravissent les marches du trône, 
Reine ! Sous le regard du Roi, 
Du peuple accepte la couronne. 
En vain les siècles passeront 1 
A jamais, en pleine lumière 
L'histoire et le temps montreront 
Cette Reine qui sur son front 
Mit la couronne populaire. 



— 131 — 



LES LARMES. 



Musique de Paul Lebrun (0). 



Quand Adam do l'Eden sortait le cœur navré, 

Eve, à ce paradis qu'elle quittait brisée, 

Voulut prendre une fleur : tiens, la fleur a pleuré, 

Dit-elle en y voyant des gouttes de rosée ; 

Ils marchaient tristement en s'essuyant les yeux ; 

L'ange qui les chassait répond à leurs alarmes : 

ce Pour que l'homme déchu se rapproche des cieux, 

« Au fond de votre cœur Dieu déposa les larmes ». 

Sous la croix du martyr Madeleine pria. 

Des gardes menaçants l'entouraient, pleins de haine ; 

L'ofTicier commandant l'escorte, leur cria : 

« Gardes, laissez-là donc : ce n'est que Madeleine ! » 

Et relevant la tête à ce cruel affront. 

Un sanglot déchirant sortit de sa poitrine ; 

Une larme du Christ, en tombant sur son front, 

La rendit immortelle et la refit divine. 

Voyez sur un ciel noir briller l'éclair de feu ; 
Tous les vents déchaînés grondent dans la tempête I 
Jésus jette un grand cri, puis rend son âme à Dieu : 
Les hommes sont tremblants, les anges sont en fête ! 



— 132 — 



C'est qu'un autre avenir s'ouvre à l'humanité ; 
L'arc-en-ciel du progrès prend un éclat suprême I 
Plus d'esclaves maudits : le monde est racheté 
Et les larmes du ciel seront l'eau du baptême ! 



1878. 



- 133 ~- 



OH ! LA LA ! 

Air : Faut cVla vertu, pas trop n'en faut (62). 

Au cercle, au café, dans la rue, 
Dans les bas-fonds, sur les hauteurs, 
On conte l'histoire incongrue 
Du plus fameux des rédacteurs ^ 

Dans la foule on redit cela, 
Et chacun s'écrie : oh I la la ! 

Cet homme, rongé par l'envie, 
Dans des articles outrageants, 
A consacré sa triste vie 
A dénigrer les braves gens. 

Dans la foule on redit cela. 
Et chacun s'écrie : oh I la la I 

Le lâche seul, je le suppose, 
Fait devant lui le chien couchant : 
Hélas ! en vers ainsi qu'en prose, 
C'est facile d'être méchant ! 

Dans la foule on redit cela, 
Et chacun s'écrie : oh ! la la I 

1. M. Ed. D , Directeur de VOrgane de Mons. 



— 134 — 

On sait que ce Monsieur Fracasse, 
Assez drôle de pistolet, 
Un jour, en pleine grande place, 
Reçut un énorme soufflet ! 

Dans la foule, en voyant cela, 
Chacun s'écriait : oh ! la la I 

Notre homme, oubliant sa malice, 
Malgré des rires inhumains, 
Alla se plaindre à la police, 
En tenant sa joue à deux mains. 

Dans la foule, en voyant cela, 
Cliacun s'écriait : oh 1 la la ! 

Quel représentant, quel ministre, 
Le sachant plat, moralement, 
Songerait à faire à ce cuistre 
L'honneur d'un arrondissement ? 

C'est alors qu'en voyant cela, 
Chacun s'écrirait : oh I la la ! 



Mons, février 1879. 



- 135 



JOURNALISTE ET CHANSONNIER. 



COUPLETS A E. C. STRANGE GRENVILLE-MURRAY, 
CORRESPONDANT DU « DAILY NEWS " , DE LONDRES. 



Air de V anonyme (1). 



Un faible oiseau chantait sous le feuillage. 

Sur le chemin le peuple l'écoutait 

Un journaliste étranger, en voyage, 
Passe et s'arrête où chacun s'arrêtait. 
Sans voir, hélas les autours dans la nue, 
L'étranger crie à des pays lointains : 
(( Un barde chante et mon âme est émue 
ce Les ouvriers redisent ses refrains. » 



Un régiment fait repos sur la route : 
La chanson parle avec plus de fierté, 
Pour saluer, loin des ombres du doute, 
Dieu, le drapeau, le Roi, la liberté ! 
Et l'étranger, d'une voix attendrie : 
« Sous le meilleur des sages souverains, 
(( L'humble chanteur célèbre sa patrie 
(( Et les soldats redisent ses refrains. » 



Bis. 



— 136 — 

Quoi I les petits excitent donc l'envie '? 
Tyrans des airs, vous avez arrêté 
Que le pauvret doit payer de sa vie 
Les chants qui font sa popularité. 
Et l'étranger, aux autours sanguinaires, 
Dit : c( Contre lui vos efforts seront vains, 
« Car ses refrains vivent au cœur des mères, 
« Et les enfants rediront ses refrains. » 

Comme un fétu que l'ouragan soulève, 
Au gré des vents monte l'oiseau chanteur ; 
Dans son essor le Dailu News l'élève, 
Grâce à Murray, journaliste enchanteur. 
Et les autours se perdent dans l'espace..... 
Les jours d'orage ont de beaux lendemains : 
Comme autrefois, à la foule qui passe, 
L'oiseau joyeux répète ses refrains. 

ENVOI. 

Ainsi que lui je chante après l'orage. 
Au Reporter s'adressent ces couplets : 
Je veux louer ton talent, ton courage, 
juif errant du journalisme anglais. 
En visitant ce petit coin de terre, 
Mon cher Murray, tu me tendis les mains ; 
Redis encore mes chants à l'Angleterre : 
Ta grande voix a grandi mes refrains. 



Mons, 1879. 



— 137 — 



NOË. 



Musique de Paul Lehrun (0). 



Étendu sur la terre, en proie au doute impur. 
Noë suait la fièvre et maudissait la vie ; 
La vigne jusqu'au sol suspendait son fruit mûr : 
Noë presse une grappe et sa bouche est ravie 1 
Il sera l'ouvrier et le père du vin : 

Il boit, il s'attendrit, il se lève, il respire 

Au prisme de ses pleurs et des pleurs du raisin, 
Il avait vu l'espoir de nouveau lui sourire. 



— 138 — 



LES DEUX MONDES. 



Air: Soldat français^ né d'obscurs lahoiircurs (3). 



Je vous raconte un rêve merveilleux : 
Au Paradis j'étais une puissance ; 
Comme un esprit je planais dans les cieux 
Et j'ai vu Dieu dans sa magnificence. 
Je contemplais, avec les séraphins, 
La vérité dans sa source féconde : 

Divins tableaux ! nos langages sont vains , 

Pour les traduire, il faut des mots divins : 

Ah I qu'on est bien dans l'autre monde I [Bis ) 

Le lendemain, quel spectacle charmant ! 
En m'embrassant ma famille m'éveille : 
C'était ma fête et j'eusse été, vraiment, 
Fort ennuyé si j'étais mort la veille : 
Nous dînerons ensemble à la maison ; 
Quand au dessert on versait à la ronde. 
On vit surgir toast, bouquet et chanson 
Que les petits disaient à l'unisson : 
J'oubliais presque l'autre monde ! 



— 139 - 

Mes chers petits, l'homme peut s'octroyer 
Sa part de fruits, de moissons, de vendanges. 
Le pur amour qui rayonne au foyer 
Et les enfants qui sont presque des anges. 
Votre grand-père est fils du gai savoir. 
De nos douleurs si la coupe est profonde, 
Aux jours bénis où je puis tous vous voir. 
Chantez l'honneur, le travail, le devoir : 
On chante aussi dans l'autre monde ! 

Vers le jardin j'allai porter mes pas ; 
Jetant au ciel une prière émue, 
Un aigle altier me raillait ici-bas. 
En me montrant ses ailes dans la nue. 
Je répondis à l'aigle audacieux : 
Regarde donc la muse vagabonde ; 
Quand de la terre elle s'élance aux cieux, 
Ses ailes d'or vont se perdre à tes yeux 

Dans les splendeurs d'un autre monde I 



1879. 



— 140 - 



AU PEINTRE & AMI CHARLES FÉVRIER, 



QUI M A OFFERT UN CHARMANT PAYSAGE. 



Air : Faut cCla vertu, pas trop n'en faut (62). 



En regardant ton paysage, 

Février, chacun dit : Bravo I 

Autour d'une hutte sauvage, 
Grimpent les fleurs du renouveau. 

Un talent aussi printanier ) 

^ Bis. 

Peut-il s'appeler Février ? ) 



Heureux dans l'herbe printanière, 
Un coq, des poules, un lapin, 
Sous un beau ciel plein de lumière, 
Font le désespoir du rapin. 

Un talent, etc. 

Le lapin semble un philosophe ; 
Les poules ont un air joyeux ; 
Au vent le coq jette sa strophe 
Et chante : où peut-on être mieux ! 

Un talent, etc. 



— 141 — 

Tes toiles, tes couleurs sont prêtes 
Ah ! fais le portrait dès demain ; 
Tu donnes de l'esprit aux bêtes : 
Février, songe au genre humain. 

Un talent, etc. 

De vieillir que le sot s'attriste : 

Tu braves les ailes du temps 

Au cœur du véritable artiste 
Il est un éternel printemps ! 

Un talent aussi printanier 
Peut-il s'appeler Février ? 



Mons 1879. 



— 142 - 



CINQUANTE ANNÉES D'INDÉPENDANCE. 

1830 — 1880. 

Musique de V auteur des paroles (P). 

Belges, fêtons mil huit cent quatre-vingt ! 
De nos aïeux glorifiant l'histoire, 
Mil huit cent trente apparut et devint 
Le précurseur de cinquante ans de gloire. 

Carillons des jours solennels, 

Bardes qu'inspire le génie, 

Prêtres, du haut de vos autels, 

Lancez des hymnes immortels 

Pour les fêtes de la patrie, 
De la patrie 1 

Mil huit cent trente, aux citoyens soldats. 
Montrait le but où tous couraient sans crainte : 
Flamands, Wallons s'élançaient aux combats 
Pour conquérir l'indépendance sainte. 

Revêtus de simples sarraus, 

Des canons bravant la furie. 

Catholiques et libéraux 

Étaient des frères, des héros, 

Dans leur amour pour la patrie, 
Pour la patrie I 



— 143 — 

Belges, salut à l'œuvre du congrès 
Qui fut pour nous un foyer de lumière, 
Et nous donna, pour marcher au progrès. 
Les libertés dont la Belgique est fière 1 

Dominant canons et beffrois, 

La voix de tout un peuple crie : 

Honneur au premier de nos Rois, 

Au second qui maintient nos droits 

Dans son amour pour la patrie, 
Pour la patrie ! 

Il faut tout haut dire la vérité, 

Sans nous livrer à de vaines alarmes : 

Pour conservef notre neutralité. 

Serrons nos rangs quand l'Europe est en armes ! 

Nous qui n'avons rien à venger, 

Grands par les arts et l'industrie, 

Montrons, pour chasser le danger, 

Notre grandeur à l'étranger 

Par les fêtes de la patrie, 
De la patrie ! 

Nos longs débats ne seront pas finis : 
Tout peuple libre a des partis contraires ; 
Mais sur un point nous pouvons être unis 
Et demeurer six millions de frères 1 

Quand le Prince à la Nation 

Montre une bannière chérie, 

En gardant notre opinion. 

Formons la chaîne d'union 

Dans notre amour pour la patrie, 

Pour la patrie ! 1880. 



— 144 — 



COMPLAINTE . 



CHANTEE A LA KERMESSE FLAMANDE, FÊTE DE BIENFAISANCE 

ORGANISÉE PAR LES OFFICIERS DE LA GARNISON 

ET LA BOURGEOISIE DE MONS. 

FÊTE DONNÉE AU MANÈGE DE CAVALERIE, LE 9 JANVIER 1880. 



kir de Fualdès. 



Comme la misère est grande M 

En cette rude saison, 



Votre Kermesse flamande 
Fait appel à la chanson. 
Pour la chanson quelle gloire ! 
En l'honneur du genre humain, 
Je vais vous conter l'histoire 
D'un monstrueux assassin. 



PARLE. 

Ce scélérat, âgé de vingt ans à peine, et, ironie du sort, nommé Hyacinthe Séra- 
phin, massacra toute sa famille, afin d'en devenir l'unique héritier. Poursuivi par ses 
remords et par la gendarmerie, il fut, par hasard, arrêté et comparut devant la Cour et 
le jury. 



— 145 - 

Voici, reproduit en couplets, le plaidoyer de son jeune et 
éloquent défenseur : 

c( Mon client était naguère 
« La terreur de ses voisins : 
(( Il a tué père et mère, 
« Frères, sœurs, oncles, cousins. 
(( A ces aveux magnanimes 
c( La pitié va vous toucher ; 
« Car en dehors de ces crimes 
« Qu'a-t-on à lui reprocher ? 

«Du fond de ma conscience. 
« La vérité jette un cri I .... . 
(( Il me reste une espérance : 
(( La sagesse du jury. 
(( Que la pitié vous inonde : 
«c Mon pauvre cœur en est plein I 
(( Mon client est seul au monde : 
« Grâce pour un orphelin ! » 

A ce discours que j'admire 
Et que tous vont admirer. 
Le jury se prit à rire 
Et l'assassin à pleurer. 
Malgré ce discours alerte, 
A mort il fut condamné ; 
Mais ne pleurez pas sa perte : 
Il n'est pas guillotiné. 



— 146 — 



Pour l'apprendre, àme sensible, 
Achetez cette chanson ; 
Que cette histoire terrible 
Soit pour tous une legon : 
Mari, femme, garçon, fille, 
Faibles, forts, petits ou grands, 
Pour vivre heureux en famille, 
Ne tuez pas vos parents 1 



— 147 



POUR NOS FRÈRES! 



Air de la Sentinelle (31). 



Nous répondions par de puissants secours 
Aux inondés d'Autriche et des Espagnes. 
Fleuves, ruisseaux, débordés dans leur cours, 
Ont en fureur recouvert nos campagnes. 
Les torrents vont tout ravager : 
Que de pertes, que de misères ! 
Que de petits à soulager ! 
Hier nous donnions pour l'étranger, 
Aujourd'hui donnons pour nos frères. 
Pour nos frères ! 

Au sein des flots sur les toits émergeants 
Groupes humains ont des cris lamentables : 
En frêle esquif, voyez 1 de braves gens 
Affrontent tout pour sauver leurs semblables. 

Comme ils sont grands dans le danger ; 

Gloire à ces héros populaires I 

Que de petits à soulager ! 

Hier nous donnions pour l'étranger, 

Aujourd'hui donnons pour nos frères. 
Pour nos frères ! 



— 148 — 

Bien qu'on ait vu se retirer les eaux, 
Des inondés j'entends encor la plainte 1 
Ils ont, hélas ! un déluge de maux : 
La charité, pour eux, c'est l'arche sainte ! 
C'est à nous de les protéger : 
Qui serait sourd à leurs prières ? 
Que de petits à soulager ! 
Hier nous donnions pour l'étranger, 
Aujourd'hui donnons pour nos frères, 
Pour nos frères I 



Mons, janvier 1881. 



— 149 



A LA PRINCESSE STÉPHANIE. 



A PROPOS DE LA FETE POPULAIRE 
ORGANISÉE PAR LA VILLE DE BRUXELLES, 2 MAI 1881. 



Air : Donnez-vous la peine d'attendre (30). 

Un grand Prince à toi va s'unir ; 
Il t'a donné son âme entière ; 
De l'hymen que Dieu va bénir, 
Noble enfant, la Belgique est fière. 
Roi, peuple, le cœur transporté, 
Veulent te fêter dans la rue : 
Ici, future Majesté, 
Dans ta jeunesse et ta beauté, 
C'est le pays qui te salue ! (Bis.) 

Le rossignol est de retour 
Ainsi que la gentc hirondelle. 
C'est le printemps : Partout l'amour 
Redit sa chanson immortelle. 
La fleur, sous des cieux éclatants, 
A la fleur répond tout émue ; 

La nature a des vœux ardents 

Pour sourire à tes dix-sept ans 
C'est le printemps qui te salue I 



10 



— 150 - 

Comme ta mère, pour charmer, 
Tu nous parais la grâce même : 
Dans l'Empire où l'on va t'aimer, 
Songe au petit coin où l'on t'aime. 
Auprès du trône, enfant, tu vois 
Les ambassadeurs, tête nue ; 
Ils représentent à la fois 
Et les Nations et les Rois : 
C'est le monde qui te salue ! 



- 151 — 



LE VIEILLARD k LA FÉE. 

Musique de Vauteur des imroles (Q). 

Veux-tu m'aimer ? Moi, je t'adore I 
Au fond du bois, sous le ciel bleu, 
Tu m'apparais : Ah 1 reste encore I 
Réponds : Veux-tu m'aimer un peu ? 
Blonde fée, aux yeux pleins de charmes. 
As-tu peur de mes cheveux blancs ? 
Tendant vers toi mes bras tremblants, 
Je souris à travers mes larmes ! 

Sous ton regard si ravissant, 
Se peut-il que l'homme s'abuse ? 
Esprit céleste ou malfaisant, 
Es-tu la franchise ou la ruse ? 

Autour de toi tout se transforme 
Dans un rayonnement soudain : 
Les verts taillis, le chêne et l'orme 
Me semblent sortir de l'Eden ; 
Le chant d'oiseau qui te louange 
Ne vient-il pas du paradis ? 
Dans ta beauté tu resplendis : 
Réponds-moi ! tu dois être un ange 

Sous ton regard, etc. 



— 152 — 

Ne tremble plus, dit l'Immortelle, 

En m'admirant ne tremble plus 

Je mets la divine étincelle 

Au front de mes rares élus. 

En dépit de prétendus sages, 

L'esprit de l'artiste est porté 

Vers la suprême vérité 

Quand on le croit dans les nuages ! 

Sous mon regard si ravissant, 
Je pardonne au cœur qui s'abuse ; 
Je vais de l'homme au tout-puissant ; 
J'ouvre le ciel : Je suis la muse ! 

1881. 



— 153 — 



SUR LE CHEMIN DU RŒULX. 



Kir : Dans cette maison à quinze ans. 



J'ai vu, sur le chemin du Rœulx, 

Une carriole branlante 

Que traînait d'un air malheureux 

Une espèce de rossinante ; 

Une femme était à côté, 

Un homme marchait auprès d'elle , 

Contents, malgré leur pauvreté, 

L'homme avait presque la beauté, 

Mais la femme n'était pas belle (hisj. 

Au milieu d'un riche vallon 
Bête et gens s'arrêtent en route : 
(( Mon déjeuner est au talon, 
Dit l'homme : cassons une croûte. » 
Le couple est jeune et bien portant ; 
Un arbre lui sert de tonnelle ; 
Il mange : dans ce doux instant 
L'homme était aimable et pourtant 
Sa compagne n'était pas belle. 



- 154 — 

Mais un léger vagissement 
S'est échappé de la voiture ; 
La femme en sort tout fièrement 

Une petite créature 

Je compris le charme enchanteur 
De la tendresse maternelle ; 
Car, dans un sourire vainqueur, 
La mère avait mis tout son cœur 
Et la femme me parut belle ! 



Mai 1881. 



155 — 



LE GRISOU. 



A MES FRÈRES DU BORINAGE. 



Mr dit Credo des quatre saisons (90). 



Le grisou ! quelle chose horrible : 

Dans la fosse, infernal séjour, 

Alors qu'il s'enflamme, terrible, 

Que de victimes en un jour 1 

On voit, en pleurs, chaque famille 

Autour de ces sanglants débris : 

« J'attends mon père ! » dit la fille ; 

La mère dit : « J'attends mon fils 1 » (Bis.) 

Voici, glorieux téméraires. 
Les échappés du puits profond ; 
Mais bientôt, pour sauver leurs frères, 
Ils veulent redescendre au fond. 
Le grisou les menace encore : 
Qu'importe à ces hommes de cœur ! 
Ils bravent le feu qui dévore, 
Gomme un soldat au champ d'honneur ! 



— 156 — 

En bénissant ceux qui souscrivent, 
Les yeux en larmes, chapeau bas 
Je songe aux héros qui survivent, 
A ceux qui ne reviendront pas. 
Seigneur !- reçois notre prière ; 
L'homme n'est pas un vil bétail : 
Ouvre ton ciel plein de lumière 
A tous les martyrs du travail ! 



157 — 



LE BARDE & LE PRINCE. 



A MON AMI JEAN PORTAELS 

QUI m'a donné l'esquisse du grand tableau exposé par lui en 1880, 

c'est la BELGIQUE QUI S'ÉCRIE : 

« j'ai cinquante ans d'indépendance ! » 

Portaels nous la montre sous les traits d'une jeune femme se drapant 
de nos trois couleurs ; derrière elle se trouve le lion Belge ; à ses pieds 
l'histoire inscrivant sur ses tablettes : « 1830-1880 «. 



Air : Donnez-vous la peine d'attendre (30). 

Dans la forêt, au son du cor, 
Un barde qui chantait s'arrête 
Et se tait. — ce Barde, chante encor, 
« Dit un beau chasseur au poète ; 
(( Caché par ces feuillages verts, 
(( J'écoutais ton hymne touchante ; 
« Mon âme et mon cœur sont ouverts ; 
(( J'y voudrais incruster tes vers : 
(( Redis la chanson qui m'enchante I » 

La fanfare, éclatant soudain. 
Mit fin à la scène naïve. 
Chez le barde, le lendemain, 
En prince, ^^le chasseur arrive ; 



- 158 — 

Et le grand seigneur, chapeau bas, 
Apporte, au descendant d'Orphée, 
Un présent comme on n'en voit pas. 
Ce prince était un carabas 
Du pays des contes de fée. 



ENVOI. 

L'esquisse brille à mon foyer, 
Portaels, de ta Belgique blonde ; 
Tu m'as fait un cadeau princier : 
Depuis j'en parle à tout le monde I 
J'ai l'air de dire, en le montrant : 
(( Nos mérites ne sont pas minces I » 
Riche ou pauvre, petit ou grand. 
Chacun s'écrie, en l'admirant : 
Les artistes sont de vrais princes ! 



1882. 



159 



HOMMAGE A FRŒBEL. 



COUPLETS CHANTÉS PAR LES ENFANTS DES ÉCOLES GARDIENNES 

DE LA VILLE DE MONS, 

DANS UNE FÊTE DONNÉE AU THEATRE, LE 3 AVRIL 1882, POUR CÉLÉBRER 

LE CENTENAIRE DE L'ŒUVRE DU MAITRE ALLEMAND. 



Air: Les petits airs et les petites chansons (77). 



Noble Frœbel, nous te rendons hommage I 
C'est que pour nous tes bienfaits sont vivants 
Nous saluons, clans ta fidèle image, 
Le créateur de nos jardins d'enfants. 
Maître, nos jeux, dont l'enfance est ravie. 
Rendent vaillants et nos bras et nos cœurs : 
Nos professeurs nous ont conté ta vie. 
Et les enfants te couronnent de fleurs (BisJ. 

Nous retrouvons les bontés maternelles 
Dans les leçons que l'on donne au jardin ; 
L'humble science étend sur nous ses ailes, 
En nous montrant les portes de l'Eden. 
Maître, etc, 



- 160 — 

C'est aux petits que tu songeais sur terre, 
Et les petits jamais ne t'oubliront : 
Nous bénissons ton œuvre séculaire 
Que dans cent ans les petits béniront. 
Maître, nos jeux, dont l'enfance est ravie, 
Rendent vaillants et nos bras et nos cœurs : 
Nos professeurs nous ont conté ta vie, 
Et les enfants te couronnent de fleurs. 



161 



LES SŒURS JUMELLES. 



Air : Tout le long, le long, le long de la rivière (25). 



Dans le plus modeste séjour 
Deux filles naquirent un jour. 
Quand les parents des sœurs jumelles 
Vieux, les virent grandes et belles, 
L'une, ardente en sa piété, 
Se fit sœur de la charité. 
Jusqu'à leur mort soutenant père et mère, 
L'autre pour les nourrir fut vaillante ouvrière, 
Elle fut vaillante ouvrière 1 

Elles devaient, pures enfants, 
Naître et mourir en même temps ; 
Leurs âmes que le sort rassemble 
Là-haut se présentent ensemble ; 
Saint Pierre, le front radieux, 
S'écrie, en leur ouvrant les cieux : 
« Entrez, entrez, mais la jeune ouvrière 
« Au sein du paradis doit passer la première, 
« Elle doit passer la première ! » 



— 162 - 

(( Vous oubliez que c'est ma sœur, 
« Dit l'ouvrière avec douceur : 
« A l'hospice trop tôt ravie, 
« Sans cesse elle exposait sa vie ! 
« Nos parents n'ont pas eu ses soins : 
c( Je suffisais à leurs besoins. » 
Cachant les pleurs qui mouillaient sa paupière, 
({ Ensemble, mes enfants, entrez, leur dit saint Pierre, 
« Entrez ensemble ! » dit saint Pierre. 



Mars 1882. 



— 163 - 



LE ROI DES MÉTAUX. 



Musique de Vaiiteur des paroles (R). 

L'homme de l'âge de la pierre 
N'avait pour bien que le bétail : 
Le minerai cachait sous terre 
Le fer, ce trésor du travaiL 
Enfin la bêche est apparue ; 
Le bœuf mugit sous l'aiguillon : 
Pour tracer le premier sillon, 
Voici la première charrue I 

Le Roi des métaux, c'est le fer : 
De ses outils le peuple est fier ! 

Afin de réjouir notre âme, 
Où l'écho du ciel est resté, 
L'aiguille permet à la femme 
D'unir la grâce à la beauté. 
Le fer, c'est la force asservie : 
Les marteaux transforment l'acier ; 
La machine sort du brasier : 
La vapeur lui donne la vie ! 

Le Roi des métaux, c'est le fer : 
De ses outils le peuple est fier ! 



— 164 — 

Franchissant la terre et les ondes, 
Métal plus précieux que l'or, 
Le fer a rapproché les mondes, 
Pourtant la guerre existe encor. 
Si demain la patrie, en larmes, 
Disait : « Nos champs sont envahis 1 » 
Le peuple, à l'appel du pays. 
S'écrirait, en prenant les armes ; 

Le Roi des métaux, c'est le fer : 
De ses outils le peuple est fier 1 

Plume d'acier, arme enchantée, 

Pour les droits que nous maintenons, 

Ton rôle est grand ! et ta portée 

Dépasse celle des canons ; 

Le fanatisme, aux mains cruelles, 

Dans le sang t'a souillée en vain : 

Tu restes l'instrument divin 

Du progrès, aux mains fraternelles ! 

Le Roi des métaux, c'est le fer : 
De ses outils le peuple est fier ! 



COUPLET. 

Noble ouvrier de l'industrie, 
Noble ouvrier de la moisson, 
Penseur illustrant la patrie, 
A vous s'adresse ma chanson. 



— 165 — 

Après la lutte et la victoire, 
Reprenez ce refrain en chœur : 
Un seul rayon de votre cœur 
Y mettrait un soleil de gloire ! 

Le Roi des métaux, c'est le fer 
De ses outils le peuple est fier ! 



1882. 



11 



166 



BONNE MAMAN. 



Musique de Vauteur des paroles (S). 



Bis. 



Gais chérubins, que mon amour caresse, 
Du ciel pour vous que mes vœux soient compris ! 
On a, je crois, encor plus de tendresse 
Pour les enfants de ses enfants chéris. 
Quand, tout joyeux, en revenant de classe, 
Vous me montrez un bulletin vainqueur, 
Avec fierté comme je vous embrasse : 
Mes chers enfants, vous avez tout mon cœur ! \ 
Vous avez tout mon cœur ! \ 

Aux doux festins des fêtes solennelles. 
Qui met du vin dans votre verre d'eau, 
Qui du poulet vous réserve les ailes, 
Qui fait pour vous double part du gâteau ? 
Qui vous redit que le travail honore, 
A l'âme, au corps qu'il rend force et vigueur ? 
C'est grand'maman qui se croit jeune encore : 
Mes chers enfants, vous avez tout mon cœur ! 
Vous avez tout mon cœur ! 



— 167 — 

Quand j'ai le spleen, comme toute autre femme. 
Si je vous vois entrer à la maison, 
Votre présence illumine mon âme : 
Vous apportez soudain la guérison. 
Petits lutins, si parfois je vous gronde, 
A mes sermons ne tenez pas rigueur : 
Je vous voudrais les plus parfaits du monde ! 
Mes chers enfants, vous avez tout mon cœur 1 
Vous avez tout mon cœur I 

Après dîner, je m'étais endormie, 
Et mon fauteuil était trop près du feu ; 
Mais, pour veiller sur votre vieille amie, 
Groupe charmant, vous suspendez le jeu ; 
D'un jupon neuf déjà brûlaient les franges : 

Tout effrayés, vous m'éveillez en chœur 

En vous voyant je crois qu'il est des anges I 
Mes chers enfants, vous avez tout mon cœur I 
Vous avez tout mon cœur I 



1882. 



ê 

P6 



168 



SUR LA COLLINE. 



Air: Une éclaircie (J). 



Je suis sur la colline ardue. 
Près du petit arbre charmant 
Qu'on voit, du fond de retendue, 
Estompé sur le firmament, 
Sur l'écorce du solitaire 
Que de prénoms vont s'accoupler ; 
Autour de lui que de mystère : 
Ah ! si l'arbre pouvait parler ! 

Je vois, dans la nature en fête, 
Le Panisel, jadis sacré. 
S'il est vrai qu'on vit sur son faite 
Un temple au Dieu Pan consacré. 
Je songe à l'esclavage immonde 
Qu'imposait le vainqueur Pvomain, 
Je songe aux longs efforts du monde 
Pour l'affranchissement humain. 

Quel bruit au vallon de la Trouille 
Le long du chemin Brunehaut ?... 
Un monstre, animé par la houille, 
Fumée au vent, court le front haut. 



— 169 — 

Sur des rails il franchit l'espace, 
Traversant les prés, les guérets : 

Ah ! c'est le remorqueur qui passe 

Découvrons-nous : gloire au progrès ! 



Juillet. 



170 — 



LA MAISON DU BON DIEU. 



Musique de Vauteur des paroles (T). 



Il est, dans un charmant milieu, 
Une famille que j'honore ; 
Ah 1 c'est la maison du bon Dieu 
J'y voudrais retourner encore. 
Pour qu'un ami daigne octroyer 
Nouvelle faveur au poète, 
Chantons le père, ô ma musette : 
L'homme est le maître du foyer. 



Bis. 



J'ai vu que, dans cette maison, 
Quoi que l'on dise ou que l'on fasse, 
La mère avait toujours raison : 
Elle a tant d'esprit et de grâce 1 
Quand je vois les siens la choyer, 
Je sens mon âme tout en fête ! 
Chantons la mère, ô ma musette : 
La femme est Reine du foyer. 

Mais, j'y songe, en ce paradis 
Il est une petite fille : 
Musette, je te le prédis, 
Nous reverrons cette famille. 



— 171 - 

Ah ! nous allions nous fourvoyer 
De tous pour faire la conquête, 
Chantons l'enfant, ô ma musette ; 
L'enfant, c'est l'ange du foyer ! 



1884. 



— 172 — 



VIVE LE ROI! 



Air: La brabançonne (16). 



Quoi ! dans notre chère Belgique 

Le mot République est jeté. 

Eh ! que nous fait la République ! 

N'avons-nous pas la Liberté '? 

La prérogative royale 

A ses droits inscrits dans la loi : 

Acclamons une âme loyale ) 

( Bis. 
En criant tous : Vive le Roi I * 

La Présidence héréditaire 
Est le lot du chef de l'État : 
De la Belgique militaire 
N'est-il pas le premier soldat ? 
Sous la bannière tant aimée, 
Librement, le cœur plein d'émoi, 
Nous crions : Vive notre armée. 
Quand nous crions : Vive le Roi I 

Dans notre affection profonde, 

Autour de lui serrons nos rangs ; 

Il a dit, des peuples du monde : 

(( Les plus instruits sont les plus grands ! » 



— 173 — 

Si l'ignorance, à ces paroles, 
Pâlit de colère et d'effroi, 
Nous crions : Vivent les écoles, 
Quand nous crions : Vive le Roi ! 

Gardons chacun notre croyance, 
Mais soyons Belges avant tout, 
La liberté de conscience 
Doit à jamais rester debout. 
Dans nos cités, près des églises 

Nos pères dressaient le beffroi 

Nous crions : Vivent nos franchises, 
Quand nous crions : Vive le Roi ! 

Le Roi I je l'honore et je l'aime. 
De tous fût-il moins respecté. 
Pour notre existence elle-même, 
Je défendrais la Royauté 1 
A notre charte magnifique 
Que le bon sens garde sa foi, 
Nous crions : Vive la Belgique, 
Quand nous crions : Vive le Roi ! 



Mons, novembre 1884. 



— 174 — 



RENOUVEAU. 



A?V ; Donnez-vous la peine d'attendre (30). 



Je chante depuis bien longtemps ! 
Au sein de la nature immense, 
Je redis, à chaque printemps : 
Rien ne finit, tout recommence. 
Les fleurs renaissent sous nos pas 
Lorsque nous revient l'hirondelle : 
La nature ne vieillit pas {hisj. 

Et je me crois jeune comme elle (his). 

Le rossignol, au chant vainqueur, 
Refait son nid sous la charmille ; 
Les vers s'échappent de mon cœur 
Pour la patrie et la famille. 
Aux enfants quand j'ouvre mes bras. 
Je sens, ô tendresse immortelle. 
Que mon âme ne vieillit pas t 
Et je me crois jeune comme elle. 

Allons, les nouveaux, en avant 1 
Chantez la jeunesse ravie ! 
Que chacun de vous, triomphant, 
Laisse une œuvre pleine de vie. 



— 175 — 

Chantez sans craindre le trépas : 
La poésie est éternelle I 
Non, la muse ne vieillit pas : 
Soyez toujours jeunes comme elle. 



1885. 



— 176 — 



VIVE MONS 



Air : Soldat français (3). 



Mons fièrement montre à nos chers Wallons, 
A nos pays charbonniers, agricoles, 
Son faîte immense et ses riches vallons, 
Ses boulevards, ses temples, ses écoles ; 
Sur les clochers domine son beffroi 
Que de si loin on peut voir à la ronde. 
Semant dans l'air l'épouvante et l'effroi, 
L'aigle égaré se pose comme un Roi 

Sur le plus beau beffroi du monde ! [Bis./ 

Mons fit sortir de ses flancs généreux. 
Squares, musée et bronzes magnifiques ; 
Bibliothèque, aux trésors si nombreux ; 
Hôtel de ville, aux nervures gothiques ; 
Et la grand'place où les concerts d'été 
Font accourir et la brune et la blonde : 
Elles ont tout, courage, esprit, bonté I 
Nous sommes fiers de voir dans la cité 
Les plus belles filles du monde ! 



— 177 — 

Une humble cause a souvent grand effet : 
L'or du froment ne sort-il pas de l'herbe ? 
Dans nos jardins, un arbre contrefait 
Ne peut-il pas donner un fruit superbe ? 
Au dur patois ferons-nous le procès 
Si dans nos cœurs c'est le bien qu'il féconde ? 
Joyeux, malin et mordant sans excès. 
Le vieux wallon est père du français 
La plus belle langue du monde I 

Sainte-Waudi'u ! Salut, temple sacré, 
Si merveilleux dans ta robe de pierre, 
Que Lucifer, l'ange désespéré, 
En t'admirant redirait sa prière. 
Œuvre gothique, un grand homme du crû 
Comme sa foi te fit haute et profonde ; 
Des monuments splendides ont paru, 
Mais l'unité te fait. Sainte- Waudru, 
La plus belle église du monde I 

Des voyageurs les plus audacieux 

J'ai dévoré les livres, dans mes veilles ; 

J'ai vu souvent, et de mes propres yeux. 

J'ai vu Paris, la Reine des merveilles 

De nos hivers l'oiseau fuit la rigueur ; 
Mais, sous des cieux que la lumière inonde, 
Le nid d'amour pour lui reste vainqueur : 
Mons est toujours, pour mon âme et mon cœur, 
La plus belle ville du monde ! 



178 



SOIRÉE & NUIT DE PRINTEMPS. 



Musique de Vauteuy^ des paroles (U). 



Sous les arbres de mon jardin 
Créé jadis par les Minimes, 
Le printemps me montre l'éden, 
Aux choses douces et sublimes. 
Près des nids formés par l'amour, 

Quel adorable babillage I 

Dans l'ombre, à la fm d'un beau jour 
J'aime à rêver sous le feuillage (hisj . 

Dans les airs la chauve-souris 
Déjà remplace l'hirondelle ; 
Bientôt au ciel limpide et gris. 
Une étoile d'or étincelle ; 
Le prince des oiseaux chanteurs 
Jette aux échos ses notes franches ; 
La lune, aux rayons enchanteurs, 
Vient sourire à travers les branches. 

Des fraîches senteurs des lilas 
L'atmosphère est tout embaumée ; 
Le rossignol, sans être las, 
Chante encore sa bien-aimée. 



— 179 -• 

La nuit m'offre un tableau mouvant 
Dont l'aspect sans cesse varie : 
Alors, simple comme un enfant. 
J'écoute, j'admire et je prie. 

Devant l'œuvre de l'univers. 
Devant le monde des étoiles, 
Barde fameux, que sont vos vers ? 
Peintre illustre, que sont vos toiles ? 
Près des splendeurs du paradis 
Que sont nos édens d'aventure ? 
Les plus grands hommes sont petits : 
Dieu seul est grand dans la nature ! 

1885. 



— 180 - 

VIVE LA FAMILLE. 

1885. 

De jeunes mariés faisaient ample largesse ; 

— L'histoire date bien, je crois, de quarante ans ; — 
Ils avaient un grand nom, ils avaient la richesse ; 
Ils partaient au mois d'août, sous des cieux éclatants. 
Magnifique union, convenance parfaite : 

Dans la foule autour d'eux l'envie est en éveil ; 

Mais ils ne s'aiment pas La nature est en fête : 

Dans leurs âmes, point de soleil ! 

Six mois plus tard on vit un autre mariage ; 

— L'histoire date bien de quarante ans, je crois ; — 
Un groupe aux jeunes gens souhaitait bon voyage : 
C'étaient deux travailleurs, deux vaillants, deux cœurs droits. 
Il gelait, il neigeait, le ciel était plein d'ombre : 

Mais qu'importe ! Pour eux ce jour est sans pareil : 
Ils s'aimaient. Devant eux la nature était sombre. 
Mais dans leurs âmes, quel soleil 1 

Des riches, sans enfants, de leur noblesse altière 
Dans d'infâmes tripots virent sombrer l'honneur ; 
Aux humbles, qui vouaient au bien leur vie entière, 
L'amour et le travail ont donné le bonheur. 
L'hiver près d'un bon feu, l'été sous la charmille, 
De leurs petits enfants voyez l'essaim vermeil ; 
Leur voix n'ont qu'un refrain ; c'est : Vive la famille ! 
Et dans leurs âmes, quel soleil ! 



— 181 — 



BERCEUSE. 



A LA PETITE FILLE DE MES AMIS JEAN ET PAULINE VAN DEN EEDEN. 



Musique de Jean Yan clen Eeden (V). 



Dans le nid charmant où l'amour 

Dit ta louange, 
Dors, chère enfant, jusques au jour 

Dors, petit ange. 

Duvet, mousseline et satin 
Forment ta couche ; 

Au lait si doux, demain matin, 
Ouvre ta bouche. 

Dans le nid, etc. 

On est deux, on veut être trois 
Lorsque l'on s'aime ; 

Et le plus adoré, je crois, 
C'est le troisième. 

Dans le nid, etc. 



12 



— 182 — 

L'homme est là sans cesse admirant 
L'œuvre accomplie ; 

La femme dit, en la montrant : 
Qu'elle est jolie 1 

Dans le nid, etc. 

Un beau chérubin te défend, 

Ame chérie ; 
Vois, le ciel s'ouvrir triomphant : 

Ta mère prie I 

Dans le nid charmant où l'amour 

Dit ta louange, 
Dors, chère enfant, jusques au jour 

Dors, petit ange. 



Mens, octobre 1885. 



— 183 



LE LOT DE LA FEMME. 



A MES DEUX CHÈRES ENFANTS M'^ JULES FRANÇOIS (MARIE CLESSE), 
ET M^ LÉON BOQUET (JULIETTE CLESSE). 



Air : La sentinelle (31). 



Un bon vieillard à sa fille, aux doux yeux, 
Qui, jeune encore, est mère de famille. 
Parlait des droits conquis par nos aïeux, 
Et fièrement il disait à sa fille : 
c( Le peuple, à l'Empire païen, 
(( Semblait une bête de somme ; 
(( Mais, quand l'évangile chrétien 
(( Illumina le plébéien, 
(( Il put s'écrier ; Je suis homme, 
(( Je suis homme ! » 

(( Vous n'avez pas toute sa liberté, 
«c Vous, la compagne et la sœur de son âme ; 
« Vous payez cher la grâce et la beauté, 
ce Car la souflrance est le lot de la femme. 



— 184 — 

c( L'épouse, au paisible foyer, 
« Est Reine, il faut le reconnaître ; 
« Mais, chez lui, s'il veut guerroyer, 
« Grâce aux droits qu'il sut s'octroyer, 
« L'époux peut dire : Je suis maître, 
ce Je suis maître ! » 

Mais d'un berceau, fait d'amour et d'honneur, 
Le bon vieillard admire la merveille ; 
En souriant, sa fille, avec bonheur, 
A, dans ses bras, pris l'enfant qui s'éveille ; 
Il est beau comme un séraphin : 
Voyez rayonner le grand'père ! 
Sa fille lui répond enfin : 
« Ah 1 nous avons le lot divin, 
c( Père, regarde I Je suis mère, 
ce Je suis mère 1 » 



1886. 



- 185 



LA CHANSON PENDANT LA GRÈVE. 



kir : Écho des bois errants dans les vallons (26). 

Vous qui souillez ce mot saint : Liberté, 
De vos meneurs fuyez la perfidie ; 
Ces grands amis de la fraternité 
Vont au pillage, au vol, à l'incendiG. 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 



Quand le pays doit prendre son fusil 
Pour s'opposer à la haine barbare, 
Cherchez-les donc, à l'heure du péril, 
Tous ces brouillons dont la voix vous égare. 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier : 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 

Du drapeau rouge à bas l'épouvantail 1 
A vos travaux vous pouvez faire trêve, 
Mais sans briser l'instrument du travail 
Et sans forcer vos frères à la grève. 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier : 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 



Bis. 



- 186 — 

Songez-y bien, la grève a ses dangers : 
Quand nos produits ne sortent plus de terre, 
Vous faites place aux produits étrangers 
Et vous ouvrez la porte à la misère. 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier : 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 

Des insensés vous disent, à grand bruit, 
De dévaster les maisons, les usines... 
Croyez-vous donc, quand tout sera détruit, 
Trouver du pain ^u milieu des ruines ? 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier : 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 

Suivons ceux-là qui risquent leur trésor 
Dans l'industrie aux luttes pacifiques ; 
Le souverain qui, prodiguant son or, 
Nous ouvre au loin des marchés magnifiques. 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier : 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 

Que ma chanson ait des échos puissants ! 
Grands par les arts et grands par l'industrie. 
Soyons encor le peuple du bon sens 
Sous le drapeau sacré de la patrie. 

J'eus comme vous l'honneur d'être ouvrier : 
Peuple, écoutez la voix du chansonnier. 

Mons, mars 1886. 



— 187 — 



TOAST. 



Musique de Jean Van clen Eeden (W). 



Mes enfants m'offrent, enchantés, 

De charmants bouquets pour ma fête ; 

Au plafond, bouchons argentés, 

Portez gaîment vos coups de tête. 

Je veux vider, en ce moment. 

Ce cristal où le vin pétille, 

A tout ce que j'aime ardemment : 

A mon pays ! à ma famille ! 

Ma coupe n'est plus qu'à moitié. 
Et je voudrais qu'elle fût pleine 
Pour boire à la sainte amitié ; 
Pour boire à la famille humaine ; 
Aux vérités, filles des cieux ; 
A tout ce qui grandit notre âme ; 
A tout ce qui ravit nos yeux : 
La fleur, l'oiseau, l'enfant, la femme. 

Ici je bois à vos splendeurs. 
Arts, industrie, agriculture ; 
A la source de vos grandeurs ; 
Je bois à la mère nature ; 



— 188 — 

A son époux le grand soleil 
Qui du raisin fait l'ambroisie 
Et fait surgir, d'un flot vermeil, 
L'espérance et la poésie. 

J'achève ma coupe, en ce jour, 
A cette trinité suprême , 
La paix, le travail et l'amour : 
N'est-ce pas boire à Dieu lui-même ? 
Vers lui vont mes vœux triomphants 
Lorsque tant de bonheur m'inonde, 
Lorsque j'embrasse mes enfants. 
Je voudrais embrasser le monde ! 



Septembre 1886. 



— 189 — 



LE SOLEIL k LA LUNE. 



HISTOIRE d'aLMANACH TRANSFORMÉE EN CHANSON. 



Air de la Sentinelle 31). 



L'astre du jour et l'astre de la nuit 
Apparaissaient sous un léger nuage. 
Deux campagnards, du seuil de leur réduit, 
Les regardaient, gaîment, après l'ouvrage. 

L'homme, un beau blond, au teint vermeil, 
La femme, une adorable brune, 
Étaient d'un avis non pareil ; 
L'un disait : ça, c'est le soleil I 
L'autre disait : non, c'est la lune, 
Non, c'est la lune ! 

Un étranger passe en les admirant. 
Nos villageois, avec un bon sourire : 
Veuillez, Monsieur, trancher le différend, 
Montrez la lune, ici, pour nous instruire. 



— 190 - 

Il dit aux époux, ébahis : 
(( Je suis natif de Pampelune : 
« Par moi vous seriez obéis, 
« Mais je ne suis pas du Pays, 
« Et je ne connais bien la lune 
« Qu'à Pampelune ». 



Don Calino, fier de son parchemin, 
Était né bête ainsi que grand d'Espagne ; 
Notre hidalgo se retourne en chemin 
Pour revoir l'homme et surtout sa compagne ; 
Son intelligence en sommeil 
S'éveillait pour la belle brune... . 
Vit-on entêtement pareil : 
L'homme encor montrait le soleil 
Et la femme montrait la lune, 
Montrait la lune. 



Mais, quelle chance ! au couple maladroit, 
Sur un bicycle accourt un tout jeune homme ; 
Il est le fils du maïeur de l'endroit. 
Et le neveu d'un savant astronome ; 
On met à contribution 
Son obligeance peu commune ; 
Souriant à la question, 
Il répond : « Mais je suis d'Hyon, 
ce Et j'y connais fort bien la lune : 
(( Voici la lune ! » 



— 191 — 

Bientôt la route est déserte et sans bruit. 

Dans l'humble asile où l'amour règne en maître, 

Le couple heureux entend sonner minuit 

Et de son lit il court à la fenêtre. 
Le joli blond, au teint vermeil, 
Et la très adorable brune 
Sont enfin d'un avis pareil : 
Tous deux, dans le simple appareil, 
Joyeusement montraient la lune, 
La pleine lune ! 



1884. 



— 192 - 



LE BAPTÊME. 

Air du Banquet (94). 

Petit enfant, qui vient de naître, 
Tout s'épanouit de bien-être : 
L'alouette fait dans les airs 
Entendre ses joyeux concerts ; 
Et déjà le froment en herbe 
Promet une moisson superbe ; 
Dans les vergers l'arbre fleurit ; 
A la terre le ciel sourit I 

Enfant, c'est la saison des roses. 
Ainsi que les plus douces choses, 
Dieu te fit éclore au printemps : 
Enfantj vis heureux, et longtemps. 

La vie est la lutte en ce monde, 
Si, loin du nid, Forage gronde, 
Reviens bien vite, frêle oiseau. 
Près des anges de ton berceau. 
Ton père est fort, ta mère est tendre 
Pour te guider et te défendre ; 
Deviens, en les aimant toujours. 
Le bon ange de leurs vieux jours. 

Enfant, etc. 



- 193 — 

Porte en toi, pour charmer ton père, 
Toutes les grâces de ta mère : 
Tu naquis, gage précieux, 
Des larmes tombaient de ses yeux. 
Mais, par ton aspect réjouie, 
Rayon de soleil dans la pluie. 
On vit briller, en ses douleurs, 
Un sourire à travers ses pleurs. 

Enfant, etc. 



Il est une autre âme ravie 
De te diriger dans la vie : 
C'est ton aïeule en cheveux blancs, 
Nature aux généreux élans ; 
Elle a des trésors de sagesse, 
Tous les parfums de la jeunesse ; 
Car, pour récompense ici-bas, 
Les cœurs purs ne vieillissent pas. 

Enfant, etc. 



A cette fête de famille 

Dans nos verres l'Aï pétille 

Jésus, par son pouvoir divin, 
Un jour sanctifia le vin. 
Invoquons sa bonté suprême. 
En buvant le vin du baptême ; 
Et qu'un toast à l'enfant béni 
Monte vers Dieu dans l'infini ! 



— 194 - 

Enfant, c'est la saison des roses. 
Ainsi que les plus douces choses, 
Dieu te fit éclore au printemps : 
Enfant, vis heureux, et longtemps. 



195 — 



A MADAME CAROLINE POPP. 



COUPLETS CHANTES PAR L AUTEUR AU BANQUET DONNE, 

PAR LA PRESSE BELGE, LE 8 MAI 1887, A L'OCCASION DU SO*" ANNIVERSAIRE 

DU JOURNAL DE BRUGES 

DONT MADAME POPP EST LE RÉDACTEUR EN CHEF. 



Kir de la Famille de V apothicaire. 



Madame Popp, avec bonheur, 
La Presse, dont vous êtes fille, 
Boit à vos cinquante ans d'honneur, 
Boit à la mère de famille. 
La vérité qui sort du vin 
Ici n'a pas un mot de blâme : 
Tous nous admirons l'écrivain J 
Et tous nous honorons la femme. ) 



Bis. 



Un digne époux sut l'adorer. 

Femme au bon droit toujours fidèle, 

Un ange a dû lui murmurer 

La légende de la dentelle. 

Ah ! devant ce talent si fin, 

Ce grand cœur que la muse enflamme, 

Tous nous admirons l'écrivain 

Et tous nous honorons la femme. 



— 196 — 

Hymans, aussi bon que malin, 
Voulait la croix pour notre amie 
Mais rien n'existait pour Rolin ^ 
En dehors de l'académie ; 
Le Mo)iiteur oublie en vain 
De citer celle qu'on acclame : 
Tous nous admirons l'écrivain 
Et tous nous honorons la femme. 

Loin de nos instituts savants, 
C'est le bon Dieu qui la décore ; 
Grand'mère, à ses petits-enfants 
Elle se montre jeune encore ; 
Pour eux quel sourire divin 
S'échappe du fond de son àme.... 
Tous nous admirons l'écrivain 
Et tous nous honorons la femme. 



1. Rolin-Jaequemyns, alors ministre de l'hitérieur, 



— 197 — 



PROMENADE A HYON, 



A MON AMI HENRY SAINCTELETTE. 



Air de une éclaircie (J). 



J'aime Hyori lorsque la campagne 
Rayonne aux feux d'un soir d'été, 
Lorsqu'au sommet de sa montagne 
Je puis rêver en liberté. 
C'est l'heure où l'oiseau nous enchante : 
Tous les bosquets ont leurs concerts, 
Dans les épis la caille chante, 
Et l'hirondelle fend les airs. 

C'est l'heure où, sous un ciel limpide, 
Du haut du mont ensoleillé, 
Un spectacle vraiment splendide 
S'offre au regard émerveillé : 
Dans le val s'étend le village 
Sur des tapis dignes d'un Roi ; 
J'admire, au loin, le Borinage ; 
A droite, Mons et son beffroi. 

13 



— 198 - 

C'est l'heure adorable et choisie 
Où le rêve est délicieux, 
Où la divine poésie 
Emporte l'âme jusqu'aux cieux. 
Et, vers Mons quand je m'achemine, 
A l'horizon Dieu montre encor 
Son manteau bleu, semé d'hermine 
Et tout frangé de pourpre et d'or. 

Du soleil couchant la lumière, 
Se mirant aux humbles carreaux 
Des fenêtres de la chaumière. 
Fait de magnifiques vitraux. 
Et la promise bien aimée, 
Du promis guettant le retour, 
Entend, dans la brise embaumée, 
L'hymne éternelle de l'amour. 

Mais le paysan vers l'étable 
Déjà ramène le bétail ; 
Pour souper on dresse la table 
Dans l'asile saint du travail. 
La chauve-souris, la chouette 

Dans l'ombre feront leur sillon 

Du beffroi l'horloge est muette ; 
Mais dans mon cœur quel carillon ! 

Juin 1883. 



POÉSIES 



201 



SONNET 



A LA REINE. 



Pauvre musette populaire, 
Aujourd'hui je tremble pour toi : 
Puis-je chanter, sans trop déplaire, 
Devant la famille du Roi ? 

Ah I si quelque ange tutélaire, 
En pitié prenant mon émoi, 
Pour illuminer ma misère 
Étendait ses ailes sur moi ! 

Et la musette, à mon martyre, 
Répond, avec un doux sourire : 
« Mais la Reine t'écoutera ; 

« La charité remplit son âme : 
« Tout va s'éclairer de sa flamme 
« Et la chanson rayonnera ! » 

Mons, 20 mai 1877. 



— 202 — 



FOU OU ROI. 



A M"" DE F. DE L. M. EN RÉPONSE A SES VERS. 



Oui, le poète est Roi !... vous dites vrai Madame, 
vous qui, du poète ayant la royauté, 
Mêlez, nobles trésors de votre cœur de femme, 
A des hymnes d'amour des chants de liberté. 

Pour le monde pourtant tout le feu de son âme 
Est celui qu'un fou porte en son front exalté ; 
Et bien souvent aussi sa plume, aux traits de flamme, 
Paraît une marotte à la société. 

Seulement si le nom du poète, en sa gloire, 
Vient s'attacher un jour aux pages de l'histoire 
Qui l'offre avec orgueil aux \ eux du genre humain, 

Le ridicule tombe... ô grandeur infinie, 

Sa plume semble un sceptre et son feu le génie ; 

Et le fou de la veille est Roi le lendemain. 

28 février 1840. 



203 — 



A M. EMILE VALENTIN, 



EN RÉPONSE A LA SATIRE QU'iL M'A DÉDIÉE, SOUS LE TITRE 
" LE GRBDIN DE LETTRES ". 



Aux impuissants, toujours jaloux, 
La Presse est sévère sans doute ; 
Elle a les accents les plus doux 
Pour ceux qui s'élèvent en route. 

Quand je débutais comme vous, 
L'avenir étant plein de doute, 
J'ai souvent rendu coups pour coups 
Aux gredins que, jeune, on redoute : 

Pour eux n'ayons que le dédain : 

Que fait la note du gredin 

Dans le grand concert de la Presse ? 

Mais je bénis votre travers, 
Car vous illuminez mes vers 
D'un rayon de votre jeunesse. 

Novembre 1875. 



204 - 



POESIE 



A SON ALTESSE ROYALE 



MADAME LA COMTESSE DE FLANDRE. 



Partout Poésie est un mot divin 
Dont l'écho puissant remplit la nature ; 
Le vulgaire passe et le raille en vain : 
Il montre le ciel à la créature ; 

Et vous l'entendez, artiste, écrivain, 
Dans le frais ruisseau dont l'onde murmure 
Et vous le voyez dans le flot de vin 
Tombé tout joyeux de la grappe mûre. 

Si la barbarie, en notre séjour, 

Refaisait la nuit où l'art fit le jour ; 

Si l'homme oubliait les récits d'Homère, 

Ce mot enchanteur resterait vivant : 
Il est pour la mère au cœur de l'enfant, 
Il est pour l'enfant au cœur de la mère. 

Février 1882. 



205 



ECCE HOMO. 



a Les hommes sont égaux ! Mes frères, aimez-vous 1 d 
Le prophète a parlé : soudain la tyrannie 
S'épouvante à l'aspect du penseur de génie 
Dont la robe en lambeaux laisse voir les genoux. 

ce Les hommes sont égaux I.... Lui, notre égal, à nous !... » 
Et les grands, le traitant avec ignominie, 
Se prennent à crier, dans leur lâche ironie : 
(( Esclave égal des rois, tu seras roi des fous ! » 

Quel est ce pauvre fou ? C'est Jésus qu'on le nomme ; 
L'homme le fait mourir, sa mort sauvera l'homme , 
Sa croix teinte de sang va régner en tout lieu. 

Martyr, ses derniers mots sont des mots de clémence : 

Il meurt ! l'homme a fini ; l'œuvre du Dieu commence 

Car ce fou, ce martyr, cet homme, c'est un Dieu 1 

Décembre 1884. 



206 — 



LA GRISE 



Jadis je l'ai connu, jeune, plein de courage ; 
Il consacrait gaîment la semaine à l'ouvrage ; 
Il aidait son vieux père alors avec vigueur 
Et dans son bon sourire on lisait tout son cœur. 

Tout habillé de neuf, joyeux comme au bel âge, 
Le dimanche, au faubourg, au plus proche village, 
Il allait en chantant refrain doux ou moqueur 
Que ses amis savaient et répétaient en chœur. 

L'ouvrier a vieilli. L'œil terne, le front pâle. 

Les souliers éculés et la chemise sale. 

Il dit : « L'ouvrage manque et j'en demande en vain ». 

« La crise est implacable à la classe ouvrière » 

Et, lui cachant un pleur qui mouillait ma paupière, 
Vite je lui donnai pour acheter du pain. 

1877. 



— 207 — 



A MONSIEUR LE COMTE 



ERREMBAULT DE DUDZEELE 



MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DE S. M. LE ROI DES BELGES 
AUPRÈS DE l'empereur DE TOUTES LES RUSSIES- 



Le ministre Belge en Russie 
Au chansonnier porte bonheur, 
Depuis le jour où j'eus l'honneur 
De lui vendre une arme choisie. 

Là-bas, à l'aristocratie 
Il dit mes chants avec son cœur ; 
Son âme y met sa poésie : 
L'humble refrain semble vainqueur 1 

Avec une somme assez forte, 
Une lettre de lui m'apporte 
Commande — et poèmes divers. 

C'est de la chance à double dose : 
Armurier, je bénis sa prose ; 
Poète, j'adore ses vers ! 

Mons, 25 décembre 1878. 



208 



LA PARURE. 



A MON AMI JEAN-PIERRE HENRY, A SHANGHAÏ (CHINE). 



Jeune femme, elle était aimable, douce, aimante ; 
Au fond de l'Orient elle pensait à nous, 
Nous l'aimions de tout cœur. Elle était si charmante 
Que l'époux adoi'é l'admirait à genoux. 

C'est d'elle que tu viens, parure ravissante 

Qu'elle lègue à ma fille avec des mots si doux 

De notre affection âme reconnaissante, 
Idéale beauté dont le ciel fut jaloux. 



Katie était, hélas 1 trop belle pour nos fanges ; 
Son époux tressaillait au seul bruit de ses pas , 
Et comme il était fier avec elle à son bras ! 

Une lyre divine a chanté ses louanges I 

Devons-nous aujourd'hui la pleurer ici-bas, 
Lorsqu'elle porte aux cieux la parure des anges ? 

Mons, mars 1877, 



— 209 — 



A MADAME DE R. 



Madame, j'apporte mon livre. 
Près de vous il aspire à vivre : 
Pour lui quel honneur périlleux ! . . . 
— Dans votre asile merveilleux. 

Roses dont la senteur enivre, 
Tableaux où tout semble revivre, 
Chefs-d'œuvre où l'homme touche aux cieux, 
Tout enchante l'âme et les yeux 

Sur l'aile de la fantaisie, 
Dans un milieu de poésie 
Vous élevez votre raison ! 

La chose sera malaisée 

De trouver dans votre musée 

Un petit coin pour la chanson. 

20 janvier 1878. 



— 210 



UN CORTÈGE. 



Un cortège à pas lents, s'avançait dans la rue ; 
C'était un jour de deuil pour notre garnison ; 
Auprès de l'aumônier faisant son oraison, 
Venait un vieux soldat, pâle, en pleurs, tête nue ; 

Il avait trois enfants, à la voix ingénue. 
Gais comme des oiseaux gazouillant leur chanson : 
Sur trois, deux étaient morts ; et, dans la foule émue. 
On disait : « Par erreur ils ont pris du poison ». 

La musique jouait pour chanter leui's louanges. 
Peut-être Dieu voulait à ces deux petits anges 
De l'océan du monde éviter les écueils. 

Le père 1 De son cœur on voyait les alarmes 

La mère I En y songeant, chacun versait des larmes.. 
Et la troupe suivait les deux petits cercueils. 

Mons, 13 novembre 1878. 



— 211 — 



A ANTOINE FRANÇOIS. 



Ce matin je descendis seul, 
Quand je vis, trésor de tendresse, 
Dans vingt cartes à mon adresse, 
Une lettre de mon filleul. 

Cette lettre de mon filleul 
Ma femme à ses lèvres la presse : 
Dans son âme quelle allégresse ! 
Quelle fête au cœur de l'aïeul I 

— Malgré tes fautes d'orthographe, 
Nous avons mouillé ton paraphe 
De douces larmes de bonheur ; 

Je finis mon petit poème 

En t'embrassant, comme je t'aime, 

Cher Antoine, de tout mon cœur ! 

!«'■ janvier 4878. 



212 



REMERCIEMENT 



AU 3* RÉGIMENT DE LANCIERS. 



Le troisième Lanciers s'avance dans la rue, 
Précédé de gamins qui prennent leurs ébats ; 
Déjà sur le trottoir la foule est accourue 
Pour voir ces cavaliers, chevauchant, lance au bras. 

Peuple, c'est dans tes rangs qu'on trouve la recrue, 
Toi qui laisses l'outil pour l'arme des combats : 
Pour défendre le sol que creusa leur charrue, 
Gloire à ces paysans transformés en soldats ! 

Mais La Bière soudain retentit au passage : 
Le brave colonel me rend pareil hommage, 
Et j'essuie une larme à mes yeux attendris. 

Je ne cacherai pas combien mon âme est fière 
Quand, sous les trois couleurs du drapeau du pays. 
Un beau régiment marche au refrain de La Bière ! 

Mons 1879. 



213 



AUX INSTITUTEURS DÉCORÉS. 



Les peuples ignorants suivaient la vieille ornière 
Faite d'ombre, de honte et de servilité; 
Seuls les moines montraient à la tourbe grossière 
Une faible lueur dans cette obscurité. 

L'école appelle enfin la nation entière 
A marcher vers ce but sacré, La Vérité ! 
Notre temps veut partout répandre la lumière 
Pour rapprocher du ciel la pauvre humanité. 

Naguère on dédaignait l'humble maître d'école ; 
De nos jours on lui met au front une auréole : 
C'est qu'il ouvre aux enfants le chemin du bonheur. 

Gloire à vous qui semez aux champs de la pensée, 
Œuvre sainte toujours, toujours recommencée ; 
Nul n'a mieux mérité que vous la croix d'honneur 1 

1880. 



14 



214 



A MON AMI 



HECTOR MANCEAUX 

QUI, COMME ÉDITEUR, A PRÊTÉ SON GÉNÉREUX CONCOURS 
AUX COLLABORATEURS DE " MONS-CHARITABLE ". 



Rien, pas même la chanté, 
Ne pourrait unir les artistes : 
Ils ont, disaient les rigoristes, 
Trop grande irritabilité. 

Et l'on vit, dans notre cité, 
Compositeurs et journalistes, 
Peintres, poètes, publicistes 
Faire œuvre de fraternité. 

Les éditeurs et les libraires 

Pour les auteurs sont des corsaires, 

Répétait un monde moqueur... 

Mais, au nom de Mons-Charitahle, 
Par ma voix, la gent irritable 
Vous dit merci du fond du cœur. 

Mons, avril 1880. 



215 - 



A MES AMIS 



M. & M^^ CHARLES FEVRIER. 



La nature qui nous enchante 
Reprend ses brillantes couleurs ; 
Et l'enfant meurt quand l'oiseau chante 
Dans les arbustes tout en fleurs... 

Mère, dans ta plainte navrante, 
Père, dans tes sombres douleurs, 
A la chère petite absente 
Souriez à travers vos pleurs. 

Elle souffrait sans espérance 
Et pour terminer sa souffrance 
Un ange disait : Je t'attends ! 

L'enfant à votre amour ravie 

Jouit d'une éternelle vie 

Au sein d'un éternel printemps. 

15 mai 1880. 



216 — 



AU XYl^^ SlEGLi:. 



ÉPISODES SYMPHONIQUES PAR JEAN VAN DEN EEDEN. 



VERS EXPLICATIFS. 



Des Flamands, révoltés pour leurs droits légitimes, 
L'Espagnol, furieux, se croit maître bientôt ; 
Le glaive, le bûcher font leur œuvre aussitôt 
Pour étouffer du cœur les croyances intimes. 

C'est l'heure des vertus, des dévoûments sublimes : 
De Hornes et d'Egmont marchent à l'échafaud ; 
Des hommes, en disant : Il est un Dieu là-haut I 
Vont tremper leur mouchoir dans le sang des victimes. 

Le grand peuple flamand ne désespère pas ! 

Plus ardent, plus nombreux, il revient aux combats : 

Il semble le phénix qui renaît de ses cendres. 

L'Espagnol fuit enfin un sol ensanglanté ; 
Le monde entier tressaille et salue, enchanté, 
Le triomphe des gueux, la liberté des Flandres ! 1 

Mons, 19 juillet 1882. 



— 217 — 



ORPHELINS. 



Orphelins, à nous l'espérance ! 
Que d'êtres, au fatal pouvoir, 
Laissent leur fils dans l'ignorance, 
Grands yeux ouverts pour ne point voir. 

Ici la bonté nous dispense 
L'instruction, suprême avoir, 
En nous montrant la récompense 
Dans le travail et le devoir. 

L'instruction chasse l'envie ; 
Forts pour les luttes de la vie, 
Riches d'un trésor sans pareil. 

Enfants, à tête brune ou blonde. 
Lé soleil luit pour tout le monde. 
Prenons notre part du soleil ! 

29 septembre 1882. 



— 218 — 



FETIS 



Quand l'aiglon devient aigle et, comme le génie, 
Sous le ciel, dans son vol, s'inonde de clarté, 
Roi des airs, saluant l'étendue infinie, 
Il songe à l'humble nid d'où sort sa Majesté ! 

Fétis eut pour berceau notre ville chérie ; 
Il aimait, comme nous, notre vieille cité ; 
Musicien, il a le monde pour patrie, 
Mais tout son cœur nous est resté. 

Oui, Fétis est de ceux dont s'honore le monde. 
Son œuvre, ses écrits, sa science profonde 
Dans les siècles futurs seront toujours vivants. 

Mons a pour tous ses fils des entrailles de mère : 
Elle daigne sourire au succès éphémère, 
Elle sait acclamer ses illustres enfants ! 

Mons, mars 1884. 






A W LÉONIE DENUIT, 



QUI MA OFFERT GRACIEUSEMENT SES PREMIERS VERS. 



Je suis heureux, ô jeune fille, 
Cœur, esprit fraîchement ouverts. 
Après ta prose si gentille, 
De saluer tes premiers vers. 

Des vers I — Si le sot te houspille, 
En s'écriant : « Dieu ! quel travers I » 
Réponds que dans les arbres verts 
La fauvette au printemps babille ; 

Qu'elle veille et charme son nid. 

Sous le grand ciel qui le bénit ; 

Que, comme toi, la Muse est femme !.. 



Près de ta mère, au doux foyer, 
Veille en disant, pour l'égayer, 
Les chants que Dieu mit dans ton âme. 

Mons, 1883. 



— 220 



ELLE ! 



Sur un visage saint la souffrance acharnée 

Imprimait son stigmate en horrible vainqueur ; 

Celle qu'en sa bonté le Seigneur m'a donnée, 

S'éteignait 1 — Des sanglots s'échappaient de mon cœur 1 

Bientôt après, je vis — tableau plein de grandeur, - 
D'un sourire divin sa face illuminée ; 
C'était un Raphaël dans toute sa splendeur : 
Elle avait la beauté d'une prédestinée I 



Il ne pouvait durer cet éclat surhumain : 

Ses traits semblaient flétris, hélas ! le lendemain. 

Mort cruelle I ta raste est enfin assouvie ! 



Je priais I Le cercueil ne m'avait pas tout pris : 
La morte vint, la nuit, montrer à mes esprits 
L'éternelle beauté de l'éternelle vie ! 

1884. 



- 221 - 



A M"^ GABRIELLE VAN MEERBEKE. 



Je t'ai connue enfant timide. 
Dix ans nous fûmes séparés, 
Jeune fille au regard limpide, 
Au front pur, aux cheveux dorés. 

J'admire, en ces jardins d'Armide, 
Les tableaux par eux inspirés 
Lorsque, sous le grand ciel splendide, 
Tu peins les arbres et les prés. 

Ton beau talent me rend rêveur I 
Dieu, par une double faveur, 
Te fit poète et coloriste ; 

Gabrielle est ton doux prénom : 
L'ange dont tu portes le nom 
Sourit comme un frère à l'artiste. 

Assels (près Gand), 3 juillet 1884. 



222 - 



LE PORTRAIT DE L'AÏEUL. 



AU PEINTRE ALFRED BUSIAU. 



Dans son cadre, au foyer, lorsque, pieux usage, 
On montre de l'aïeul le portrait réussi, 
Le vivant souvenir d'un corps et d'un visage 
Semble dire à chacun : Vous m'aimez, me voici ! 

Dans un tableau parfait vous m'offrez mon image. 
Van Ysendyck, Piot, Dauriac, Portaels aussi 
A ma chère famille ont fait pareil hommage ; 
A tous, du fond du cœur, je dis encor : merci 1 

Par un art merveilleux Dieu permet qu'on renaisse. 
Dans les traits du vieillard on sont votre jeunesse : 
Un magique pinceau s'agitait sous vos doigts. 

En admirant la toile où, grâce à vous, j'existe, 

Je dis avec fierté : c'est l'œuvre d'un artiste ! 

Je dis avec bonheur : c'est l'œuvre d'un Montois ! 

Mons, mars 1885. 



— 223 — 



UN DINER INTIME. 



A MES AMIS M. ET M'^« BENOIT QUINET. 



Dans un simple bureau, petit, mais confortable, 
Benoit, sa femme, Abel allaient se mettre à table. 
On m'invite de cœur : comment n'accepter pas ? 
Madame présidait à ce charmant repas. 

Quatre convives 1 — trois d'appétit effroyable. 
Pour trois déjà la table est exiguë en diable ; 
On devait calculer pour y poser les plats : 
Rien qu'à se voir ainsi l'on riait aux éclats ! 

Sans avoir mérité jamais brevet d'ivrogne, 
Benoit, son fils et moi nous sablions un Bourgogne 
Devant lequel Falstafï se fut mis à genoux. 

Benoit lut de ses vers une page choisie 

Plus rien n'était petit : tout rayonnait pour nous 
A ce coin d'un foyer grand par la poésie. 

Mons, samedi 5 septembre 1885. 



224 — 



A M'^ MARIE-LOUISE POULAIN, 



LE JOUR DE SA PREMIÈRE COMMUNION. 



Enfant, la grâce printanière 
Vous montre parfaite à nos yeux ; 
L'Église, en ce jour radieux. 
Vous proclame aussi la première. 

Pour franchir, en pleine lumière, 
L'espace de la terre aux cieux, 
Dieu met, au cœur vraiment pieux. 
La poésie et la prière. 

Ces trésors en vous sont vivants. 
Pour les chers vôtres, triomphants, 
De Dieu célébrez les louanges ; 

Il entendra vos vœux fervents : 
On dit que la voix des enfants, 
Trouve dos échos chez les anges. 

Mons, 27 mars 1887. 



225 — 



CHARLES ROGJER. 



Au joug de l'étranger la Belgique échappée, 
Dans un de ses enfants est aujourd'hui frappée : 
Charles Rogier n'est plus ! et la patrie, en pleurs, 
Sous un crêpe de deuil montre nos trois couleurs. 

Pour chanter ce grand mort il faudrait l'épopée : 
Il lutta par la plume, il lutta par l'épée ; 
Les forts et les vaillants sont toujours les meilleurs : 
Au faîte du pouvoir, il songe aux travailleurs. 

Il fut un créateur de nos lois magnifiques, 
Le défenseur ardent des libertés publiques ; 
Il fut l'ami du peuple et de la royauté. 

A son nom vénéré chaque front se découvre ; 

Il meurt pauvre : En nos cœurs, comme au beau ciel qui s'ouvre, 

Il est riche de gloire et d'immortalité. 

Mons, 30 mai 1885. 



— 226 — 



LE 50^ ANNIVERSAIRE. 



AU PRESIDENT 

ET AUX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE CHAKT DE VERVIERS. 

BANQUET DU 27 JUILLET 1886. 



Où Vieuxtemps sut prouver, aux grands jours d'autrefois, 

Que, même en son pays, on peut être prophète, 

Beau cercle, populaire et royal à la fois, 

Des hauts sommets de l'art vous atteignez le faîte. 

Quand je vins à Verviers pour la première fois. 
L'ami Prosper Grandjean présidait à la fête ; 
Il était entouré de chanteurs dont la voix 
Électrisait la foule et charmait le poète. 

Aujourd'hui, comme alors, je suis votre invité : 
A l'humble chansonnier on va porter envie... 
Suis-je ici dans le rêve ou la réalité ? 

Ceux-là que j'écoutais, l'âme fière et ravie. 

Je les retrouve en vous, jeunes gens pleins de vie , 

Et je revois Grandjean dans l'ami Jean Tasté. 

Juillet 1886. 



— 227 - 



UN COIN DU PARADIS. 



Chez moi, j'ai la forêt, mais en miniature. 
Vieillard, quand j'y revois un des printemps bénis, 
Souvent je vais m'asseoir, amant de la nature, 
Sous un grand merisier plein de fleurs et de nids. 

Des feuillages divers admirant la verdure, 
On a, dans ce bosquet, aux méandres hardis, 
Des arbres pour rideaux, du lierre pour bordure 
Et, sous un ciel d'azur, un coin du paradis. 

Des plus douces clartés ma retraite m'inonde. 
Un jour, que j'y rêvais loin des tracas du monde, 
Dans le grand merisier soudain le vent parla ; 

Ses branches, où l'oiseau chantait sa bien-aimée, 
Semaient l'étroit chemin de leur neige embaumée 
Comme si le bon Dieu devait passer par-là. 

Mons, 11 mai 1886. 



— 228 — 



GODEFROID DE BOUILLON, 



POEME COURONNE 

PAR LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES, DES ARTS ET DES LETTRES DU HAINAUT, 

AU CONCOURS DE 1839. 



Je chante la guerre sainte et le héros qui 
délivra le tombeau de Jésus-Christ. 

Le Tasse. 



Les Belges ont donné de grands rois à la France, 
Des rois à qui les Francs ont dû leur délivrance, 
Et cjue leurs descendants doivent encor bénir ; 
Ces noms belges sont chers à notre souvenir. 
Mais un nom qui plus beau rayonne à notre gloire, 
Un nom qu'avec fierté proclame notre histoire, 
Qui chez les Musulmans reporterait Feffroi 
S'ils l'entendaient crier, Belges, c'est Godefroid ! 



229 



Après avoir vaincu mainte armée aguerrie 

Qui, voulant imposer des lois à la patrie, 

Ne trouva que la honte en cherchant des lauriers ; 

Après tant de succès où sa noble bannière 

Guidait avec éclat sa phalange guerrière 

Qui déroulait aux yeux de vaillants cavaliers ; 

Godefroid, fatigué de ses cruelles guerres, 
Se retrouvait au sein de ses états prospères. 
— Il comptait savourer les douceurs du repos 
Dans ce riant domaine, où, fier de sa victoire, 
Déployant leurs lambeaux dont il se faisait gloire. 
Il avait en triomphe abrité ses drapeaux. — 

Quand un jour, mais un jour à jamais mémorable, 

Un pieux pèlerin arrive misérable 

De FAsie en Europe ; il passait en criant : 

« Chrétiens 1 là-bas, bien loin, une œuvre vous appelle; 

ce Et cette œuvre, chrétiens, est grande, sainte et belle ! » 

Et sa main étendue indiquait l'Orient. 

« A l'œuvre donc, chrétiens ! à l'œuvre donc, les braves ! 

ce Ne laissez pas traiter vos frères en esclaves ; 

« Vos frères souffrent là, sauvez-les, s'il se peut. 

(L Ayez espoir en Dieu, car sa toute puissance 

« A pitié de leurs maux et voit leur innocence ; 

a Tous à Jérusalem!.... Dieu le veutl Dieu le veut! 

15 



— 230 — 

(( Tous à Jérusalem ! sauvez-les, Dieu l'ordonne : 

« Assemblez vos guerriers!.... Que chaque clairon sonne! 

« Allons, les chevaliers que cet appel émeut, 

« Dieu le veut ! reprenez votre audace guerrière I.... 

« Aux armes. Dieu le veut ! » Bientôt l'Europe entière 

Retentit de ces mots : Dieu le veut ! Dieu le veut I 

Et puis se revêtant de leurs lourdes armures. 

Suscités par le Christ à venger ses injures. 

Après leur avoir fait un douloureux adieu, 

Les chevaliers quittaient leurs enfants et leurs femmes, 

Et leurs voix consolaient ces trop timides âmes 

En disant au départ : ce Pour la gloire et pour Dieu I » 

Car Godefroid, ardent pour cette œuvre chrétienne, 
Partait en s'écriant : « Qu'on meure ou qu'on parvienne 
« A relever la croix !.... Courons tous aux assauts! 
« Courons ! à le venger c'est Dieu qui nous appelle î » 
Et ce cri le fit suivre avec un même zèle 
De prêtres, de soldats, de seigneurs, de vassaux. 

C'est que la foi d'alors était fervente et pure ; 
C'est qu'on ne traitait pas de grossière imposture 
Toute chose sacrée alors comme aujourd'hui. 
Et l'enfant de son père héritait la croyance ; 
Car l'enfant, à dater du jour de sa naissance, 
Ne voyait point le doute errer autour de lui. 

C'est qu'alors les leçons de nos plus saints prophètes ' 
N'avaient pas ici-bas ces fourbes interprètes 



- 231 — 

Qui voudraient de nos cœurs à jamais les bannir ; 
C'est qu'ils étaient pieux et tout simples nos pères, 
Et c'est que, sous leurs toits, coulant des jours prospères, 
Au delà de la tombe ils voyaient l'avenir. 



II. 



C'était à la voix d'un seul homme, 
De Pierre, l'obscur pèlerin, 
Que ces héros que l'on renomme, 
Soutiens de l'église de Rome, 
S'armaient et de fer et d'airain. 

C'était à l'appel de l'ermite 
Qui parlait au nom de la Croix, 
Qu'on vit, dans leur ardeur subite. 
Surgir tous ces guerriers d'élite. 
Issus de nobles et de rois ! 

Et ce fut dans notre Belgique 
Que les chrétiens électrisés 
Virent, dans un élan magique, 
A cet appel évangélique, 
Se lever cent mille Croisés ! 

Oui, cent mille Belges, sans crainte, 
Dans l'espoir de pieux exploits, 
Allaient combattre en terre sainte 
Ceux qui s'abreuvaient de la plainte 
De tous leurs frères en la croix. 



— 232 — 

Combien cette armée était belle, 
Marchant à de lointains combats !.... 
Nul ne montrait un front rebelle 
Dans cette armée où, pleins de zèle, 
Des princes s'étaient faits soldats ! 

Au ciel si cher de la patrie 
Ils jetaient un regard d'adieu, 
Sans que leur cœur connût l'envie : 
C'est à Dieu qu'ils vouaient leur vie, 
Et tous sont égaux devant Dieu 1 

Ces guerriers, en partant naguère 
Pour punir un peuple odieux, 
Espéraient tous, par cette guerre, 
Gagner en quelques jours sur terre 
Une place éternelle aux cieux ! 



III. 



Ils étaient arrivés enfin, et leurs bannières 
Flottaient avec orgueil sous un ciel souriant : 
Des bataillons sacrés les trompettes guerrières 
Avaient chanté leur gloire au sein de l'Orient ! 

Il avait ri pourtant le tyran de l'Asie, 
Le tyran dont les fers enchaînaient des chrétiens, 
En voyant les projets des fils de la patrie.... 
Et son rire ironique avait gagné les siens. 



— 233 — 

Il avait ri pourtant à l'approche des braves 
Qu'il osait dédaigner, lui, qui se voyait fort, 
Lui, qui croyait d'un mot voir ses peuples esclaves 
Triompher des Croisés sans un pénible effort. 

Enfin le rire impie avait fui de sa bouche ; 
Son cœur était frappé de crainte et de stupeur ; 
Oh ! la peur était peinte en son regard farouche, 
Les nôtres triomphaient.... le tyran avait peur ! 

Le tyran avait peur.... Devant la ville sainte, 
La ville où vers le Dieu qui s'immola pour nous 
Les chrétiens tant de fois avaient porté leur plainte, 
Un peuple de héros s'était mis à genoux. 

Et faisant à voix haute une longue prière, 
Où des psaumes divins résonnaient les versets, 
Ils restaient les genoux ployés dans la poussière, 
Et nul d'eux ne songeait à dire : ce C'est assez 1 » 

On savait en ces temps d'une foi plus austère, 
Ces temps qui sont passés pour ne plus revenir, 
Que plus l'homme en priant s'incline vers la terre, 
Plus digne sa prière aux cieux va parvenir. 



IV. 



Ils ont achevé leurs prières ; 
Soudain résonnent les clairons. 
Et sous une grêle de pierres 
S'ébranlent nos saints escadrons I . 



— 234 - 

Jetant la mort à mainte place, 
En sifflant dans un large espace. 
Mille flèches vont se croiser ; 
Déjà nos machines de guerre 
Vont en faisant trembler la terre, 
Frapper les murs qu'on veut briser ! 



Dans ces jours éclatants de gloire, 
Où tant de noms par nous appris, 
Jaloux de briller dans l'histoire, 
De leur zèle ont trouvé le prix : 
Dieu pour eux faisait des miracles ; 
Car, malgré de puissants obstacles, 
Et des ennemis si nombreux, 
Attachée aux pas de nos pères, 
La victoire aux ailes légères 
Enfin se déclarait pour eux ! 



Pendant le cours de cette guerre, 
Si féconde en faits triomphants, 
Qu'ici l'homme le plus vulgaire 
Peut la narrer à ses enfants, 
Sur les Sarrazins en alarmes 
Les chrétiens brandissaient leurs armes 
Sans un regret, sans un remord : 
S'ils mouraient, c'était douce chose. 
Combattant pour la sainte cause. 
De mourir d'une sainte mort ! 



— 235 — 

Et Godefroid dans la mêlée 
Se montrait partout à la fols ; 
Et toute âme belge ébranlée 
Se retrouvait ferme à sa voix ! 
Et les cohortes infidèles 
Sentaient la peur planer sur elles 
Partout où son bras se levait ; 
Car, dans ses élans intrépides, 
Ses coups tombaient forts et rapides 
Sur l'ennemi qu'il poursuivait ! 

Ces ennemis, d'abord farouches, 
Fuyaient enfin avec effroi ; 
Et les échos de mille bouches 
Répétaient au loin : Godefroid !!! 
Car, dans sa valeur indomptable, 
Chacun l'avait vu redoutable, 
Partout où son fer avait lui. 
Sans qu'il trouvât dans la bataille 
Un seul champion à sa taille. 
Pour se mesurer avec lui. 



V. 



Déjà c'en était fait de ces scènes sanglantes, 

Où du pâle Croissant les légions tremblantes 

Devant nos étendards avaient baissé les leurs. 

Déjà Jérusalem se montrait radieuse, 

Libre du joug honteux d'une race odieuse ; 

Ses murs des saints drapeaux étalaient les couleurs ! 



— 236 — 

Les cœurs avec fierté battaient dans la poitrine 
De nos braves aïeux qui, dans la Palestine, 
Si faibles par le nombre et si forts par leurs droits, 
Avaient enfin, après de longs jours de victoire, 
Où tant de nos héros moururent avec gloire, 
Renversé le Croissant et relevé la Croix. 

Et lorsque nos soldats parmi leurs plus grands princes 
Choisirent Godefroid pour laisser aux provinces 
Que Dieu leur confiait, un noble et digne roi, 
Qu'on se rappelle alors que ces princes eux-mêmes, 
Qui tous avaient des droits à ces honneurs suprêmes, 
Ne balancèrent point à nommer Godefroid ! 

Le vainqueur avec joie accepta le saint trône ; 
Mais il sut repousser la brillante couronne 
Qu'à son front radieux on voulait mettre encor, 
En s'écriant : « Jésus dans ses œuvres divines, 
(( Dieu qu'il était, porta la couronne d'épines ; 
« Homme, j'irais porter une couronne d'or! » 

— Comme l'on sent d'orgueil son cœur battre plus vite 
En songeant à ces jours où, légions d'élite. 
Des Belges, nos aïeux, triomphaient en priant ; 
Où le Très-Haut, prouvant sa puissance profonde. 
Montra l'un des états les plus petits du monde, 
La Belgique, imposant un prince à l'Orient I 



— 237 



RUBENS. 



I. 



Rubens venait de naître, et l'école de Rome 
N'avait pas jusque-là vu surgir un seul homme 
Dont le nom vînt se joindre à ces noms immortels 
Auxquels les nations élevaient des autels : 
Trop heureuse en ces jours la brillante Italie, 
Doux sol où le soleil exalte le génie, 
Avait vu tout à coup éclore sous son ciel 
Giorgion ! Titien ! Corrège 1 Raphaël ! 

Car cette noble terre, Éden de notre monde, 
Dans les temps reculés en grands hommes féconde, 
Pour l'âme poétique et pour le front rêveur 
A seule des parfums enivrants de saveur. 
Des monts majestueux, de riantes vallées, 
Des jours étincelants et des nuits étoilées ; 
Seule, elle offre à l'artiste un sublime flambeau : 
Où la nature est belle, on comprend mieux le beau I 

Des peintres étrangers l'Italie était reine ; 

Elle croyait alors, superbe souveraine, 

Que jamais un mortel, aux yeux du genre humain, 

Ne pourrait lui ravir le sceptre de sa main.... 



— 238 — 

Rubens venait de naître, et bientôt la Belgique 
Vit aussi se former son école énergique ; 
Et bientôt, de ses fils étalant les lauriers, 
La Belgique nomma les Van Dyck, les Téniers ; 
Puis, les voyant si grands dans leur vol de poète, 
Apparaître tous deux un Rubens à leur tête, 
La fille du Midi, maîtrisant sa douleur, 
Dans la fille du Nord reconnut une sœur ! 

Oh ! durant ces beaux jours, comme ils devaient, nos pères, 

Sourire avec bonheur à ses veilles prospères. 

Quand Rubens, que le sort se plaisait à bénir, 

Fondait sur ses travaux son immense avenir. 

La Belgique, par lui, rehaussant son histoire, 

Devint pour l'Italie une rivale en gloire ! 

Et par lui, la patrie, attirant les regards. 

Fut digne aussi du nom de terre des beaux-arts ! 



II. 



Lorsque son front brûlait et que déjà son âme, 
Asile du génie aux deux ailes de flamme, 

S'animait d'un rayon ardent ; 
Qu'il faisait l'ornement d'un splendide équipage ; 
Qu'à peine adolescent sous son manteau de page 

Battait un cœur indépendant ; 



- 239 — 

Lorsqu'il pensait — jeune homme à la tête remplie 
De tous ces noms l'honneur, l'orgueil de l'Italie ! — 

Qu'il n'était pas dans son chemin ; 
Qu'il voyait devant lui d'autres routes tracées ; 
Que tant de fois déjà ses sublimes pensées 

Auraient voulu guider sa main ; 

Oh ! qu'il devait souffrir, lui, notre plus grand maître, 
De vivre ainsi, mon Dieu I comprimant dans son être 

Le feu de ses créations I 
De ses créations à jamais immortelles, 
Qui devaient voir un jour s'incliner devant elles 

Et les rois et les nations ! 

C'était chose pour lui bien pénible et bien triste 
De sentir si longtemps dans son âme d'artiste 

Quelque penser saint et nouveau ; 
De s'en bercer toujours, hélas 1 et de comprendre 
L'ivresse du bonheur qu'il aurait à le rendre, 

Et de n'avoir pas un pinceau 1 



III. 



Enfin elle a sonné l'heure trop attendue 
Où le noble Flamand sur la toile tendue 

Dessine ses premiers essais : 
Loin de rien envier aux peintres qu'on renomme. 
Admirant leurs tableaux le courageux jeune homme 

Rêve, comme eux, palme et succès! 



— 240 — 

Car en lui cette voix au vulgaire inconnue, 
Comme un rayon du ciel perce une sombre nue, 

Traversant les temps à venir, 
S'écriait fortement : « Marchez, la route est grande ! 
({ Donnez à la Belgique une école Flamande 

« Et ses beaux jours vont revenir ! 

« Marchez, marchez toujours, la route est large et belle I 
« De loin en souriant la gloire vous appelle ! 

« Marchez d'un pas ferme et constant! 
« Marchez, sans regarder un instant en arrière ! 
a Marchez avec ferveur.... au bout de la carrière 

(L L'immortalité vous attend ! » 



IV 



Bientôt, sur la terre où nous sommes, 

On vit le peintre se dresser 

Et paraître au niveau des hommes 

Qu'un jour il devait dépasser ; 

Bientôt, échauffant son génie 

Sous ce ciel rempli d'harmonie 

Où règne un éternel printemps, 

On le vit, d'une main féconde, 

Dérouler aux regards du monde 

Douze grands chefs-d'œuvre en sept ans ! 



— 241 — 

Mais, au milieu d'une existence 
Si glorieuse à parcourir, 
Homme, il eut sa part de souffrance 
Sa vieille mère allait mourir I 
Soudain pour la revoir encore, 
La tendre mère qu'il adore, 
Rubens accourt à son chevet,... 
Hélas ! son dernier espoir tombe : 
n ne reste plus qu'une tombe 
Aux lieux où sa mère.... vivait. 



Combien sa douleur fut amère 
Quand, l'âme et le front abattus. 
Le grand peintre vit que sa mère, 
Sainte femme, n'existait plus ! 
Et sur sa pierre tumulaire, 
Après avoir fait sa prière 
En ce sombre et fatal moment, 
Il fit placer, dans sa tendresse, 
Témoin de gloire et de tristesse, 
Un tableau pour tout monument. 



Enfin il reprit ce courage 
Que le Seigneur, dans sa bonté, 
Dispense après les jours d'orage 
Au cœur encor tout agité ; 
Et de nouveau la renommée, 
Pour notre héros animée. 



— 242 — 

L'abritant sous ses étendards, 
Aux yeux des peuples en extase 
Le montra sur sa double base : 
La politique et les beaux-arts ! 



Inscrit le premier sur la liste 

Des hommes chers aux potentats, 

Le négociateur-artiste 

Rendit la paix à deux États. 

Et, pour l'honneur de leurs provinces, 

Tous les monarques, tous les princes 

Se le disputaient à la fois ; 

Et, sous leur dôme magnifique, 

On pouvait voir le peintre unique 

Reçu comme un roi par ces rois I 

— Quand Philippe >, heureux de la gloire 

De Rubens, l'illustre Flamand, 

Qui rappelait à sa mémoire 

Que Charles-Quint était de Gand ; 

Quand Philippe, à sa cour entière, 

Désignait d'une main altière, 

Rubens l'immense créateur ; 

Et semblait fier sous sa couronne 

De l'élever jusqu'à son trône 

Et de paraître à sa hauteur ! 



1. Philippe IV, roi d'Espagne. 



- 243 - 

Lorsqu'un autre grand de la terre, 
L'infortuné Charle premier, 
Devant l'élite d'Angleterre 
Gréa le peintre chevalier ; 
Qu'un parlement du moyen âge, 
Dont chaque éminent personnage 
Possédait blasons et castels, 
Vit Charle, au roi de la peinture 
Offrir le fer qu'à sa ceinture 
Il portait aux jours solennels ! 

Oh 1 combien la patrie, heureuse 
Pendant ces longs jours de grandeur, 
Apparut en mère orgueilleuse 
Montrant Rubens dans sa splendeur! 
L'étranger né dans ces contrées 
Aux rives pures et parées 
Des reflets d'un ciel radieux, 
Devait croire à quelque prestige 
En voyant un pareil prodige 
Rayonner sous nos pâles cieux ! 



V. 



Rubens avait déjà l'univers pour patrie ; 

Car son nom, oh 1 son nom rappelait, en tout lieu, 

Sainte Anne et la vierge Marie 

Adorant Jésus, l' enfant-Dieu ! 



— 244 — 

Son nom, c'était citer et Jésus et sa mère, 

Que l'on aime à prier quand on verse des pleurs, 

Goûtant les parfums de la terre 

Autour d'un beau cercle de fleurs ! 

Puis, saint Ignace à l'homme accablé de souffrance, 
Qui demandait la mort à la divinité, 

Rendant par un mot d'espérance 

Le bonheur avec la santé ! 

C'était citer des cieux la reine gracieuse, 
Doux être tant aimé de la création, 

S'élevant pure et glorieuse 

Dans sa suprême assomption ! 

C'était citer encor, dans l'étable fangeuse 
Trois mages prosternés devant un jeune enfant ; 

Et la pêche miraculeuse. 

Œuvre du Seigneur triomphant ! 

C'était citer enfin ce travail de génie 

Divin drame tracé par un pinceau divin ! . , . . 

Et puis une sainte agonie : 

Le martyre de saint Liévin 1.... 

— Rubens puisait son œuvre aux chants du saint prophète ; 
Le sublime allait seul à son front tout puissant : 

Pouvait-il, du haut de son faîte, 

Esquisser des nains, lui, géant 1 



245 



VI. 



Oh ! Rubens I dans le cœur du peintre qui commence 
Ton souvenir est là pour verser l'espérance ; 
Par toi, dans nos talents les étrangers ont foi ; 
Par toi seul la patrie aurait aussi sa gloire, 
Par toi seul elle aurait une éclatante histoire : 
Ton pays a grandi par toi ! 

Par toi qui, d'un saint culte environnant ta mère, 
T'inspiras si souvent aux vers brillants d'Homère 

En créant tes brillants tableaux ; 
Par toi, Belge immortel, par toi, célèbre artiste, 
Qui montras pour trésors au crédule alchimiste 

Et ta palette et tes pinceaux ! ^ 

Rubens, tu fus bien humble en ton essor immense ; 
D'un méprisable orgueil tu n'eus pas la démence, 
Doté si richement de titres et de biens ; 
Un bon ange en naissant t'abrita sous son aile : 
En toi le ciel nous offre à la fois le modèle 
Des bons fils, des bons citoyens. 



1. Un alchimiste anglais vint un jour le trouver, et promit départa- 
ger avec lui les trésors du grand œuvre, s'il voulait faire construire un 
laboratoire et avancer quelque argent : « Monsieur, lui dit Rubens en 
lui faisant voir son atelier, vous êtes venu vingt ans trop tard; j'ai 
trouvé la pierre philosophale sans autre secours que ma palette et 
mes pinceaux ». J, Ader. 

16 



- 246 — 

Tu sus donner encor, dans ton vol salutaire, 
L'exemple des vertus et la paix à la terre, 

La paix, cette mère des arts ! 
Plus grand que les guerriers de la Grèce et de Rome, 
Tu laissas tes travaux à tes fils, ô grand homme I 

— Que nous ont laissé les Césars ? 



Salut à toi, Rubens ! honneur de la Belgique ! 
Salut, salut à toi, peintre au talent magique, 
Devant qui s'inclina le pontife romain ! 
A toi qui, noble d'àme, en ta course si belle 
Tendant au pauvre artiste une main fraternelle, 
Recueillis Brauwer en chemin ! 



Salut à toi, Rubens ! Salut à ton génie 
Que dans tout l'univers aucun ne te dénie ! 

Salut encore, ô peintre-roi ! 
A tes nombreux tableaux que partout l'on renomme. 
Dont un seul suffirait pour illustrer un homme ! 

Salut, Rubens, salut h toi I 



Toi qui peignis l'enfant à chevelure blonde 
Dont le sang généreux a racheté le monde.... 
Sauveur qui t'inspira la descente de croix ! 
Et s'il n'était le Christ aux splendeurs immuables. 
Aux yeux des nations tes pages admirables 
En auraient fait un Dieu, je crois I 



— 247 — 

— Oh ! tu vins en créant tes œuvres immortelles 
Alix fastes du pays, déjà si grands sans elles, 

Ajouter encore en ces jours 
Une vie à narrer que nul fait n'a flétrie ; 
Un nom qu'au monde entier a donné la patrie 

Et qui doit resplendir toujours ! 

1840. 



— 248 — 



AUX LIÉGEOIS- 



A PROPOS DE L ERECTION DE LA STATUE DE GRÉTRY. 



Quand Versailles blâmait, d'une voix trop légère, 
Une œuvre de Grétry que défendit Voltaire ' ; 
Et quand Paris^ montrant sa justice au grand jour, 
Opposait ses bravos aux sifflets de la cour, 
Paris avait raison. 

— Et l'arrêt populaire 
Aux yeux des favoris, cachant mal leur colère, 
Assurait à Grétry nombre de partisans. 
— Est-il si haut pouvoir que la foule n'affronte ? — 
Et les haillons du peuple un instant firent honte 
Aux manteaux d'or des courtisans. 

Car la foule, on le sait, enthousiaste, émue, 
Demande qu'en passant une œuvre la remue ; 



1. Qui ne connaît cette fameuse épigramme de Voltaire : 

La cour a sifflé tes talents, 
Paris applaudit tes merveilles : 
Grétry, les oreilles des grands 
Sont souvent de grandes oreilles. 



— 249 — • 

C'est par le cœur qu'elle comprend. 
Paris avait senti que ces accents de flamme 
S'échappaient du foyer d'une sainte et belle àme... 
— La cour était stupide et le peuple était grand ! 

Grétry, redoublant de courage, 
En marchant dans ces jours d'orage, 
Ces jours d'orage et de succès, 
Confiait, dans un beau délire, 
Les accords touchants de sa lyre. 
Au bon sens de tous les Français. 



II. 



Napoléon régnait ! et tes fils, ô Belgique, 

Attachés au destin de l'aigle magnifique, 

Le suivaient sans trembler même devant la mort ; 

Napoléon, génie aux œuvres immortelles. 

Colosse qui devait laisser tomber ses ailes 

L'une aux feux du midi, l'autre aux glaces du nord. 

Et tandis qu'en vainqueurs des Belges intrépides. 
Sur les flancs de granit des hautes pyramides, 
A la pointe du sabre avaient gravé leur nom ; 
Pour que l'art eût aussi ses beaux jours de victoire, 
Un Belge était si grand qu'il mêlait avec gloire 
Le doux bruit de sa lyre au fracas du canon. 

Liégeois, c'était Grétry, l'orgueil de vos murailles ; 
Ce Belge salué du géant des batailles 



— 250 - 

Dont vingt rois consternés mendiaient les saluts ; 
Frères, c'était Grétry, talent vrai, simple, immense ; 
Nom si retentissant que l'histoire de France 
Pleure quand nous l'ôtons du rang de ses élus. 

Frères, honneur à vous ! par une œuvre pieuse 
Vous couronnez les chants de l'âme harmonieuse 
Qui sera pour l'artiste un éternel flambeau. 
Hélas ! si haut qu'il soit, il faut que l'homme tombe. 
Mais l'art, en traits vivants, fait sortir de la tombe 
Le chantre dont la gloire illustre le berceau. 

Honneur, honneur à vous qui lui rendez hommage ! 

A l'aspect de sa noble image 
Les cœurs mélodieux croiront en l'avenir. 
Liège doit vous bénir au moment où nous sommes. 
Car vous avez compris que dans l'esprit des hommes 
Une cité grandit sous un grand souvenir. 

1842. 



251 — 



LA CHENILLE, 



FABLE. 



« Demain, disait une chenille, 
« Demain je quitterai ma rampante famille ; 
« Je serai papillon ! j'aurai des ailes d'or ! 
(( Oh 1 Ton va m'admirer dans mon brillant essor !... » 

— Et puis elle ajoutait, en parlant de la sorte : — 
(( Je pomperai le suc du lys et du jasmin, 

(( Oh ! Je serai bien heureuse demain I... » 

— Le lendemain la chenille était morte. 

1837. 



— 252 - 



LE MIROIR. 



FABLE. 



Un enfant de quinze ans lisait, lisait sans cesse 
Et dans son cabinet s'enfermait trop souvent ; 
Son père, bon vieillard qu'inspirait la sagesse, 
Par un matin de juin dit au jeune savant : 
a Pourquoi ne pas quitter vos livres, quand nous sommes 
(( Dans la saison des plus beaux jours ? » 

— « Mon père, dit l'enfant, je les lirais toujours : 

a Ils me peignent si bien les hommes ! » 

— (( Mon fils, écoutez-moi : dois-je, pour bien vous voir, 
(L Consulter cette glace où votre jeune tête 

(( Tout de travers à mes yeux se répète ?... 

« Le monde est un théâtre où chacun vient s'asseoir : 
« Quand l'un le trouve blanc, l'autre le trouve noir. 
« Si votre esprit recherche une étude profonde, 
a Pour connaître le monde, étudiez le monde : 
(( Le livre le meilleur, mon fils, n'est qu'un miroir. 

1842, 



— 253 



LE PHILOSOPHE ET LA MOUCHE. 



FABLE. 



(( L'homme est un souverain ! » — disait un philosophe 

A de vains mortels comme lui, 

Ambitieux de mince étoffe 

Comme on en voit tant aujourd'hui ; — 
«. Pour étendre plus loin sa puissance infinie, 
ff II traverse les mers sans jamais se lasser, 

(( Car son esprit ne peut trop embrasser : 
(S Le monde est trop petit èncor pour son génie ! 
(( Tout reconnaît ses lois, tout indistinctement. 
« L'orage, l'océan, l'espace, la tempête, 
(( Il brave, il franchit tout ; il n'est rien qui l'arrête... 
« Jadis l'homme croyait, fatal abaissement ! 
c( De nos jours, il s'élève ; en vrai superbe, il doute I 
« Dieu lui-même... oh ! je souffre ; arrêtons un moment... » 

— Quel colosse osait donc paralyser en route 
Ce géant composé de grandeur et d'orgueil, 
ïMonarque qui voulait des mondes pour royaume 
Et pour qui sur la terre il n'était pas d'écueil ? 



— C'était une mouche, un atome 
Qui venait d'entrer dans son œil. 



1842. 



- 254 — 



LA BOUGIE. 



FABLE. 



« Du coin où je languis secouons la poussière, 
(Disait une bougie, humble et cachée encor, 
A l'aspect d'un grand lustre éclatant de lumière 
Dont les flambeaux brûlaient dans mille branches d'or) ; 

ce Quand mes frères sont tout de flamme, 
c( De mon obscurité ne puis-je pas sortir ? » 
— La bougie oubliait, hélas I qu'elle s'enflamme 

Pour briller une heure et mourir. 

Oh I l'homme de nos jours trop rarement évite 
Le foyer des grandeurs qui vient l'émerveiller ; 

Et, dès l'instant qu'il veut briller, 

Que lui fait de vivre trop vite. 

1843. 



— 255 — 



l'hommil et le ver de terre. 



FABLE. 



Un matin, rêvant dans ma cour, 
Je vis d'un petit trou sortir un ver de terre ; 
Il rampait, il rampait pour arriver au jour. . 
Je pensai : « Le voilà qui veut voir la lumière, 

(( Image de la vérité ». 
A peine avais-je dit, que l'étrange compère 
Pénètre et disparaît dans le trou d'à côté. 

Le ver suit son destin, nous oublions le nôtre... 
Il faut bien l'avouer, après mûr examen, 

Depuis qu'Adam perdit le genre humain, 
Nous sortons d'une erreur pour entrer dans une autre. 

1873. 



— 256 — 



L'EMPEREUR, LE COURTISAN, 
LE MENDIANT ET LA MOUCHE 



FABLE. 



Un jour, dan» la forêt d'une de ses provinces, 
Un empereur chassait avec ses courtisans. 
On avait abattu chevreuils, renards, faisans : 

N'est-ce pas là gibier de princes ? 
« Messieurs, — dit l'empereur, — c'est assez : à demain » 
D'un gîte somptueux on reprend le chemin, 
Quand un pauvre, en haillons, s'approche et tend la main. . . 
Tout à coup sur son nez une mouche se pose : 
Il se gratte ; et voilà le petit animal 
Qui va du nez du pauvre au nez impérial. 
Un courtisan, le front soucieux et morose, 
Veut attraper la mouche, en s'écriant : 

({ Sire ! pardonnez-moi si j'ose... » 

« Eh I — lui dit la mouche, en fuyant, — 
(( Le nez de l'empereur, le nez du mendiant, 

c( C'est tout à fait la même chose ». 

14 avril 4870. 



- 257 



SUR LA PREMIÈRE PAGE D'UN ALRUM. 



I. 



Un de mes vieux amis, dans un long post-scriptum, 

Disait, en m'adressant un magnifique album : 

« C'est l'album de ma fille, esprit vif, âme aimante; 

c( Ami, si vous saviez combien elle est charmante : 

(( Sa gaîté, qui pétille à travers sa raison, 

(( Communique la joie à toute la maison ; 

« Los heures de loisirs sont courtes auprès d'elle : 

(( De celle qui n'est plus c'est l'image fidèle.... 

c( Laissons ces souvenirs, dans mon cœur grands ouverts, 

(( Et parlons de l'album : je voudrais quelques vers.... 

« Que dis-je ? quelques vers : il m'en faut davantage : 

« Ce sera, s'il vous plaît, sur la première page: 

{( Vous trouverez le temps, vous êtes casanier ; 

(( Or je compte sur vous. Monsieur le chansonnier. 

« Soyez original; je vous le dis en face, 

(( Il faut que l'amitié vous dicte une préface ; 

« La popularité vous a fait un renom : 

(( Vous me répondrez oui, ne pouvant dire non. » 

Pour entrer dans l'album il faut donc qu'on me voie, 
Moi qui de m'y cacher me faisais une joie. 



• 258 - 

Mais pour donner passage à des noms éclatants, 

Le moins serait d'ouvrir la porte à deux battants ; 

Je voudrais élever ma pensée et mon style , 

Fonder d'un monument le large péristyle, 

Et sur le frontispice étaler aux regards 

Ces mots resplendissants : Aux Lettres, aux Beaux Arts ! 

Au langage pompeux se peut-il que j'aspire ? 

Dans la simple chanson à l'aise je respire 

Depuis six jours en vain je torture mes vers , 
Quand Dieu resta six jours pour créer l'univers. 



IL 



Six jours, le monde fut ! Le monde, œuvre sublime ! 

Six jours, et du néant comblant l'immense abîme, 

Dieu remplit d'un rayon de son feu créateur. 

Un être pour comprendre et bénir sa splendeur. 

Des hommes furent grands bientôt parmi les hommes ; 

Leurs noms sont parvenus jusqu'au siècle où nous sommes ; 

Ils aimaient la nature, et leurs cœurs pleins de chants 

S'inspiraient sous le ciel qui féconde les champs. 

Six jours, le monde fut ! et, pour vaincre l'envie, 

L'artiste, en produisant, a trop peu d'une vie ; 

Sans cesse il doit, hélas I en son étrange essor. 

Redescendre ici-bas pour s'élancer encor. 

Quand l'inspiration, reine de l'inconstance, 

Prête ses aîles d'or à son intelligence ; 

Quand, le front rayonnant, le mortel orgueilleux 

Embrasse avec transport un rêve merveilleux, 



— 259 — 

Il tombe; car bientôt la fatigue ramène 

A son point de départ Fintelligence humaine. 

Pour rendre un digne hommage à la Divinité, 
Un besoin de créer remplit l'humanité ; 
Car la nature oppose, aux œuvres de génie, 
Ses formes, ses couleurs, sa vivante harmonie ; 
Contraste solennel qui démontre en tout lieu 
La faiblesse de l'homme et la grandeur de Dieu ! 



m. 



A mon tour, mon ami, je vous le dis en face , 
Car vous l'avez voulu : grâce à cette préface , 
Voilà votre bon goût compromis à jamais. 
Ouf ! la porte est ouverte ! Elle est petite, mais 
Il faut loin d'un album que la sottise reste : 
N'est-il pas convenu que le sage est modeste ? 
Place au compositeur, au peintre, à l'écrivain, 
Au front illuminé par un rayon divin : 
Sans songer au trésor que leur génie apporte, 
Ils entreront gaîment par la petite porte. 

1873. 



2Ô0 — 



A UN AMI 



QUI VENAIT D Ei^ROUVER UN GRAND MALHEUR. 



Oh I je n'essaîrai pas de calmer vos alarmes : 

On peut briser un cœur en tarissant ses larmes. 

La mort d'un être cher a causé vos douleurs. 

Que vous dirais-je, hélas I en ce moment suprême, 

Moi qui sais ce qu'on souffre à perdre ceux qu'on aime ?. 

— L'ami, qui les comprend, laisse couler vos pleurs. 

Quand la mort m'a ravi mon frère et mon vieux père, 

Si quelqu'un m'avait dit : Espère encore, espère ! 

J'aurais cru qu'il voulait me railler en chemin. 

J'ai rencontré depuis un bon ange, une femme, 

Et son amour si pur a ranimé mon âme 

Qui la veille en tremblant pensait au lendemain. 

Elle a reçu ma main, mais il m'en reste une autre; 
Et je viens aujourd'hui la tendre vers la vôtre : 
Du faix de vos douleurs je prendrai la moitié , 
En remerciant Dieu dont la bonté profonde 
Me permet de donner, en passant en ce monde, 
Une main à l'amour et l'autre à Famitié. 

1843. 



— 261 



LE VOILA 



vous qui blasphémez, sceptiques, à l'œil dur, 
En criant que l'esprit dans notre corps impur 
Ne peut être un rayon de l'éternelle flamme ; 
Vous qui doutez que l'homme ait son ange gardien 
Pour l'écarter du mal et le conduire au bien ; 
— Regardez, le voilà sous les traits d'une femme ! 

Le voilà qui, jetant des fleurs sur son chemin. 
Vient sourire au poète et lui tendre la main. 
Quand son cœur est joyeux ou quand son cœur est triste ; 
Regardez ! Le voilà l'ange, au front triomphant. 
Qui passe pour veiller au berceau de l'enfant 
Et charmer l'âme de l'artiste ï 



17 



— 262 



L'AME DE L'ARTISTE. 



Un matin, je marchais le long de la rivière, 
Songeant au triste sort de ce monde changeant ; 
A travers un ciel gris, une pâle lumière 
Répandait sur les eaux de petits flots d'argent. 
Près des hauts peupliers, tristement, en silence, 
Un homme était au champ, suivi d'un jeune gars : 
Tous les grains ont gelé presque dans leur semence : 
Le pauvre paysan semait du hlé de mars. 

A gauche, de villas les collines ornées 
Semblent avec amour regarder le vallon ; 
A droite, à l'horizon, de grandes cheminées 
Révèlent les trésors de notre sol wallon : 
Gloire au pays borain, plein de vie et de force, 
Noir comme le charbon, simple et naïf encor : 
C'est l'arbre au rude aspect, à la grossière écorce, 
Mais dont la sève est pure et produit des fruits d'or. 

Non loin du pont léger, où les eaux, moins profondes, 
Roulent blanches d'écume et vont tourbillonner. 
Les saules rabougris se penchaient vers les ondes 
Comme s'ils voulaient voir leurs branches bourgeonner 



— 263 — 

En face, un vieux clocher borne le paysage ; 
Des files de corbeaux se perdaient dans les airs ; 
Laissant le grand chemin qui s'ouvre en plein village, 
Je pris, comme un rêveur, par les sentiers déserts. 

Le vent jetait au loin sa sauvage harmonie; 
Je marchais, et bientôt, du vieux mont Panisel, 
Je pus contempler Mons, notre cité bénie ; 
Et, le front découvert, je priai l'Éternel. 
Une alouette, seule, en ce lieu solitaire 
Portait jusqu'à la nue un chant mélodieux : 
C'est l'âme de Fétis ' qui saluait la terre 
Une dernière fois, avant d'entrer aux cieux. 

29 mars 1871. 



1. François-Joseph Fétis, célèbre musicien, né à Mons, le 25 mars 
1784, décédé à Bruxelles, le 26 mars 1871. 



— 264 — 



A MADAMR LA PRINCESSE 

DE CARAMAN-GHIMAY, 

EN LUI OFFRANT MON RECUEIL DE CHANSONS. 

On VOUS dit charitable et bonne. 
Lorsqu'un malheureux suit vos pas, 
Votre main gauche ne sait pas 
Ce que votre main droite donne. 

Toute médaille a son revers ; 
Car, il faut que je vous le dise, 
Vous serez bientôt compromise : 
Vous m'avez demandé mes vers, 

Je pourrai me vanter, Princesse, 
Qu'on agite, en votre maison. 
Tous les grelots de la chanson 
Sous le manteau de la sagesse. 

Grelots, retentissez joyeux : 
Heureux le sage qui s'oublie, 
Puisque la main de la folie 
Ouvre le royaume des cieux. 

Janvier 1872. 



— 265 



SEUL. 



J'ai vu dans la forêt im magnifique chêne. 
Dans l'herbe autour de lui des gars formaient la chaîne ; 
Et, cachant à mes yeux leurs amours et leurs nids, 
Les oiseaux gazouillaient dans ses rameaux bénis ; 
En bas les cris charmants, en haut les notes franches ; 
Fièrement vers le ciel l'arbre portait ses branches, 
Comme un père, joyeux, soulève son enfant : 
Ce chêne semblait être un poème vivant. 

Mais un nuage sombre a suspendu la fête. 
Le vent dans le feuillage annonce la tempête ; 
Les oiseaux sont muets ; enfants, grands et petits, 
Sont, tremblants, près de là, sous un orme blottis ; 
Il pleut, le ciel est noir, l'éclair brille et la foudre 
De l'arbre merveilleux met les branches en poudre... 
Et moi je contemplais, en ce lieu désolé, 
Majestueux encor le chêne mutilé. 

Dans l'épreuve fatale où le destin nous mène, 
Lorsqu'on se sent en proie à la souffrance humaine. 
Que sans cesse frappé, fils, époux, père, aïeul, 
Vieillard, à son foyer on se voit triste et seul, 



— 266 — 

Il faut au deuil immense un immense courage ! 
Je sais un grand penseur resté seul sous l'orage : 
A la lutte, depuis, s'il n'a pas dit adieu, 
Apôtre du progrès, c'est qu'il espère en Dieu ! 

Car il est des moments de détresse profonde 
Où l'on n'ose plus croire au bonheur en ce monde, 
Où, l'espoir le plus cher s'envolant pour toujours, 
On se sent oppressé sous le poids de ses jours ; 
Où rien des biens perdus ne peut combler le vide, 
Où, malgré soi, l'on pense au hideux suicide ; 
Où l'on se frapperait si l'on ne croyait pas 
Qu'on retrouve là-haut ceux qu'on perd ici-bas. 

1875. 



- 267 — 



SUR 1/ ALBUM DE MON AMIE 



MADAME VAN AGKERE, 



NEE MARIE DOOLAEGHE. 



L'idiome fait-il le poète vainqueur ? 

Non 1 c'est l'idée avec l'expression choisie : 

En langages humains tout ce qui sort du cœur 

S'élance vers le ciel, Prière ou Poésie ! ! 

Vous avez le secret des vers délicieux 
Qui vont au cœur du peuple et montent jusqu'aux cieux. 
Joignant mon humble hommage aux vœux ({u'oii vous adresse. 
Je reste votre ami sincère, Antoine Clksse. 

Mons, 15 novembre 1883. 



— 268 — 



QUATRAIN. 



Oubliant l'humaine souffrance, 
Quand Noé but le premier vin, 
A travers les pleurs du raisin 
Il vit sourire l'espérance. 

29 décembre 1874. 



En 1830, Adolplie Mathieu arriva à Ctiarle roi juste au moment où la 
garnison remettait ses armes aux habitants de cette ville, Mathieu 
courut à Bruxelles pour en prévenir le gouvernement provisoire et en 
obtint la croix de fer. 



Aussi grand que César et plus grand qu'Alexandr 
Il a pris Charleroi... qui venait de se rendre. 



— 269 — 



A MADAME LA PRINCESSE 



DE CARAMAN-GHIMAY, 



APRÈS AVOIR LU LES VERS QUI LUI SONT DEDIES, SOUS LE TITRE 
" PAGES TOMBÉES DU CIEL. " 



L'auteur est aimable et sans fiel , 
Mais peu fait pour la poésie ; 
Si ces vers-là tombent du ciel ; 
Princesse, ayez un parapluie. 

1« février 1876. 



— 270 — 



Pour nous éclairer en chemin, 
L'Observatoire fait merveille : 
Il prédit le lendemain 
Le temps qu'il a fait la veille. 



SUR LE FRONTISPICE 



MONS-CIIAHIÏABLE 



Mens entendra notre prière 
Au nom de la fraternité ; 
Tout est poésie et lumière 
Au soleil de la charité. 

Février 1880. 



TABLE DES MATIERES 



Préface 








5 


Discours sur» la chanson . 








9 


L'amour 








29 


L'enfant de plus. . . . . 








32 


Un grade dans l'armée 








34 


Le fils du peintre et le chansonnier . 








36 


Le pauvre artiste . . . . 








38 


Je suis grand-père . . . . 








40 


A mes camarades du pays . 








42 


Au roi, à la reine. 








44 


La muse du foyer 








45 


Aux enfants de Gutenberg. 








47 


Chanson de noce 








49 


Le banquet fraternel . 








51 


La chanson du vin . 








53 


Jacques Bonhomme. . 








55 


Les deux oiseaux 








58 


Tout pour la patrie . 








59 


Que je suis fier d'être fils d'ouvrier 








61 


Les crèches .... 








64 


Tendons les deux mains à la France 








65 


A Anna Du Menil et Florent Strybos 








67 


La sainte Cécile .... 








69 


L'œuvre de la fraternité 








72 


J'aime à chanter pour les petits enfar 


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74 



— 272 — 




Le vœu d'une mère 


76 


Le drapeau du régiment 


78 


Uneéclaircie 


80 


Les atomes ....... 


8i 


Clouplets chantés ;i un banquet offert à M. Edouarc 




Gilbert 


84 


Aux membres du caveau liégeois 


86 


Comme autrefois ...... 


88 


(louplîts au Prince de Caraman Chimay 


89 


La mère de famille ...... 


92 


La haine et l'amour 


94 


La chanson belge uu caveau Irangais . 


96 


Un voyage dans la lune ...... 


98 


U.:i élôve des écoles d'adultes .... 


101 


La tourterelle ....... 


103 


Les nobles cœurs ne vieillissent jamais 


105 


Minerve chez le chansonnier .... 


107 


Un titre glorieux 


110 


Lajeimesse du cœur 


112 


L'oiseau dans l'église. ... 


114 


Il faut semer pour récolter 


116 


Les amis de l'humanité ...... 


119 


Pay&aii et paysanne ....... 


122 


Couphits àM. Jules Anspach,bour<;mestre de Bruxelles. 


124 


Hymne national. ....... 


127 


La couronne populaire ...... 


129 


Les laî'mes ........ 


131 


Oh ! h. la I 


133 


Journaliste et cliansonnier 


135 


Noé 


137 


Les deux mondes ....... 


139 


Au peiatre et ami Charle.'; Février . . . . 


140 


Cinquante, années d'indépendance . . . . 


142 


Complainte 


144 



- 273 



Pour nos frères . 










147 


A la princesse Stéphanie . 










149 


Le vieillard et la fée . 










151 


Sur le chemin de Rœulx . 










153 


Le grisou .... 










155 


Le barde et le prince . 










157 


Envoi .... 










158 


Hommage à Frœbel . 










159 


Les sœurs jumelles . 










161 


Le roi des métaux 










163 


Bonne maman . 










• 166 


Sur la colline . 










168 


La maison du bon Dieu 










170 


Vive le roi ! . , . 










172 


Renouveau 










174 


ViveMons. 










176 


Soirée et nuit de printemps 










178 


Vive la famille . . . . 










180 


Berceuse 










181 


Le lot de la femme . 










183 


La chanson pendant la grève 










185 


Toast 










187 


Le soleil et la lune 










189 


Le baptême . . . . 










192 


A Madame Caroline Popp . 










195 


Promenade à Hyon . 










197 



274 - 



POÉSIES. 



Comtesse de Flandre 



lanciers 



Sonnet à la reine 

Fou ou roi. 

A M. Emile Valentin . 

PoésieàSon Altesse Royale M"'Ma 

Ecce ^omo 

La crise . 

A Monsieur le Comte Errembault de Dudzeele 

La parure . 

A Madame de R. 

Un cortège 

A Antoine François 

Remerciement au 3'= régiment de 

Aux instituteurs décorés . 

A mon ami Hector Manceaux 

A mes amis M. et M"<> Charles Février 

Au XVP siècle . 

Orphelins .... 

Fétis 

A W^" Léonie Denuit . 

Elle ! . . . . 

A W^" Gabrielle Yan Meerbeke 

Le portrait de l'aïeul . 

Un dîner intime 

A M^i" Marie-Louise Poulain 

Charles Rogier . 

Le 50« anniversaire . 

Un coin du paradis . 

Godefroid de Bouillon 

Rubens .... 



201 
202 
203 
204 
205 
206 
207 
208 
209 
210 
211 
212 
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216 
217 
218 
219 
220 
221 
222 
223 
224 
225 
226 
227 
228 
237 



275 



icliant et la mouche 



Aux liégeois 
La chenille 

Le miroir .... 
Le philosophe et Ja mouche 
La bougie .... 
L'homme et le ver de terre. 
L'empereur, le courtisan, le mei 
Sur la première page d'un album 

A un ami 

Le voilà 

L'âme de l'artiste ..... 
A Madame la princesse de Caraman-Chimay 

Seul 

Sur l'album de mon amie Madame Van Ackere 
Quatrain ....... 

À Madame la princesse de Garaman-Chimay 
Sur le frontispice de Mons-Charitable 



248 
251 
'252 
253 

254 
255 
256 
257 
260 
261 
262 
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269 
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1730 Nouvelles chansons et 

0521^6 poésies 



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